Les inégalités territoriales d’espérance de vie en chiffres

mardi 7 décembre 2021, par Bruno Benque

À partir de données datant de 2014, des chercheurs ont tenté d’établir les disparités départementales d’espérance de vie sans et avec incapacité existant en France. Si les inégalités existent sur l’espérance de vie, ce travail met en lumière des différences en les résultats sans et avec incapacité. Sans surprise, ce sont les régions défavorisées sur le plan socio-économique ou rurales qui présentent les chiffres les plus faibles. D’où la nécessité de réformer le système en mettant la prévention et la régionalisation des moyens alloués au centre du projet.

Les résidents français ne sont pas égaux devant les déterminants de Santé, selon le département dans lequel ils vivent, c’est un fait démontré. Le contexte socio-économique général, l’environnement ou les habitudes de vie sont différents d’une région à l’autre et influent sur la vie en Santé de leurs populations.

Une étude sur l’espérance de vie à 60 ans dans les départements français

Mais qu’en est-il de l’Espérance de Vie (EV) ou de l’Espérance de Vie Sans Incapacité (EVSI) ? Maude Crouzet, Amélie Carrère, Caroline Laborde, Didier Breton et Emmanuelle Cambois ont réalisé une étude scientifique sur ce thème, parue dans la Revue Quetelet éditée par le Centre de Recherche en Démographique de l’Université de Louvain (UCL - Belgique). Ils se sont appuyés sur l’enquête Vie Quotidienne et Santé (VQS) réalisée en 2014, qui offre la possibilité de calculer, pour la première fois, les niveaux d’incapacité des 60 ans et plus à partir d’un échantillon représentatif dans chacun des 100 départements français. Ils ont ensuite mis ces résultats en lien avec les limitations fonctionnelles, sensitives, physiques et cognitives, rencontrées par la population des 60 ans et plus.

Les seules données exploitables datent de 2014 !

Alors que les chiffres sur la mortalité des français, au niveau régional ou départemental, font l’objet d’évaluations fréquentes, les données sur les différences d’espérance de vie en bonne santé sont très rares. L’étude citée plus haut utilise des informations recueillies en 2014, et c’est à cet égard une chance que l’enquête VQS de cette année là existe. Car elle est représentative des inégalités territoriales d’EVSI en France. Elle interroge dans un premier temps la manière dont les différences infranationales de mortalité s’articulent avec les différences d’incapacité et, dans un second temps, les différences départementales associées à des problèmes de santé d’ordre physique, sensoriel et cognitif. Il est d’ailleurs regrettable que de telles bases de données ne soient pas régulièrement mises à jour, cela orienterait certainement les tutelles dans leur politique de Santé au niveau territorial.

De grandes disparités régionales pour l’espérance de vie

Mais que disent les chiffres ? Tout d’abord qu’en 2014, les EV à 60 ans varient entre 21 et 25 ans chez les hommes et entre 26 ans et 29 ans chez les femmes, alors que les EVSI à 60 ans se situent entre 11 et 17 ans pour les hommes et entre 11 et 18 ans pour les femmes. Sur le plan géographique, on retrouve de manière générale les départements bénéficiant de la plus longue EV dans la moitié sud du pays, ainsi que dans l’ouest, et en Ile-de-France, avec une forte longévité chez les hommes du littoral méditerranéen ou de Midi-Pyrénées, tandis que chez les femmes, on les trouve surtout dans la moitié ouest, en particulier dans les Pays-de-la-Loire. La plus faible EV se concentre quant à elle du nord de la région parisienne jusqu’aux frontières belge et allemande.

L’espérance de vie sans incapacité concerne d’autres régions

Concernant l’EVSI c’est plutôt en Ile-de-France, enRhône-Alpes, ainsi que dans l’ouest du pays que les chiffres sont le plus élevés. Et, sans surprise comme le disent les auteurs de l’étude, les départements à faible EV et faible EVSI sont ceux que l’on sait les moins favorisés économiquement, à savoir le Nord-Pas-de-Calais et l’outre-mer notamment ou très ruraux comme le Limousin. Et c’est dans ces régions que l’on trouve une surreprésentation des limitations fonctionnelles, surtout physiques, ce qui confirme les besoins urgents que ces territoires font valoir en termes de suivi des parcours de Santé, mais également en prévention.

Une réforme ciblée nécessaire pour espérer combler les inégalités

À l’heure des grands discours et des projets d’envergure mis sur la place publique en vue des élections présidentielles, qui aura l’audace de promouvoir la réforme structurelle nécessaire du système de Santé ? Une réforme qui placerait enfin la prévention, en termes de sauvegarde de l’environnement, d’hygiène de vie et d’acculturation des populations, ainsi qu’un réel échantillonnage des moyens de Santé à l’échelle des départements, en fonction des besoins de leurs habitants. Mais une réforme également très impopulaire car elle orienterait de manière plus coercitive les autorisations d’installation des professionnels de Santé ou le déploiement des structures de prise en charge spécialisées par exemple. Car pour que la réforme réussisse, il faudra que tout le monde y mette du sien...

Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com
@bbenk34


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