Pour juguler les déficits, l’Assurance maladie table sur une nouvelle stratégie de gestion du risque

jeudi 8 juillet 2021, par Bruno Benque

Les comptes de l’Assurance maladie présentent, comme l’on pouvait s’y attendre, des niveaux de déficits abyssaux. C’est ce que confirme le Rapport annuel de cette institution qui détaille les déterminants de cette évolution. Mais on y trouve également un projet de nouvelle stratégie de gestion du risque qui pourrait améliorer la situation en ciblant notamment les parcours, l’organisation et la pertinence des soins, ainsi que la lutte contre la fraude.

L’Assurance maladie vient de publier son Rapport annuel au ministre chargé de la Sécurité sociale et au Parlement sur l’évolution des charges et des produits de cette institution au titre de 2021, comme elle le fait chaque année pour se conformer à la Loi du 13 août 2004.

Des projections qui font état d’un déficit cumulé de 116 Md€ de 2020 à 2024 !

Ce document très fourni dresse un constat alarmant de l’État des finances de l’Assurance maladie qui, comme on pouvait s’en douter, subit de plein fouet les effets du « quoi qu’il en coûte » adopté par le Gouvernement pour lutter contre la pandémie de COVID-19. Et pourtant, sans cette crise, le déficit aurait pu être comblé à court terme si l’on en croit ses projections. A la suite de la crise économique de 2008, la branche maladie avait vu son solde se détériorer, avec un déficit atteignant les 11,6 milliards d’euros en 2010, contre 4,4 milliards d’euros en 2008. Mais en 2018, le déficit se situait autour des 0,7 milliards d’euros, avec toutefois une dette cumulée montant à 56 milliards d’euros, soit 26% de ses dépenses au 31 décembre 2019. Alors que l’équilibre des comptes de l’Assurance Maladie devait être atteint en 2020 avant d’être reporté en 2023, son déficit, après un premier choc à 30,4 milliards d’euros en 2020, pourrait finalement s’établir à 31 milliards d’euros en 2021 puis se maintenir à un niveau très élevé dans les années suivantes. Les projections font état, d’autre part, d’un cumul des déficits de l’Assurance Maladie qui s’établirait, de 2020 à 2024 à 116 milliards d’euros.

L’effet ciseaux de la crise sanitaire sur le budget de l’Assurance maladie

Cette tendance est bien sûr le résultat d’un effet ciseaux mettant en jeu la baisse du niveau des cotisations et l’explosion des dépenses de soins. Et parmi les pathologies les plus « coûteuses » citons la plus importante : les épisodes hospitaliers qualifiés de « ponctuels », au sens où l’hospitalisation n’est pas en lien avec l’une des pathologies les plus courantes, avec 37,4 milliards d’euros, soit 22 % des dépenses totale, suivie de la santé mentale, - maladies psychiatriques et ensemble des traitements chroniques par psychotropes -, qui représente 22,7 milliards d’euros, soit 14 % des dépenses totales. Viennent ensuite la prise en charge des cancers, qui atteint 20,1 milliards d’euros, soit 12,0 % des dépenses totales et celle des maladies cardio-neurovasculaires qui s’élève à 17,7 milliards d’euros, soit 10,5 % des dépenses totales.

Un nombre de patient qui croît inexorablement

Bien que les coûts de la majorité des prises en charge se stabilisent, voient diminuent, ce sont les effectifs de patients qui augmentent inexorablement, et donc, par ricochet, les dépenses. Le Rapport de l’Assurance maladie annonce en effet qu’en 2019, 8,5 millions de personnes ont reçu un traitement chronique du risque vasculaire, 8 millions de ont été prises en charge pour une pathologie ou un traitement chronique en lien avec la santé mentale et près de 9,4 millions ont eu une hospitalisation dite « ponctuelle ». Les maladies cardio-neurovasculaires (5,1 millions de personnes), le diabète (4 millions de personnes), les maladies respiratoires chroniques (3,7 millions de personnes) et les cancers (3,3 millions de personnes) complètent le tableau.

Vers une nouvelle stratégie de gestion du risque

Ces évolutions ont convaincu les responsables de l’Assurance Maladie de mettre en œuvre une stratégie de « gestion du risque renouvelée, mieux à même de répondre à ces défis sur le long terme ». Son rapport annuel présente les grandes lignes et les premiers exemples de cette approche. Le principe de gestion du risque rénovée « vise à développer de manière encore plus forte et structurée une approche centrée sur les pathologies : c’est à travers l’amélioration de la prise en charge de ces pathologies avec des parcours plus fluides et mieux maîtrisés permettant d’éviter la survenue d’un certain nombre d’évènements de santé que se forge l’efficience du système de santé et la maîtrise des dépenses de santé ». Mais encore ?...

Une action sur les parcours, sur l’organisation et la pertinence des soins et la lutte contre la fraude

Il s’agit de mener une action soutenue, continue, « mobilisant l’ensemble des acteurs du système de santé et alliant des mesures volontaristes de prévention et l’amélioration des prises en charge ». En résumé, les patients et les professionnels de santé seront mis à contribution pour, notamment, « construire des parcours sur des pathologies ou des populations significatives en termes de santé publique, favoriser le développement des organisations de soins coordonnés en renforçant leur rôle en matière d’organisation et de pertinence des soins, porter un dialogue de gestion rénové avec les hôpitaux sur la qualité et la pertinence de leur parcours de soins, en tenant compte du contexte de sortie de crise ou disposer d’une stratégie de contrôle et de lutte contre la fraude rénovée ».

Le Rapport détaille les actions à mener dans ce cadre pour le prise en charge des maladies cardio-neurovasculaires et la Santé mentale et formule des propositions en ce sens. Il ne reste plus qu’à les mettre en œuvre...

Lire le Rapport annuel au ministre chargé de la Sécurité sociale et au Parlement sur l’évolution des charges et des produits de l’Assurance maladie ICI.

Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com
@bbenk34


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