Bientôt des « smart hôpitaux » ? (PART. I)

jeudi 13 février 2020, par François Langevin

La conception architecturale des établissements de Santé, nous le savons aujourd’hui, est une des composantes significatives d’une bonne organisation de la prise en Santé des patients. François Langevin, Ingénieur Biomédical Hospitalier et Professeur à l’École des hautes études en santé publique (EHESP), traite, dans un article publié dans « The Conversation », de cette thématique. Il brosse, dans un premier temps, les initiatives originales mais non moins efficaces prises dans ce cadre chez nos voisins européens. Dans un prochain article, il donnera sa vision du smart hôpital, une architecture éclatée dans laquelle les consultations et les urgences se rapprochent des populations.

Ces dernières décennies, l’hôpital est devenu l’un des éléments les plus marquants de l’urbanisme. Ce n’est pas l’effet du hasard : sur tous les continents, notre civilisation a progressivement mis en avant la santé. Au point que les édifices religieux sont aujourd’hui concurrencés par ces nouvelles divinités implicites.

Ainsi la nouvelle tour du CHU de Rabat, confiée à l’architecte Hakim Benjelloun, culminera à 250 m de hauteur, tandis que le projet « Hospitacitée » conçu par le cabinet Michel Remon & Associés doit redessiner le « skyline » à l’est de Bruxelles. L’intégration de 4 sites du CHwapi de Tournai (cabinet Archipelago), quant à elle, transformera les paysages des bâtiments et clochers. Et l’œcuménisme de la clinique multiconfessionnelle Rhéna (AIA Life Designers), à Strasbourg, symbolise bien ces constructions modernes érigées aux nouvelles valeurs humanistes universelles de santé. On pourrait multiplier les exemples…

Des lieux d’une complexité croissante

Qu’il s’agisse de l’urbanisme des grandes métropoles, de villes plus petites ou du milieu rural, les situations sont cependant fort hétérogènes. Les économies d’échelle, issues du monde des entreprises industrielles (« mergers and acquisitions »), se sont imposées pour concentrer les meilleures compétences et des spécialités nombreuses, assurer la qualité des soins et la sécurité médicale. Certes, la médecine va continuer d’y voir le jour. Les hôpitaux sont devenus des lieux de techniques médicales, c’est-à-dire de technologies ET de compétences humaines, de savoir-faire (les skills du monde anglo-saxon). Mais une majorité d’hôpitaux a été construite en périphérie des villes, en s’éloignant des lieux de vie, d’habitat ou de travail.

L’actualité nous le montre bien : ces modèles n’ont pas que des avantages. Comme le soulignait l’économiste britannique Ernst Friedrich Schumacher, la complexité croit de manière exponentielle, plutôt que de façon proportionnelle et linéaire avec la taille des organisations. Et de fait, différentes « déséconomies d’échelle » viennent sourdre où l’on ne les attend pas, ici dans la bureaucratie, là dans le glissement des tâches ou les surqualifications dispendieuses, les défauts de communication entre silos trop spécialisés, les erreurs médicales, le burn-out, et le manque de temps consacré aux patients

Les solutions de l’ingénierie et de l’architecture

Comment associer les atouts des grands centres hospitaliers à l’agilité et à la facilité d’accès des établissements de proximité ? Dans ce monde de la santé sous tension, les sciences de l’ingénieur et l’architecture pourront apporter des solutions, en rendant plus humains les services hospitaliers : il s’agira de fluidifier les parcours pour diminuer les temps d’attente, perfectionner les stratégies cliniques, mieux répartir l’offre de soins. Et de ce point de vue, certains courants architecturaux méritent qu’on leur prête attention, à l’instar de la «  layer approach ».

Dans cette approche, les bâtiments édifiés sur un même campus hospitalier ont des cycles de vie séparés, ce qui permet au cours du temps de les transformer indépendamment les uns des autres. Les plateaux médico-techniques, par exemple, sont ceux qui dépendent le plus d’évolutions rapides et peu prévisibles de hautes technologies, avec des installations complexes liées notamment aux divers fluides et aux contraintes électromagnétiques : leurs cycles de vie n’excèdent pas une quinzaine d’années aujourd’hui. Les bâtiments d’hospitalisation, en revanche, peuvent être prévus pour quelques décennies supplémentaires, avec la possibilité de les reconvertir. Quant aux plates-formes logistiques non médicales (blanchisseries, restauration, magasins…), qui n’accueillent ni les patients, ni leurs familles, elles sont le plus souvent éloignées des hôpitaux, sur des fonciers meilleur marché. À l’inverse, des chambres d’hospitalisation construites au-dessus d’un plateau médico-technique obèrent partiellement la flexibilité.

Des approches alternatives

De petits établissements ont été construits sur ce modèle aux Pays-Bas – l’hôpital de Martini a préfiguré ce mouvement à Groningen – ou en Belgique – c’est le cas de l’hôpital de Maas & Kempen. Le cabinet d’architecture belge Art & Built, qui a gagné le concours du nouveau CHU de Nantes, a aussi conçu les plans selon cette approche. Et l’on notera que lors du dernier congrès de l’Union des architectes francophones en santé (UAFS), en octobre 2019, Raymond Bertrand, de l’agence Patriarche office of architecture, a évoqué l’émergence du concept de « dedumbling », qui consiste à regrouper les bâtiments par fonctions similaires.

Enfin, pour le nouveau CHU de Guadeloupe, concours remporté par Laurent Marc Fischer (Architecture studio), il a été demandé de séparer les édifices par niveau de complexité. Les plans Building Information Modeling (BIM) de cet hôpital illustrent de manière particulièrement éloquente cette séparation : on peut y voir une variante de la « layer approach ».

The Conversation

François Langevin, Professeur, Ingénieur Biomédical Hospitalier,École des hautes études en santé publique (EHESP)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.


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