Vers une réforme enfin courageuse ?

lundi 25 mai 2020, par Bruno Benque

Ce lundi 25 mai 2020 est le point de départ de la nouvelle concertation en vue d’une nouvelle réforme du système de Santé : le « Ségur de la Santé ». Quatre axes de travail ont été annoncés par le Gouvernement pour tenter de rendre le système plus efficace, plus compétitif. Les soignants et les cadres ont leur mot à dire dans de nombreux domaines, notamment la revalorisation des carrières et des rémunérations, ou la gouvernance des établissements de Santé. Espérons que le résultat de cette concertation soit courageuse afin la réforme qui en découlera ne soit pas une annonce parmi tant d’autres...

La Porte-parole du gouvernement SIbeth N’Diaye a décliné, le 20 mai 2020 lors de son compte-rendu du Conseil des Ministres, les axes de travail qui seront suivis pour piloter le « Ségur de la santé » voulu par le Président de la République pour conduire une nouvelle réforme du système de Santé.

Trouver enfin des solutions aux problèmes du système de Santé

Ce processus est donc lancé officiellement ce lundi 25 mai 2020 par le Premier Ministre, Édouard Philippe, et le Ministre des Solidarités et de la Santé, Olivier Véran. Il s’agira, dans un premier temps, de recueillir les résultats d’une concertation à grande échelle sur le sujet sous la houlette de l’ancienne Secrétaire générale de la CFDT Nicole Notat, qui devra donner ses conclusions avant mi-juillet. Cette dernière devra s’armer de courage et de conviction pour que les propositions qu’elle formulera ne sonnent pas comme une sempiternelle remise à plat des problèmes que connaît le système de Santé, mais plutôt comme des solutions structurelles efficientes que les professionnels de Santé appellent de leurs vœux depuis des années.

Quatre axes de travail pour une nouvelle réforme

Alors, quels sont donc les quatre axes de progrès censés faire évoluer le système dans le bon sens ? Sibeth N’Diaye a évoqué tout d’abord un d’investissement pour l’hôpital ainsi qu’une réforme des modèles de financement. Il est clair que la tarification à l’activité (T2A) à tout crin n’est pas adaptée à la valorisation des prises en charges des patients, notamment dans le domaine des maladies chroniques ou de l’oncologie. Le gouvernement annonce également vouloir travailler sur une « plus large place à la prévention dans les modes de financement », ce qui semble répondre de manière plus cohérente à la nécessité de traiter le « care » avant de s’attaquer au « cure ». Mais cela passera par un gros travail d’acculturation des populations quant à leurs habitudes de vie ou à leur environnement, ce qui n’est pas une mince affaire.

Elle a ensuite annoncé la « mise en place d’une organisation du système de santé fondée sur le territoire et intégrant hôpital, médecine de ville et médico-social ». Rien de nouveau sous le soleil de mai. Les Groupements Hospitaliers de Territoire (GHT) sont, depuis plusieurs années, tournés vers les acteurs de la ville et les EHPAD, notamment dans le cadre des parcours de Santé, mais les initiatives de ce type se heurtent souvent aux oppositions historiques entre le public et le privé. Il n’est pas certain que de nouvelles idées émergent lors de cette concertation pour passer outre les intérêts divergents ou les différents modes de fonctionnement qui mobilisent les uns et les autres.

Les cadres auront-ils enfin la parole ?

Mais les deux axes de travail pour lesquels la marge de progrès est importante et l’attente est grande concernent l’organisation des activités hospitalières et la revalorisation des carrières des personnels soignants. Dans le premier cas, le Gouvernement souhaite la « mise en place d’un système plus souple, plus simple, plus en proximité, en revalorisant le collectif, le sens de l’équipe et l’initiative des professionnels ». Voilà un discours qui nous est servi depuis le début du quinquennat mais qui n’a pas été suivi d’effets, sauf à dire que les médecins Chefs de services devaient prendre plus d’importance dans la gouvernance de l’hôpital. Il faudra être très vigilant sur ce point et donner de la place aux cadres, sans quoi nous risquerions de revenir vingt ans en arrière, époque où le Chef de service était omnipotent…

Alléger les budgets des hôpitaux pour revaloriser les salaires ?

Souhaitons que ce « choc de simplification » souhaité par nos gouvernants prenne en compte les idées des soignants et les libère du cancan administratif dans lequel on les a emprisonnés. Cela permettra d’assurer avec pertinence la revalorisation de leurs carrières et de leurs rémunérations. Car en effet, les budgets des établissements de Santé sont plombés par des lignes de dépenses pour certains personnels, notamment par le surdimensionnement des services administratifs – plus de 30% de personnels non soignants dans les hôpitaux publics -, ce qui ne favorise pas la mise à niveau des salaires des soignants. Il y a certainement des économies à réaliser dans ce domaine, à une époque où la e-santé est en pleine expansion et où les activités administratives sont de plus en plus dématérialisées.

Alors oui, il faudra du courage et de la conviction pour que ce « Ségur de la Santé » puisse vraiment changer les choses et faire évoluer le système avec son temps…

Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com
@bbenk34


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