Le collectif, eldorado du cadre de santé ?

mercredi 9 janvier 2019, par André Roche

Pour prévenir les difficultés inhérentes à ses fonctions, et qui peuvent aller jusqu’au burn out, le cadre de santé peut s’appuyer sur la force du collectif. Créer ou s’intégrer à un collectif cadre, c’est gagner en reconnaissance, promouvoir des valeurs professionnelles et des objectifs communs et éventuellement exercer un contre pouvoir vis à vis de la hiérarchie. Mais gare à ne pas se laisser porter par ce collectif ou à créer un syndicat, ce qui serait contre productif.

Malgré l’interpellation du ministre des affaires sanitaires sociales et de la santé par les médecins du travail en 2014, les psychologues du travail et libéraux sont de plus en plus sollicités par les cadres de santé pour des problèmes de mal-être et de burn-out.

Cadre de santé : une fonction particulièrement difficile

Les cadres de santé se disent souvent pris « entre le marteau et l’enclume » : ils doivent relayer des directives à leurs collaborateurs et leur donner du sens alors qu’ils ne les élaborent que rarement. Parallèlement, ils comprennent les difficultés vécues par leurs collaborateurs, pour avoir souvent été à leur place dans le passé. Ils sont donc pris dans une double injonction de loyauté : à leurs propres chefs, mais aussi à leur équipe. La charge de travail rend les rapports sociaux plus tendus, qui sont sinon compensés, du moins contrebalancés, par l’existence ou la persistance de rapports d’équipe, particulièrement dans certains services.

La reconnaissance : un enjeu primordial pour le cadre

Trouver une forme de reconnaissance, c’est trouver un remède à la surexposition individuelle, un complément social à l’autonomie, une socialisation qui manquent au responsable solitaire de la performance. Le surveillant de service a laissé place au cadre de santé avec de nouvelles fonctions, un nouveau métier sans cesse en évolution. Une évolution rapide, parfois difficile, pour certains, à intégrer. Une évolution qui rend souvent difficile son positionnement vis-à-vis de sa hiérarchie, des équipes managées et des autres interlocuteurs professionnels. D’où l’importance du thème de la communauté au travail, à condition qu’elle soit réellement intégrative, et non idéologique. L’intérêt du cadre est donc de créer, avec d’autres professionnels, son propre collectif, ou de s’intégrer à part entière dans une communauté existante pour apporter expertise, même minime, et valeurs professionnelles.

La plus value du collectif

La pratique collective de l’équipe se comprend comme un territoire, au sens de la délimitation de l’espace du service, comme au sens de la pluralité des acteurs qui y interviennent, soignants divers plus ou moins présents, patients et familles, intervenants techniques et logistiques occasionnels ou permanents. L’intensité du lien en fait parfois de véritables communautés de travail, où s’exprime un fort sentiment collectif d’appartenance.

Les valeurs professionnelles et l’objectif commun sont deux données importantes nécessaires au collectif cadre. Plus la reconnaissance professionnelle est grande, plus la conscience d’un pouvoir pour le collectif est favorisée. Il peut même s’agir d’un contre pouvoir. La reconnaissance peut venir de la hiérarchie, des pairs et/ou des équipes. Un temps de délibération en collectifs de pairs sur le travail réel permet de redonner confiance, de prendre du recul sur les situations de travail et de comprendre ce qui peut faire souffrir.

Les limites du collectif

Par contre, les rencontres doivent être en lien avec la réalisation d’un travail. Ceci crée de la motivation pour assister de manière régulière aux rencontres, et ne pas se disperser. Bien sûr, un moment convivial peut être prévu au cours de ces réunions afin d’améliorer l’affectif et les échanges interpersonnels. Même si le collectif cadre peut avoir du poids sur une hiérarchie et des instances, jusqu’à devenir un contre pouvoir, il n’est pas question de créer une organisation syndicale, qui serait un objectif détourné (néfaste) du collectif.

Le collectif (cadre ou pluridisciplinaire) serait donc un véritable traitement préventif au burn-out et au malaise du cadre de santé. A condition d’être partie prenante de ce collectif. Cependant, le collectif ne peut être la solution exclusive à la prévention du burn out des cadres.

André Roche
Cadre de santé formateur
IFSI Hôpital du Gier, St-Chamond (42)
Master 2 Management des organisation de Santé
a.roche@hopitaldugier.fr


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