Bientôt des « smart hôpitaux » ? (PART. II)

vendredi 21 février 2020, par François Langevin

La conception architecturale des établissements de Santé, nous le savons aujourd’hui, est une des composantes significatives d’une bonne organisation de la prise en Santé des patients. François Langevin, Ingénieur Biomédical Hospitalier et Professeur à l’École des hautes études en santé publique (EHESP), traite, dans un article publié dans « The Conversation », de cette thématique. Après un survol des conceptions architecturales originales, mais non moins efficaces, identifiées chez nos voisins européens, il donne sa vision du concept de Smart hôpital, une architecture éclatée dans laquelle les consultations et les urgences se rapprochent des populations.

À cette nouvelle philosophie, nous apportons un prolongement naturel, dans une vision territoriale plus appropriée de l’offre de soins : celle des « smart hôpitaux ». Nous préconisons qu’une partie des « entrées » des hôpitaux, c’est-à-dire les consultations et les urgences – dont les tailles ont augmenté de manière non contrôlée, voire démesurée, depuis une quarantaine d’années – quittent les campus hospitaliers. Elles seraient conçues sous forme de satellites, et localisées à proximité des quartiers d’habitation ou dans les déserts médicaux.

Faire sortir les entrées

En clair, il s’agit de « faire sortir les entrées », pour se rapprocher de la population. Outre une prise en charge plus humaine des patients âgés souffrant de pathologies chroniques, de polypathologies et de handicaps, cette approche a d’autres vertus. Elle pourrait désengorger les grands établissements supports, permettre des économies de transport, des attentes moins longues, un meilleur maillage du territoire avec des synergies public/privé plus simple, et contribuer à la nécessaire généralisation des systèmes d’information. Elle autoriserait par ailleurs une gestion optimisée, avec des structures plus petites, mais aussi l’intégration d’entités médico-sociales aujourd’hui balkanisées, ou encore une meilleure répartition et continuité de l’offre de soins… En bref, cette approche aurait le mérite d’intégrer des outils de santé à proximité des quartiers, des villes ou des villages où vivent et travaillent les gens.

Il existe déjà des concepts similaires. En Europe, citons en Allemagne les Medizinische Versorgungszentren (MVZ), qu’a relancé en 2013 la réforme Schroeder, et dont certains ont permis d’associer à des centres hospitaliers des antennes de consultation dont ils ne disposaient pas. Citons aussi en Catalogne, un maillage de centres de soins primaires très efficaces (les 400 « centros de Atención Primària ») qui depuis peu disposent d’urgences, et sont reliés en permanence à tous les autres établissements par un système d’information généralisé.

Pourquoi des « smart » hôpitaux ? Et pourquoi cette appellation ? Dans ces centres de soins de proximité, il ne s’agit plus de diminuer la taille de l’établissement, car dans un souci d’économie d’échelle et de sécurité, les hôpitaux locaux ont d’ores et déjà été regroupés. L’objectif est plutôt de disposer d’entités inédites, avec des professions nouvelles capables de prendre en charge le suivi d’une population donnée (par exemple, identifiée comme fragile).

Ces entités disposeraient de services de suivi et d’assistance aux patients chroniques et de suivi des maternités, avec des consultations, de la télé-surveillance, des prélèvements d’échantillons à destination des laboratoires d’analyses biologiques, et une capacité diagnostique minimale pour évaluer le non programmé. Enfin, on le devine : pour que de tels établissements puissent fonctionner, il faut impérativement qu’ils soient reliés entre eux et avec les établissements supports par un système d’information et un modèle économique unique et cohérent. Car il n’est évidemment pas question d’amputer ces derniers des recettes significatives liées aux prescriptions secondaires.

Pour en savoir plus  :

«  Architecture et ingénierie à l’hôpital : Le défi de l’avenir », sous la direction de François Langevin, préface de Gérard Vincent, Presses de l’EHESP, 2018.Ouvrage lauréat du Concours Roberval fin 2019 de la meilleure littérature scientifique francophone dans la catégorie enseignement supérieur.

The Conversation

François Langevin, Professeur, Ingénieur Biomédical Hospitalier,École des hautes études en santé publique (EHESP)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.


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