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Canicule... (1ère partie)

mardi 21 octobre 2003, par Jean Charles Haute

Une canicule est passée, laissant derrière elle un cortège de corps sans vie, de chagrins, de désespérance pour les proches, d’illusions perdues et d’efforts désespérés pour tout les soignants qui y furent confrontés…
Mais que s’est-il donc passé dans le système de santé pour que notre société, dans son ensemble, vive une telle défaite ? Car il s’agit bien d’une défaite, c’est-à-dire d’une bataille perdue pour la santé publique de tout un pays. Pour retrouver de telles mortalités pour raison de santé, il faut en France remonter à l’épidémie de grippe durant la première guerre mondiale ; où bien à la dernière épidémie de choléra au XIX éme siècle. C’est un événement qui a tué quatre fois plus que l’attentat de New York du 11 septembre... Et s’il y a de quoi provoquer la terreur, il n’y a pas là de terroriste. Défaut de connaissance du problème, faiblesse des effectifs, système d’information inefficace ont étés évoqués dans la presse pour expliquer la crise. Mais, en tant que cadre de santé, que pouvons nous en dire et en penser ?

Apparemment, le « meilleur système de santé du monde » ne fonctionne que lorsque les choses se passent normalement. Il est faillible et est désarmé face à certaines situations à risques. Pourtant, quel professionnel de santé ignore ce qui se passe lorsqu’une personne fragile est exposée à une forte chaleur durant plusieurs jours ? De plus les personnes fragiles ne sont pas également touchées ; les handicapés, les enfants, les personnes en réanimation n’auraient-ils pas subis le même phénomène climatique ?
Nous manquons d’effectif dit-on ; mais le ratio soignant par habitant est-il significativement plus faible en France qu’ailleurs ? C’est le cas, dit-on au Royaume Uni ; mais les chiffres dissimulent que la notion de nurse englobe plusieurs professions distinguées en France (agent de service soignants, aides soignantes, infirmières et cadres de santé) . Le fait, en tout cas, n’a été relevé par aucune enquête de l’OMS (à ma connaissance tout du moins). Ce que cette crise à montré, en revanche, c’est qu’en Belgique (par exemple) ce ratio, dans les institutions de gériatrie, est trois fois plus élevé qu’en France : les « histoires » belges sont parfois bien amères. Comble de frustration, le système de santé britannique, qui est habituellement la cible de toutes nos critiques (c’est le « pire système de santé » du monde) est sortis quasiment indemne de sa propre canicule .
Les systèmes d’informations en santé seraient un labyrinthe d’où n’émerge aucune information dans les temps requis ? C’est douteux les épidémies de grippe, par exemple, ne posent aucun problème. D’autant plus que, presque dans le même temps, l’épidémie de SRAS à été parfaitement gérée. On peut en conclure que les systèmes d’information ne regardaient pas dans la bonne direction : celle des personnes âgées. Il a été démontré, avec une cruelle efficacité, que l’offre de soin ne répond pas aux besoins de presque 15.000 personnes, au point que ses faiblesses ont entraînées leur décès.
Si le système en question est ainsi en échec, c’est nécessairement qu’il néglige dans sa conception et son organisation quelque chose de fondamental. Que ses objectifs ne répondent pas au problème posé ; on doit redouter qu’une autre catastrophe puisse survenir, à tout moment, autours d’autres besoins non pris en charge.
On pense immédiatement à l’hiver 98-99 où une personne sans travail ni domicile est morte à la porte de l’hôpital, de froid et de faim. Le ministre de la santé avait du rappeler que le mot « hôpital » avait un sens un peut plus large que celui d’un centre de performances de haut niveau. Dans les deux cas, nous sommes face à un seul phénomènes : les hôpitaux publics sont devenus, dans la seconde moitié du XX éme siècle des lieux d’excellence technique et de recherche de pointe, c’est incontestable. Ils ont participé de façon décisive au recul de la mortalité aiguë dans un ensemble de pathologies de plus en plus complexe. Mais les facteurs de santé (et même ceux de guérison) ne dépendent pas uniquement du niveau d’activité médical dans une société donnée. C’est même plutôt le contraire, le besoin d’activité médicale résulte de l’état de santé de la population ; c’est la situation sanitaire terminale des populations touchées par la famine et la désorganisation sociale qui déclenche les épidémies et fait monter les besoins en activité médicale.
C’est d’ailleurs tout à fait logique, puisque l’état de santé de la population dépend à 90% de facteurs sociaux : l’état alimentaire, les conditions de logement, d’accès à de l’eau potable et en quantité, la proximité et la disponibilité des sources d’approvisionnement… Tiens, eau potable en quantité, approvisionnement, condition de vie et de logement ; ne serait-ce pas là des vecteurs déterminants dans la crise sanitaire qui nous occupe ? Ce qui est en jeux ce sont des facteurs où l’hôpital, comme pivot de notre système de santé, est plutôt démuni .
Dans la voie où est engagé notre politique de santé, la solution « automatique » à tout problème passe par une monté en puissance du système hospitalier : augmentation du nombre de lits, adjonction d’unités d’urgence spécialisée, multiplication des consultations spécialisées dans les services de médecine…. Ce modèle, développé sur les bases de la loi hospitalière de 1958, induit la nécessité d’accentuer la médicalisation du système de santé et la diversification de ses interventions à chaque situation de crise. Nous avons ainsi assisté à un déploiement en règle des solutions habituelles dans les semaines qui ont suivi la catastrophe . La réponse univoque aux différentes crise n’est sans doute pas étranger à notre niveau de dépenses de santé. Malheureusement, la surmédicalisation n’évitera pas l’arrivée dans les couloirs des urgences de centaines de mourants à la prochaine canicule. Ce recours aux urgences et à l’hospitalisation est sans doute la solution la plus coûteuse en termes de traumatisme de la personne, de moyens et de budget que l’on puisse imaginer. Et l’on pourra toujours allonger les couloirs qui servent de salle d’attente, ils resteront des couloirs et pas des solutions…

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Canicule... (1 ?re partie)

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