Une répartition inégale des symptômes du stress post-traumatique

mardi 14 septembre 2021, par Bruno Benque

Le stress post-traumatique n’est pas uniformément réparti au sein d’une même population ayant été exposée à des événements du type des attentats du 13 novembre 2015. Ce phénomène a été observé au cours d’un travail de recherche à grande échelle dont l’objet était de comprendre pourquoi des intrusions s’invitaient régulièrement dans le cerveau de certains alors que d’autres font preuve de plus de résilience. L’IRM fonctionnelle a donné quelques réponses.

Les attentats du 13 novembre 2015, dont le procès s’ouvre actuellement, comme ceux du 11 septembre 2001 – vingt ans déjà ! -, sont des événements qui ont marqué la mémoire collective. Mais ils sont surtout des épisodes traumatisants pour les familles des victimes comme pour les personnes se trouvant sur les lieux et ayant échappé au massacre.

Les tenants et les aboutissants du stress post-traumatique

Ces derniers ont été plus ou moins psychologiquement touchés par ces événements, des symptômes de stress post-traumatique persistant encore aujourd’hui. Francis Eustache, Directeur de l’unité Neuropsychologie et imagerie de la mémoire humaine – Inserm -, nous explique par quels mécanismes les personnes réagissent à de telles situations et pourquoi ils sont inégalement touchés par le stress post-traumatique, dans une interview donnée au web magazine « The Conversation ».

Il donne une définition de ce trouble, qui est décrit comme la perception qu’un événement met une personne en péril, que son intégrité physique (ou celle d’une personne dont elle est proche) est potentiellement menacée, jusqu’à être fragilisée psychologiquement. Le diagnostic est confirmé si les symptômes perdurent un mois , et plus, après cet événement traumatique. Le symptôme principal est caractérisé par les reviviscences - ou « intrusions » -, qui rappellent au patient des images, des sons ou des odeurs de l’événement.

Une étude mobilisant 1 000 participants plus ou moins touchés par les attentats du 13 novembre

Les intrusions sont différentes des souvenirs en ce sens que ces derniers sont construits et répondent à un déroulé dans le temps, alors que les intrusions sont des éléments disparates et désorganisés faisant appel de manière prononcée aux sens et aux émotions. Les intrusions sont perçues, d’autre part, comme si l’événement se reproduisait dans l’instant présent et de façon répétée, si bien que le patient développe des mécanismes d’évitement pour tenter d’y échapper. Les contacts sociaux sont toutefois susceptibles d’en atténuer l’impact, si bien que si le patient est bien entouré il peut surmonter cette difficulté.

Mais l’intérêt majeur de cette interview est la description du programme « 13-Novembre », un travail de recherche en deux parties qui a démarré en avril 2016 et qui doit durer 12 ans. La première partie, l’« Étude 1000 » s’appuie sur des entretiens filmés de 1 000 participants, tandis que la seconde partie, l’ »Étude Remembrer », sollicite 200 personnes issues du premier groupe pour les soumettre à des examens médicaux, psychologiques et d’imagerie IRM. Il s’agit de comprendre pourquoi certaines personnes, dans des situations extrêmes, développent un trouble de stress post-traumatique quand certaines autres se montrent résilientes.

Des manifestations cérébrales frontales accompagnant les intrusions post-traumatiques

Les résultats de cette étude ont été publiés dans la Revue Science et suggèrent que la résilience est possible si le sujet a des capacités de contrôle de la mémoire depuis des structures en réseau coordonnées par le cortex frontal, situé en avant du cerveau. Cette découverte a été possible grâce à l’IRM fonctionnelle et aux manifestations cérébrales qui entrent en jeu dans l’apparition des intrusions dues au stress post-traumatique. La publication scientifique fait également état d’une souffrance de la mémoire autobiographique des sujets, en lien avec l’identité personnelle et la projection dans le futur.

Ce travail de recherche pourrait, au final, permettre d’agir sur la zone cérébrale frontale pour tenter, sinon de faire disparaître, du moins d’atténuer l’apparition des intrusions chez les patients touchés par un stress post-traumatique. Cela pourrait favoriser le retour à une activité normale de nombre de témoins, membres de familles de victimes ou soignants qui ont été touchés psychologiquement par les attentats du 13 novembre.

Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com
@bbenk34


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