Prendre en compte les dégâts causés par les horaires atypiques

mercredi 8 juin 2016, par Bruno Benque

Les rythmes de travail atypiques sont susceptibles d’entrainer des troubles physiques ou cognitifs aux professionnels qui y sont soumis. Denis Garnier a détaillé, lors du congrès Préventica, les dégâts provoqués par les dérèglements de l’horloge biologique des salariés et invité les cadres à prendre en compte ces données scientifiques pour préserver la santé des salariés.

A l’occasion de la journée inaugurale du congrès Préventica qui se tient du 7 au 9 juin 2016 à Lille, Denis Garnier, chargé des questions de santé et de sécurité au travail au sein de la Fédération FO-Santé, est revenu sur les rythmes de travail atypiques et leurs répercussions sur la santé des professionnels.

Des rythmes de travail non physiologiques

Les horaires atypiques sont classés selon trois groupes : les horaires postés, 3/8 ou 2/12, le travail de nuit et les horaires à grande amplitude, qui intègrent une coupure importante entre le matin et l’après-midi ainsi que des weekends tronqués. Les statistiques montrent que 15% des professionnels sont concernés par ces rythmes de travail, avec, dans le milieu hospitalier, une proportion féminine de 75%. Denis Garnier a tout d’abord présenté une étude de Claude Gronfier, Docteur en neurosciences et spécialiste des rythmes biologiques, identifiant les années 90 comme point de départ d’une progression importante du recours, dans les entreprises, à ces horaires atypiques, avec une prépondérance dans la sphère privée. Ce travail a en partie servi de guide aux recommandations relatives au travail posté, faites aux médecins du travail en 2012 par la Haute Autorité de Santé (HAS). Claude Gronfier y décrit des rythmes de travail non physiologiques, l’équilibre devant être trouvé à partir du triptyque 8h de travail – 8h de repos – 8h de sommeil.

L’importance de la synchonisation à la lumière

Les horaires atypiques sont donc sources de dysfonctionnement de l’horloge biologique, ce n’est pas nouveau. Mais comment ces troubles se caractérisent-ils ? Claude Gonfrier évoque dans son travail une baisse de la température durant la nuit et une sécrétion de mélatonine, appelée hormone du sommeil, aux fonctions anti-oxydantes notamment. Le travail de nuit entrave donc ces mécanismes et provoque, de plus, une sécrétion de corticol qui fait grimper la glycémie et se dérégler le système immunitaire. C’est la raison pour laquelle les professionnels ayant une activité nocturne ont tendance à prendre du poids et à souffrir de troubles cognitifs. La synchronisation à la lumière joue ici un rôle important. En effet, une exposition tardive à la lumière retarde l’horloge biologique tandis que le travail en fin de nuit et début de matinée l’avance.

Des cadres appelés à prendre en compte ces données scientifiques

Denis Garnier est revenu ensuite sur les répercutions des différents rythmes de travail atypiques sur la santé. Si un épisode tel que 3 nuits de travail – 3 jours de repos – 3 jours de travail ne nécessitent pas de synchronisation, une période contraignant à 6 nuits et 6 jours de travail provoquent les pires difficultés pour les salariés. Pour lui, il est également possible de trouver un équilibre physiologique pour 15 jours puis 15 nuits de travail, en synchronisant son horloge pendant la période de repos qui sépare ces deux épisodes. Il a rappelé les grands principes qui régissent les alternances entre les jours travaillés et les jours de repos et a interpelé les cadres de terrain afin qu’ils se montrent plus aidants et moins dans le contrôle. Il les a également mis en garde au sujet des rappels de personnels lorsqu’ils sont de repos, une pratique très traumatisante selon lui.

Il a, enfin, décrit des situations particulières pour lesquelles le travail en 12 heures est contre-indiqué, citant notamment le cas des aides-soignants, spécialement en EHPAD, qui ont à gérer des contraintes physiques très importantes et sont sujets à des troubles musculo-squelettiques très fréquents. Il a donc appelé les cadres et directeurs d’établissements à veiller à ce que les contraintes de terrain ne grignotent pas les obligations réglementaires et la santé des personnels et trouvent un juste équilibre entre ces trois composantes.

Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com


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