Des données transférables pour un message de prévention mieux reçu

mercredi 4 août 2021, par Bruno Benque

Pour obtenir l’adhésion du grand public ou d’un groupe de professionnels de Santé, la communication de données scientifiques seules ne suffit plus à convaincre les acteurs afin qu’ils adhèrent à des recommandations de prévention ou de promotion de la Santé. Le Pr Linda Cambon évoque dans un article la nécessité d’avoir recours à la notion de transférabilité de ces données, qui engagent la participation de leurs destinataires pour être efficaces. Il est nécessaire ainsi de faire appel aux retours d’expériences et avis d’experts afin de leur apporter un ancrage contextuel et d’obtenir un consentement généralisé.

Les recommandations relatives à la prévention et à la promotion de la Santé ne sont pas toujours, loin s’en faut, appliquées de manière efficiente par les personnes à qui elles sont adressées. Nous en faisons l’expérience à grande échelle aujourd’hui sur le thème du pass sanitaire, outil essentiel à la lutte contre la propagation des variants du Sars-Cov-2, qui fait l’objet d’un refus net d’une partie des français.

Les connaissances scientifiques ne suffisent plus à convaincre les populations

Dans un article paru dans le magazine édité par Santé publique France « La Santé en action », le Pr Linda Cambon, de l’Institut de santé publique, d’épidémiologie et de développement (Isped) et du centre Inserm U 1219 à l’Université de Bordeaux, nous éclaire sur la manière dont les concepts scientifiques doivent être clarifiés pour que les acteurs changent leurs pratiques. Les articles scientifiques et les essais contrôlés randomisés sont considérés comme au sommet de la hiérarchie de la connaissance et donc, à ce titre, applicables in extenso par les populations, au dessus, en tout cas, des « méthodes qualitatives, non comparatives ou les consensus d’experts ». Mais le Pr Cambon remarque que « cette hiérarchie, empruntée au domaine clinique de la santé publique, a montré depuis longtemps maintenant ses limites en prévention et promotion de la santé ».

Des données probantes qui engagent la participation de leurs destinataires

Les données probantes, « conclusions tirées de re- cherches et autres connaissances qui peuvent servir de base utile à la prise de décision dans le domaine de la santé publique et des soins de santé« selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), ne sont donc plus le pré-requis unique pour convaincre un public de plus en plus instruit - souvent à partir de sources non vérifiées - et enclin à résister à toute contrainte émanant du pouvoir exécutif. Il est nécessaire aujourd’hui d’expliquer au public »les liens entre déterminants et état de santé, les leviers ou modalités d’intervention efficaces, les conditions d’implantation des interventions". En résumé, les savoirs que l’administration tente de transférer dans le cadre de la prévention et de la promotion de la Santé engagent la participation active de ceux à qui ils sont destinés pour être efficaces.

La transférabilité, notion indispensable à un ancrage contextuel

Le Pr Cambon évoque ici la notion de transférabilité, qui est « la mesure dans laquelle le résultat d’une intervention dans un contexte donné peut être atteint dans un autre contexte ». Elle se distingue ainsi de l’applicabilité ou de la reproductibilité - la mesure dans laquelle les processus d’une intervention dans un contexte donné peuvent être mis en œuvre dans un autre contexte - par les conditions dans lesquelles les acteurs pourront adapter leurs comportements afin que les savoirs puissent bien intégrés par ces derniers. Elle parle alors d’adaptation et d’ancrage contextuel, de démarche participative, favorisés par l’utilisation d’outils dédiés comme la grille Outil d’AnalySe de la Transférabilité et d’accompagnement à l’Adaptation des InteRventions en promotion de la santé (Astaire).

Le problème de la généralisation des savoirs et interventions à mettre en œuvre

Reste que cette transférabilité, si elle semble efficace au niveau d’un groupe, se heurte au contexte macro-systémique dès lors que les savoirs ou les interventions à mettre en place qui sont véhiculés sont issus de la littérature réglementaire, nécessitent la mobilisation de ressources jugées trop importantes ou dont la plus-value n’est pas ressentie comme telle par rapport à l’existant. Le Pr Cambon émet donc l’hypothèse selon laquelle une action, pour être généralisée, « doit avoir démontré qu’elle est utile, qu’elle peut s’inscrire dans le droit commun, qu’elle est éthique, qu’elle est pérenne ». Et c’est bien parce que cette démarche prend en compte l’expérience de terrain et les avis d’experts qu’elle est susceptible de réussir, tant dans un contexte de Santé publique que de pratiques professionnelles.

Lire l’article du Pr Linda Cambon ICI.

Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com
@bbenk34


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