Les troubles du sommeil sont-ils à l’origine du mal-être soignant ?

mercredi 13 décembre 2017, par Bruno Benque

Les troubles du sommeil seraient-ils parmi les facteurs prépondérants du mal-être des soignants aujourd’hui ? La question n’est pas tranchée mais l’étude initiée par l’Association Soins aux Professionnels de Santé (SPS), à laquelle 880 agents ont répondu, montre qu’ils sont nombreux à souffrir d’un manque de sommeil, avec tout ce que cela entraine en termes de somnolence et de perte d’attention pendant la journée, sans compter sur les répercussions sur l’état de santé général.

Le manque de sommeil est un phénomène très fréquent au sein de la communauté soignante et fait l’objet d’une attention particulière des tutelles.

L’Association SPS très active sur le champ de la santé des soignants

Les personnels qui souffrent de ce désagrément sont souvent des agents soumis aux horaires postés ainsi qu’aux horaires de nuit. L’Association Soins aux Personnels Soignants (SPS) a, depuis quelques temps, pris le parti d’évaluer cette tendance, ainsi que les autres facteurs du mal-être soignant. Elle a lancé, le 28 novembre 2016, une plateforme d’appel nationale, interprofessionnelle, indépendante, tenue au secret médical, offrant écoute psychologique, aide et orientation au moyen d’un numéro vert accessible 24h sur 24. Elle avait également organisé un colloque, le 29 novembre 2016, sur ce thème.

880 soignants ont répondu à l’enquête sur les troubles du sommeil

Le Réseau Morphée a, par ailleurs, en collaboration avec SPS, lancé une vaste étude visant à explorer les symptômes et comportements associés aux troubles du sommeil chez les soignants. Cette étude, réalisée auprès d’environ 13 000 personnes à travers la France, concerne plus de 880 soignants, parmi lesquels des infirmiers (51%), médecins, internes et dentistes (19%), aides-soignants (10%), psychologues, pharmaciens, kinésithérapeutes, étudiants et autres paramédicaux. Ils ont été interrogés au moyen d’un questionnaire en ligne afin d’explorer leur temps de sommeil, les comportements associés et les symptômes de troubles du sommeil.

Un taux important d’hotaires décalés et de travail posté

Les résultats ont objectivé un temps de sommeil des soignants significativement plus court que celui des non-soignants (6 heures contre 6,45 heures), avec une proportion de 60% dormant moins de 6h par jour de semaine. On apprend également que 39% des soignants ont des horaires décalés - contre 26% pour les non-soignants -, avec un taux de 81% de travail posté, si bien que près de la moitié d’entre eux estime que leur rythme de travail les prive de sommeil. D’autre part, la synthèse de l’étude stipule que "l’écart des heures travaillées par semaine est plus marqué chez les soignants qui ont une sensation de privation de sommeil en raison de leur travail - 42,4% contre 39,3% pour ceux qui n’ont pas l’impression d’être privé de sommeil par leur travail -.

Un impact certain sur la santé des travailleurs

Il est de notoriété publique désormais que le manque de sommeil provoque des troubles plus généraux sur la santé des personnels soumis à des horaires atypiques. L’étude du Réseau Morphée confirme ce constat. Elle montre en effet que "les personnes en privation de sommeil ont un IMC plus élevé, sont plus somnolentes, ont un risque
plus important d’insomnie, d’anxiété ou de dépression sévère". Elles pensent, pour près de la moitié d’entre elles, que la privation de sommeil due à leur travail a un impact sur leur santé et 50% d’entre elles déclarent qu’un travail de nuit est néfaste pour le sommeil.
L’insomnie est décrite, dans leurs réponses au questionnaire, à 62% comme un trouble d’endormissement, à 80% comme un trouble de continuité du sommeil ou à 71% comme des éveils précoces.

Peut-être le point de départ du mal-être des soignants

Plus inquiétant encore, « les soignants sont 31% à présenter les quatre types de troubles du sommeil ». Cela entraine, pendant la journée, de la somnolence pour 32% d’entre eux ou de l’endormissement au volant (80%). Outre le risque accidentel que ces symptômes peuvent entraîner, les troubles du sommeil sont très souvent responsables d’épisodes d’anxiété ou de dépression. Est-ce le point de départ du mal-être des soignants ? Le colloque intitulé « Quelles innovations pour la prise en charge des soignants en souffrance », organisé le 11 décembre 2017 par l ’Association SPS, a peut-être apporté quelques réponses...

Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com
@bbenk34


Partager cet article

TOUT L’ÉQUIPEMENT DES CADRES DE SANTÉ

IDE Collection a regroupé tout le matériel nécessaire au management de vos équipes : livres, revues, fournitures, stylos, tenues, idées cadeaux...

Découvrir nos produits

Vous recrutez ?

Publiez vos annonces, et consultez la cvthèque du site EMPLOI Soignant : des milliers de profils de soignants partout en France.

En savoir plus