Déserts médicaux et transition démographique au centre du programme d’Anne Hidalgo

jeudi 24 mars 2022, par Bruno Benque

Dans le cadre de notre série consacrée aux programmes Santé des candidats à l’élection présidentielle, nous nous attardons aujourd’hui sur les propositions de la candidate socialiste Anne Hidalgo. Sans surprise, les grandes lignes de son programme comprennent une modification de la T2A à l’hôpital public, le développement de la prévention en Santé publique et de la démocratie sanitaire et la lutte contre les déserts médicaux. Elle propose également d’ouvrir largement les places en formation pour les métiers du soin et de mettre l’accent sur la professionnalisation, la valorisation salariale, et la reconnaissance des métiers du Grand Âge.

Alors qu’elle accuse un retard significatif dans les sondages à ce jour, Anne Hidalgo n’en est pas moins une figure emblématique de la gauche française. Et les propositions qu’elle a listées sur le champ sanitaire et social dans son programme pour l’élection présidentielle de 2022 sont en concordance avec les idéaux de son camp.

Modification de la T2A et participation des médecins libéraux aux gardes aux urgences

Sans surprise effectivement, elle souhaite tout d’abord tourner la page de l’hôpital-entreprise et de la maîtrise comptable des dépenses de santé. Elle annonce, dans ce cadre, la fin de l’Objectif National des Dépenses d’Assurance-Maladie (ONDAM), remplacé par des Objectifs Nationaux de Santé Publique (ONSP), par opposition aux indicateurs budgétaires. Dans le collimateur également de la candidate socialiste, les règles de tarification à l’acte à l’hôpital public, qu’elle souhaite modifier pour aboutir à une dotation correspondant aux besoins de santé de la population desservie après consultation des acteurs de santé, des élus locaux ou des représentants des usagers. Et pour soulager les urgences, la participation des médecins libéraux aux gardes en heures ouvrables, principalement le week-end.

Ouverture tous azimuts des places en formation aux métiers de la Santé

Au sein d’un programme fortement axé sur l’écologie et la vie des campagnes, la lutte contre les déserts médicaux semble une évidence pour elle. Cette lutte passe par la formation de 15 000 nouveaux médecins par an, accompagnés de 1 250 sages-femmes, 25 000 infirmiers et aides-soignants, 5 000 logisticiens, techniciens et agents hospitaliers, avec des augmentations de rémunérations non chiffrées. À l’instar de ce que propose son adversaire Valérie Pécresse, Anna Hidalgo prévoit de créer une année de professionnalisation comme médecin-assistant dans les déserts médicaux à la fin du parcours d’internat en médecine, encadrée par des médecins maîtres de stage et d’une rémunération à la hauteur de leurs responsabilités, et assortie d’avantages liés à leur logement et à leur mobilité. Elle prévoit ainsi, dès le second semestre 2022 puis chaque année ensuite, 4 à 8 000 médecins dans ces territoires.

Prévention en Santé publique et démocratie sanitaire

Mais revenons à la Santé publique, puisque c’est sur elle que sera indexée une grande partie du financement du système de Santé qu’elle a imaginé. Ce sont les collectivités territoriales et les instances de démocratie sanitaire qui seront associées à la politique de santé du pays, selon un plan de prévention et de prise en charge des maladies chroniques, mais également par des actions sur la santé environnementale, la qualité de l’air et de l’alimentation, la santé scolaire, la pratique du sport et sur les addictions (drogue, alcool, tabac, etc.). La candidate socialiste fera d’autre part de la santé mentale une grande cause de son quinquennat et le burn-out sera reconnu comme une maladie professionnelle. De quoi satisfaire un large panel de la population sans apporter de références quant à l’origine des financements nécessaire à la mise en place de ces mesures…

Professionnalisation, valorisation et reconnaissance pour les métiers du Grand Âge

La transition démographique et la prise en compte du Grand Âge sont bien évidemment traitées dans son programme, qui évoque des « activités sportives et culturelles, l’animation de la vie sociale, la conception de la ville et des villages, l’accompagnement de la perte d’autonomie repensés pour faire toute leur place aux seniors ». Une politique contractualisée encore une fois avec les collectivités locales avec une 5e branche de la Sécurité sociale comprenant « un service public d’accompagnement de la perte d’autonomie pour orienter et conseiller les familles dans chaque territoire », une revalorisation de l’APA et un plan de formation et de recrutement pour les métiers du grand âge articulé autour du « triptyque professionnalisation, valorisation salariale, reconnaissance ».

Ce programme est agrémenté de mesures relatives à la législation sur le cannabis, à l’âge du départ en retraite plafonné aux 62 ans actuels, à la pénibilité du travail ou à la fin de vie, qui en font un programme couvrant de manière assez complète les sujets sanitaires et sociaux importants aujourd’hui. Mais des mesures qui, dans leur globalité, sont susceptibles de coûter cher à la collectivité, sans que des sources de financement n’aient été identifiées expressément.

Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com
@bbenk34


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