L’observance du dépistage du cancer du sein, c’est la vie !

lundi 8 mars 2021, par Bruno Benque

Outre les effets directs qu’elle peut engendrer sur nos congénères, la pandémie de COVID-19 affecte, on le sait, le diagnostic et le suivi des patients pour les autres maladies. En cette Journée internationale de la femme, nous abordons aujourd’hui l’impact de la crise sanitaire sur l’observance au dépistage du cancer su sein et évoquons son impact sur la vie quotidienne des femmes atteintes d’un cancer du sein.

En ce 8 mars 2021 qui célèbre les femmes dans le monde, nous souhaitions nous attarder sur les effets de la pandémie de COVID-19 sur le suivi des patientes atteintes d’un cancer du sein.

De l’importance de bien se soumettre au dépistage du cancer du sein

Il s’avère en effet que, à l’instar de ce que l’on peut observer dans la plupart des autres pathologies, la crise sanitaire a nettement ralenti le rythme des consultations de contrôle pour ces patientes. Pire, de nombreux pays ont suspendu leurs programmes de dépistage du cancer du sein depuis le début de la pandémie. Cela peut avoir des conséquences significatives étant donné que l’interruption du dépistage pourrait entraîner une augmentation de la proportion de femmes qui meurent d’un cancer du sein, comme le montre l’étude récente réalisée sur une cohorte d’un demi-million de femmes sur les variations de mortalité et d’incidence du cancer du sein en fonction de la périodicité des examens de dépistages.

On y découvre ainsi que l’incidence des cancers du sein fatals dans les 10 ans suivant le diagnostic était de 50% plus faible pour les patientes ayant fait l’objet de deux dépistages avant le diagnostic que pour celles qui ont eu un ou aucun dépistage. D’autre part, les femmes qui ont assisté aux deux dépistages précédant le diagnostic montrent une réduction de 29% de la mortalité par cancer du sein que les femmes qui n’ont assisté qu’a un dépistage.

Quelle stratégie employer pour une reprise efficace des dépistages ?

Il est donc nécessaire aujourd’hui de relancer les campagnes de dépistage afin de réduire l’impact de cette pause sur un item majeur de Santé publique. Mais comment y parvenir ? En octobre dernier, observant déjà ce décrochage, Lindy Kregting, doctorante à Erasmus MC, University Medical Center Rotterdam (Pays-Bas), a publié dans l’European Journal of Cancer, son étude sur les stratégies les plus efficaces pour relancer les programmes de dépistage du cancer du sein. Elle et ses collègues checheurs se sont appuyés, pour ce faire, dur un outil de modélisation appelé MISCAN-Breast pour évaluer différents modes d’action.

La première stratégie évoquée consiste en un redémarrage simple de la campagne après le délai où tous les dépistages se sont poursuivis dans l’ordre prévu, ce qui signifie qu’une femme sur quatre finirait par se présenter au dépistage une fois de moins dans sa vie. La deuxième promeut un retard de dépistage, sauf pour les femmes devant faire l’objet de leur premier dépistage. La troisième stratégie requiert un retard du dépistage avec une limite d’âge supérieure repoussée pour s’assurer que les femmes ne manquent pas leur dernier dépistage, et enfin l’augmentation des moyens dédiée afin d’assurer un rattrapage complet de tous les dépistages retardés dans une période de six mois après la perturbation.

Augmenter temporairement l’âge limite pour plus d’efficience

Les chercheurs ont constaté que la première stratégie avait l’effet le plus dommageable, avec une augmentation estimée de 2,35 décès par cancer du sein pour 100 000 femmes au cours des dix prochaines années. Sans surprise, c’est la quatrième stratégie qui a montré le plus d’efficacité, avec une augmentation de seulement 0,13 décès par cancer du sein sur 100 000 femmes au cours des dix prochaines années. Mais, comme les moyens humains et financiers ne sont pas extensibles à volonté, il ne s’agit pas d’une solution réaliste à ce problème.

Il faut donc se tourner vers les deux autres stratégies, qui aboutissent à des augmentations respectives de 1,98 et 1,85 décès par cancer du sein pour 100 000 patientes au cours des dix prochaines années. Sur la base de ces résultats, ils proposent donc d’adopter un report du dépistage avec une augmentation temporaire de la limite d’âge supérieure comme solution la plus pertinente.

Des femmes inquiètes et touchées par la solitude

Reste à savoir comment la pandémie de COVID-19 a affecté la vie quotidienne des femmes diagnostiqués d’un cancer du sein. Une autre étude datant d’octobre 2020 et initiée par le Dr Claudia Bargon, clinicien et doctorant à l’University Medical Center d’Utrecht (Pays-Bas), montre, sur une cohorte de 1051 femmes diagnostiquées, que 31% d’entre elles étaient moins susceptibles de demander de l’aide à leur médecin généraliste, 27% s’inquiétaient des effets de la pandémie sur leur suivi et 15% étaient moins susceptibles de demander de l’aide à leur médecin spécialiste du cancer du sein. Ce travail révèle en outre que 48% d’entre elles se sentaient seules pendant la pandémie.

Alors que le soutien social peut être d’une importance vitale pour ces patientes et que ce soutien peut être limité par des mesures de distanciation sociale, il semble que la communication des gouvernements ait du mal à passer, tant la proportion de femmes déclarant leur solitude face à leur situation est grande. Nous souhaitions ici, en cette Journée internationale de la femme, leur rappeler l’importance de l’observance des examens de dépistage du cancer du sein et leur apporter humblement un peu de réconfort.

Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com
@bbenk34


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