L’hospitalisation à domicile comme alternative à l’ambulatoire durant la crise sanitaire

mercredi 27 juillet 2022, par Bruno Benque

Dans son recueil annuel de statistiques relatives aux établissements de Santé en France, la DREES a rendues publiques les données de l’année 2020, très attendues car conditionnées par la crise sanitaire. Elle met en lumière notamment une forte baisse des hospitalisations complètes et des passages aux urgences, mais également, et c’est exceptionnel, des prises en charge ambulatoires au profil de l’hospitalisation à domicile. Elle évoque également une hausse des effectifs soignants durant cette année particulière, une augmentation qui ne devrait malheureusement pas durer...

Comme elle en a l’habitude à cette période de l’année, la Direction de la Recherche, des Études, de l’Évaluation et des Statistiques (DREES) vient de publier son ouvrage intitulé « Les établissements de santé - édition 2022 ».

La DREES fait l’état des lieux des établissements de Santé durant la crise sanitaire

Cet ouvrage compte 27 fiches thématiques qui présentent un état des lieux des capacités d’accueil et de l’activité des établissements de santé, avec une particularité cette année relative à l’impact de la crise sanitaire sur le fonctionnement de l’hôpital. Cet impact dépasse la seule prise en charge des patients atteints de Covid-19 puisque les périodes de confinement, les décisions de déprogrammation de soins ainsi que les réorganisations de services ou les contraintes liées aux gestes barrières ont eu des conséquences sur l’ensemble de l’activité hospitalière. Les évolutions observées en plein cœur de la crise sanitaire en termes de prise en charge, d’organisation hospitalière ou de pénuries en tous genres sont-elles confirmées par les statistiques ?

Forte baisse des hospitalisations complètes et des passages aux urgences

Concernant l’activité d’hospitalisation complète qui, depuis une vingtaine d’années, diminue régulièrement, il a été enregistré en 2020 une baisse nettement plus marquée du nombre de séjours que celle des années précédentes, avec 10,3 millions de séjours enregistrés, soit un recul de 12,4 % alors qu’il n’était que de 0,5 % par an en moyenne sur la période 2013-2019. La DREES explique cette baisse spectaculaire par les mesures sanitaires mises en place, avec une réorganisation hospitalière importante pour faire face à l’afflux de patients atteints du Covid-19, des déprogrammations de soins non urgents et des personnels ont été réaffectés spécifiquement à la prise en charge de l’épidémie.

C’est ainsi que le nombre de passages aux urgences a reculé de 17,3 %, alors qu’il était en forte hausse depuis 1996, la DREES avançant des raisons liées à la diminution de la circulation routière ou des activités sportives et de loisirs. Nous y ajouterons le recul de la bobologie, un phénomène général responsable de l’engorgement des services d’urgences.

L’hospitalisation à domicile comme alternative à l’ambulatoire

Si le « virage ambulatoire » baisse, d’année en année, le nombre de lits d’hospitalisation complète de 0,9% par an, la DREES a constaté que ce recul est passé en 2020, à 1,2%. Cela s’explique notamment par la transformation des chambres doubles en chambres simples lors de la crise sanitaire ainsi que par le déplacement des personnels soignants vers les soins intensifs. Mais la crise sanitaire a également interrompu la progression régulière de l’hospitalisation ambulatoire, dont le nombre de journées a reculé pour la première fois depuis vingt ans (-23,5 %), alors que l’hospitalisation à domicile a continué de se développer, avec une progression à hauteur de 15,8 % contre 4,6 % par an en moyenne de 2013 à 2019.

Le Covid-19 a, par ailleurs, été responsable, en 2020, de 303 000 hospitalisations, ce qui représente 2,6 % de l’ensemble des patients hospitalisés dans l’année et une durée de séjour plus longue que la moyenne. La DREES avance le taux de 25% de prise en charge des patients atteints de Covid-19 en réanimation en 2020, le nombre de lits de soins critiques ayant progressé de 3,6 % entre fin 2019 et fin 2020, ce qui n’est pas surprenant.

Des effectifs soignants évalués à la hausse en 2020, mais pour combien de temps ?

Quant aux effectifs salariés hospitaliers, qui avaient baissé de 0,4% fin 2018, ils ont progressé de 0,2% en 2019, surtout dans le secteur public. Une tendance qui se confirme en 2020 puisque les premiers chiffres disponibles sur l’emploi salarié hospitalier dans les hôpitaux publics en 2020 montrent un rebond des effectifs de 1,9%, soit +20 100 salariés à cause de la crise sanitaire.

Les changements observés durant cette période semblent donc, effectivement, se confirmer par les statistiques officielles. Et si les prochaines vagues épidémiques ne sont pas trop virulentes, il est à craindre que les chiffres des personnels soignants exerçant à l’hôpital ne repartent à la baisse, sous l’effet conjugué des démissions en masse et d’une attractivité de ces métiers en berne.

Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com
@bbenk34.


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