Les établissements de Santé passés au peigne fin de la DREES

mardi 3 juillet 2018, par Bruno Benque

Les chiffres clés des activités et capacités des établissements de Santé publics et privés sont passés à la loupe chaque année par la DREES. L’édition 2018 vient de paraître et fait le bilan de l’année 2016. Elle objective notamment la progression continue du virage ambulatoire, la hausse inexorable de l’activité des services d’urgence et le redressement économique du secteur privé.

La Direction de la Recherche, des Études, des Évaluations et des Statistiques (DREES) a publié, le 26 juin 2018, son édition 2018 du Rapport sur les établissements de Santé, qui offre un panorama complet du secteur hospitalier en France en 2016.

Les chiffres clés des activités et capacités des établissements publics et privés

On y apprend en préambule que plus de 3 000 établissements de santé assurent le diagnostic, la surveillance et le traitement des malades dans l’hexagone. Dans un contexte marqué par le vieillissement de la population et l’augmentation des pathologies chroniques, ce document remarque que les structures hospitalières s’adaptent et modifient en profondeur leurs modes d’intervention et leur organisation. Cette enquête en profondeur propose les chiffres clés de ce secteur et détaille, pour l’année 2016, les capacités et l’activité des hôpitaux et cliniques, ainsi que leurs disciplines spécifiques. Elle décrit, en outre, leur personnel, médical et non médical, donne des éléments de cadrage économique, financier et juridique. À noter enfin que cette nouvelle édition s’enrichit d’une présentation synthétique des indicateurs, mis à disposition par la HAS, permettant d’apprécier la qualité des soins et la sécurité des patients des établissements de santé.

Le virage ambulatoire poursuit sa progression

Le secteur hospitalier français est composé de 1 376 établissements publics, de 1 003 établissements privées et de 686 établissements privés à but non lucratif.Si le nombre de séjours en hospitalisation complète reste stable, les alternatives à cette forme de prise en charge continuent de progresser. Ainsi, les hospitalisations partielles, dites ambulatoires, représentent ainsi 13 % des journées en 2016. La DREES remarque qu’en court séjour MCO la fermeture des lits d’hospitalisation complète s’est effectuée à un rythme assez régulier (-26 000 lits en treize ans), avec une forte proportion pour les unités de soins de longue durée (USLD) qui sont passées de 80 000 lits en 2003 à 31 000 en 2016. Cette évolution est imputée à la transformation de certaines d’entre elles en EHPAD.

Forte progression de l’hospitalisation partielle en SSR

En contrepartie, les capacités en hospitalisation à temps partiel se sont développées pour atteindre un total de 75 000 places en 2016, contre 49 000 en 2003, mais en progression plus faible depuis 2013. En psychiatrie, le recours à l’hospitalisation partielle se stabilise ces dernières années, contrairement au SSR où les capacités d’accueil en hospitalisation partielle ont plus que doublé depuis 2003 (+ 7 500 places), en particulier pour la réadaptation fonctionnelle. En hospitalisation partielle, les soins de MCO représentent 46% des journées, ceux de SSR 24% et la psychiatrie 31%. On observe que 80 % des patients reçus au moins une fois en psychiatrie dans l’année sont pris en charge exclusivement en hospitalisation partielle.

Chimiothérapie dans le public et radiothérapie dans le privé

Grâce à ces changements d’organisation, ce sont plus de 21 millions d’actes qui ont été réalisés en ambulatoire, notamment dans les 3 800 unités de consultation et centres médico-psychologiques (CMP), ainsi que 13,1 millions de séances de chimiothérapie, radiothérapie et dialyse, soit 4% de plus qu’en 2015. D’autre part, il faut remarquer que près de la moitié des séances de radiothérapie sont pratiquées dans les cliniques privées alors que secteur public est plus présent dans l’activité de chimiothérapie, avec 52% des séances, les 21 CLCC prenant également en charge une partie importante de l’activité de radiothérapie (22% des séances) et de chimiothérapie ambulatoire (14%).

Hausse de près 50% des prises en charge urgentes depuis 1996 !

En MCO, ce sont, sans surprise les établissements publics qui assurent les soins en hospitalisation complète alors que 50% des séjours d’hospitalisation partielle sont réalisés dans le secteur privé à but lucratif. En chirurgie, moins de la moitié des 7 400 salles de bloc existant en France en 2016 se situent dans des cliniques privées qui réalisent néanmoins le plus grand nombre d’interventions, avec un taux d’opérations par salle plus élevé parce que programmées en majorité. Les 719 structures des urgences sont réparties sur 641 établissements de santé dont 478 publics. En 2016, elles ont pris en charge 21 millions de passages, soit 3,5 % de plus qu’en 2015 et près de 50% depuis 1996 !

Presque autant de personnels administratifs que d’aides soignants !

Les personnels hospitaliers font évidemment partie de cette étude. Ils étaient 1,3 million en 2016, dont 73 % dans les hôpitaux publics, 15% dans les cliniques privées et 12% au sein des établissements de santé privés à but non lucratif. Fin 2016, les sages-femmes représentent 17 000 emplois, principalement dans les établissements publics, et les personnels non médicaux 1,1 million d’emplois, soit 84 % de l’ensemble des emplois hospitaliers, les trois-quarts dans le public. Ces effectifs comprennent notamment 758 000 emplois de personnels soignants, dont 341 000 infirmiers et 245 000 aides-soignants. On remarque également une forte proportion de personnels administratifs (147 000 emplois).

DEs établissements privés plus rentables grâce au CICE

Sur le champ économique, le secteur hospitalier représente 46,5% de la consommation de soins et de biens médicaux, soit 92,3 milliards d’euros de dépenses en 2016, financés à 91,4% par l’Assurance maladie. La consommation de soins s’élève à 71,3 milliards d’euros pour le secteur public et à 21,1 milliards pour le secteur privé hospitalier. Le rapport de la DREES relève une hausse (+0,6%) de la rentabilité des cliniques privées, le plus haut niveau depuis 2006, en raison notamment grâce au crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE). Leur taux d’endettement connait un des plus bas niveaux depuis dix ans, tandis que leur taux d’investissement se stabilise à 4,5% du chiffre d’affaires. Les comptes financiers des hôpitaux publics, quant à eux, s’améliorent également en 2016, et également en 2017, mais dans des proportions plus modestes.

Souhaitons que cette conjoncture somme toute favorable sera mise à profit pour optimiser les emplois soignants et améliorer la qualité de vie au travail de cette population.

Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com
@bbenk34


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