Difficile collaboration pour la gestion de la pénurie de médicaments

mardi 15 septembre 2020, par Bruno Benque

Alors que la pénurie de médicaments devient un problème majeur de Santé publique, provoquée par une production qui peine à répondre à la demande et un approvisionnement dépendant de la fluidité des échanges internationaux, le gouvernement appelle à la relocalisation des sites de production. Il faut également augmenter les stocks sur notre territoire, mais, pour le LEEM, ce n’est pas si simple...

La crise sanitaire a mis en lumière, partout dans l’hexagone, les difficultés d’approvisionnement en médicaments et produits de Santé. Le grand public a en effet été confronté à la difficulté d’accéder aux masques de protection, ce qui l’a sensibilisé à ce problème plus large et qui touche toute la chaîne du médicament.

Une pénurie d’antibiotiques, d’anticancéreux ou d’anti-parkinsoniens

Pourtant, le problème ne date pas d’aujourd’hui. En juillet 2019, la Ministre Agnès Buzyn publiait une feuille de route pour « Lutter contre les pénuries et améliorer la disponibilité des médicaments en France ». Une enquête avait alors été réalisée par BVA pour France Assos Santé, montrant que près d’un Français sur quatre s’est déjà vu refuser la délivrance d’un traitement pour cause de pénurie. La Ministre soulignait à l’époque que les pénuries étaient près de vingt fois plus nombreuses en 2018 par rapport à 2008 et touchaient principalement des antibiotiques, des antiparkinsoniens et certains anticancéreux, selon les données de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM).

Les causes de ce problème sont à chercher d’une part dans la production, d’autre part dans l’approvisionnement de ces produits de Santé.

Une production qui peine à répondre à la demande

La production est impactée tout d’abord par la hausse de la demande dans les pays émergeants, due à la hausse du niveau de vie de ce’s populations, alors que le production n’augmente pas en proportion. C’est ensuite le lieu de production des médicaments qui est en cause, un problème qu’a notamment soulevé le Président de la république lors de ses régulières interventions médiatiques diffusées au plus fort de la pandémie. En effet, selon l’Agence européenne du médicament, 80% des principes actifs des médicaments disponibles dans l’Union Européenne sont produits hors de l’Europe. En France, 35% des matières premières utilisées dans la fabrication des médicaments en France proviennent d’’Inde, de Chine ou des Etats-Unis. Enfin, le secteur fait état d’une concentration de la production par quelques producteurs pour chaque famille de médicaments, ce qui ne favorise par la concurrence et la mise à niveau des stocks.

Des approvisionnements dépendants de la fluidité des échanges internationaux

C’est ensuite, donc, l’approvisionnement des médicaments et produits de Santé qui est en cause dans cette crise. Nous l’avons expérimenté lors de la crise sanitaire, au cours de laquelle les échanges internationaux se sont brusquement effondrés, privant les populations de masques, certes, mais empêchant des patients gravement atteints, notamment en oncologie, de pouvoir satisfaire à leur traitement. Ce dysfonctionnement est dû au fait que, les gouvernements européens ayant choisi d’appliquer une politique de prix bas dans ce secteur, les fabricants ont peu à peu délocalisé la production dans des pays où les coûts sont plus bas. D’aucuns voient dans cet éloignement des usines chimiques polluantes d’où sortent ces molécules thérapeutiques une réponse écologique aux défenseurs de l’environnement. Mais dans ce cas, on ne fait que déplacer le problème ailleurs.

Les tutelles souhaitent une relocalisation significative et une mise à niveau des stocks

Les organismes de tutelle tentent donc, depuis quelques années, de remédier à ce dysfonctionnement. Le Ministère, nous l’avons vu, a défini une feuille de route pour agir sur nombre d’items traitant de communication, de contrôle du circuit du médicament ou de réorganisation de l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de Santé (ANSM), mais peu de solutions sont proposées pour la relocalisation, à part des solutions innovantes et des mesures d’incitations financières et fiscales pour les sites de production en France ou en Europe.

Il faut donc gérer la pénurie. Dans ce contexte, l’ANSM recense, à l’attention des professionnels de santé et aux patients, les Médicaments d’Intérêt Thérapeutique Majeur (ITM) faisant actuellement l’objet de difficultés d’approvisionnement et pour lesquels, il n’y a pas d’alternative thérapeutique disponible sur le marché français. Elle a mis à disposition des laboratoires pharmaceutiques un formulaire qu’ils doivent renseigner en cas de difficultés liées à la production de ces médicaments.

Les entreprises du médicament font de la résistance sur certains points

Le groupement des entreprises du secteur, le LEEM, tente lui aussi d’agir pour enrayer la crise. Il a notamment, en février 2019, présenté un plan d’action pour réduire les ruptures d’approvisionnement et proposé qu’un stock de sécurité renforcé soit mis en place pour les médicaments les plus indispensables (médicaments d’intérêt sanitaire et stratégique – MISS), c’est-à-dire ceux pour lesquels il n’existe aucune alternative thérapeutique et dont la rupture entraîne un risque vital pour les patients. La loi de financement de la Sécurité sociale 2020 prévoit, d’autre part, de renforcer l’obligation de stockage des médicaments dans la limite de quatre mois. à l’ensemble des médicaments d’intérêt thérapeutique majeur (MITM).

Mais le LEEM rappelle, dans un communiqué du 14 septembre 2020, que les MITM sont majoritairement de médicaments anciens et que l’allongement excessif de la durée de stockage de ces molécules modifierait profondément leurs conditions d’exploitation et conduirait probablement certains fournisseurs à les retirer du marché. Il souligne également qu’un excès de protectionnisme résultant de relocalisations massives priverait les patients de traitements indispensables. Et nous pourrions ajouter qu’il priverait ses adhérents de quelques bénéfices financiers que la production asiatique permet de réaliser. Mais la volonté de collaborer est là et la sortie de crise est sans doute proche.

Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com
@bbenk34


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