La médecine préventive doit éviter certains écueils

mardi 9 avril 2024, par Bruno Benque

La médecine préventive présente un formidable potentiel mais a aussi des défis à relever. C’est en substance ce que suggère le Pr Sara Green dans un article à elle évoque notamment des investissements non négligeables à mobiliser et un bon équilibre à trouver entre les patients surdiagnostiqués et les cas de prévention réussis. Elle met en garde conte une médecine à deux vitesses et sur le risque d’embolisation des workflows médicaux, pour ne pas voir la médecine préventive devenir un problème de plus.

La médecine de précision est très commentée ces derniers temps car elle s’avère prometteuse dans l’évolution des soins de santé et sa capacité à comprendre, traiter et prédire les maladies humaines.

Un formidable potentiel mais des défis à relever

Contrairement à la médecine traditionnelle fondée sur des preuves, qui s’appuie sur des preuves statistiques provenant de vastes populations, la médecine de précision cherche à améliorer l’efficacité du traitement en prédisant les réponses individuelles à partir de facteurs génétiques ou environnementaux, ainsi que du mode de vie des personnes. Cependant, si la médecine de précision offre des avantages potentiels tels que de meilleurs résultats thérapeutiques et une meilleure gestion des maladies rares, elle présente également des défis à relever. Dans un article publié sur la plateforme healthmanagement.org, le Pr Sara Green évoque ce qui pourrait freiner son développement.

Des investissements non négligeables à mobiliser

Des inquiétudes émergent en effet quant à son impact sur les coûts des soins de santé. Il est désormais admis que la médecine de précision, par sa propension à réduire le recours à des explorations ou des interventions inefficaces ou inutiles entraînera inévitablement une réduction des coûts de prise en charge. Mais Le Pr Green reconnaît que cette approche nécessite également des investissements à grande échelle qui peuvent avoir des rendements inégaux selon le cas. Car cette évolution de la médecine nécessite par exemple de grandes infrastructures de données de Santé, une génomique très consommatrice de ressources, de nouveaux processus de formation, des essais cliniques, ainsi que des thérapies ciblées qui s’annoncent très coûteuses.

Trouver le bon équilibre entre les patients surdiagnostiqués et les cas de prévention réussis

D’autre part, la médecine préventive de précision et les campagnes avancées de dépistage des maladies qu’elle permet d’organiser, connues pour éviter aux patients des traitements d’aval souvent très lourds, peuvent engendrer des effets pervers. Car si elles sont pertinentes pour aider les personnes les plus à risque, elles peuvent aussi identifier des anomalies bénignes qui ne se transformeront pas en problèmes de santé significatifs et symptomatiques. On touche là au problème du surdiagnostic, qui est le risque de transformer inutilement des individus en bonne santé en patients diagnostiqués ou en « individus à risque ». L’efficacité de la médecine de précision dans ce contexte repose sur le difficile équilibre entre le nombre d’individus que nous sommes prêts à surdiagnostiquer pour chaque cas de prévention réussi.

L’efficacité de la médecine de précision dans ce contexte repose sur le difficile équilibre qui consiste à estimer le nombre d’individus que nous sommes prêts à surdiagnostiquer pour chaque cas de prévention réussi.

Médecine à deux vitesses et embolisation des workflows médicaux

Enfin, le Pr Green remarque que le principe de solidarité et d’égalité d’accès aux services de santé peut être remis en question par la mise en œuvre de la médecine de précision. La solidarité dans le domaine des soins de santé signifie en effet un partage collectif des des coûts, même si certains courent un risque plus élevé de développer des maladies, soit à cause de la génétique, soit en raison de leur hygiène de vie notamment. D’un certain point de vue, la médecine de précision peut avoir un effet égalisateur car certains risques peuvent être identifiés et traités avant qu’ils ne se transforment en problème de Santé.

Mais le marketing actuel des technologies de santé, telles que les appareils portables et les tests en ligne, s’adresse principalement aux consommateurs disposant des ressources nécessaires pour investir financièrement dans l’optimisation de leur santé. Cela pourrait créer un processus de médecine à deux vitesses, ce qui n’est pas vraiment nouveau. Ce qui est nouveau en revanche, c’est que cette évolution pourrait encourager les patients à consulter leur médecin, s’ils ont des inquiétudes quant aux résultats de ces « autodiagnostics », et que le workflow médical s’en trouve à nouveau embolisé.

Ne pas faire de la médecine préventive un problème de plus

La médecine de précision est incontestablement une chance, à la fois pour les populations qui peuvent espérer voir leurs parcours de Santé s’améliorer, pour les professionnels qui entrevoient de nouvelles pratiques et des workflow simplifiés, ainsi que pour la société qui pourrait faire des économies d’échelle pour le financement de ces parcours. Mais il nécessaire de mener une réflexion de fonds sur les réels besoins des patients, sur le potentiel de cette évolution médicale et sur les écueils qu’il faudra éviter pour qu’elle ne devienne pas un problème de plus.

Lire l’article du Pr Green dans son intégralité ICI.

Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@gpsante.fr
@bbenk34.


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