Pénurie infirmière : les fausses bonnes raisons de la DREES

lundi 28 août 2023, par Bruno Benque

La pénurie de soignants est désormais bien installée dans les hôpitaux. Pour tenter d’en comprendre les tenants et les aboutissants, la DREES vient de réaliser une étude sur la mobilité des personnels infirmiers hospitaliers depuis 1989. Ce travail met en exergue la baisse significative du nombre de ces professionnels en tentant d’en donner des raisons. Selon les auteurs de l’étude, la venue du premier enfant serait parmi les facteurs déterminants. Mais ils font quelque peu abstraction des mauvaises conditions de travail et les rémunérations trop faibles pour expliquer la pénurie.

Les pénuries de professionnels de Santé de toutes catégories et de toutes filières ont pris une ampleur telle, tant dans le secteur médical que médico-social, qu’il est désormais urgent de les étudier précisément afin de pouvoir, à moyen terme, les atténuer.

La DREES se penche sur la mobilité des personnels infirmiers hospitaliers depuis 1989

L’étude que vient de publier la Direction de la Recherche, des Études, de l’Évaluation et des Statistiques (DREES) concernant l’emploi des Personnels Infirmiers Hospitaliers (PIH) entre parfaitement dans ce contexte. Elle mobilise le « Panel tous actifs » produit par l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). Ce fichier longitudinal combine des informations issues de plusieurs sources sociales qui permettent de renseigner, sur les périodes d’emploi salarié et non salarié d’un même individu, les données sociales et fichiers de paie des agents de l’État et les déclarations sociales des indépendants et fichiers administratifs propres aux travailleurs indépendants.

À ce titre, ce travail permet de suivre dans le temps, pour les PIH ayant commencé une carrière entre 1989 et 2019, pour une durée d’au moins six mois en France métropolitaine, les différents emplois et périodes d’interruption d’activité qui ont jalonné leur parcours. Ne sont donc pas prises en compte les personnes entrées dans la profession avant 1989. D’autre part, le Panel tous actif permet de retenir des données liées à la date de naissance des enfants de ces PIH. Nous verrons par la suite que ces données sont pertinentes pour évaluer les écarts de volumes de travail entre les personnes.

Des trajectoires différentes selon leur ancienneté dans la carrière

Les chercheurs ont mis en exergue, pour ces PIH, une baisse significative de l’emploi salarié emploi salarié, puisqu’ils ne sont plus que 87 % au bout de cinq ans et 79% au bout de dix ans. Par conséquent, il n’est pas étonnant de voir le volume de travail salarié moyen de ces professionnels se réduire progressivement à 0,67 dix ans après le début du comptage – 0,84 à un an ; 0,76 à 5 ans -.

Mais comment se comportent les PIH restants ? Au bout de cinq ans, ils sont 67% à exercer toujours au sein de leur l’hôpital d’origine – 69% pour ceux qui sont entrés dans la carrière entre 1990 et 1994 ; 72% pour ceux qui sont entrés entre 2010 et 2014 -, 9% à changer d’établissement ou de champ d’activité (médico-social, agence d’intérim, etc.), 6% à changer de métier mais dans le secteur hospitalier et enfin 5% à changer de profession et de secteur. Au but de dix ans, ces chiffres atteignent 54%, 11%, 7% et 7%.

La venue du premier enfant, la fausse bonne raison de la pénurie

Les agents de la DREES ont ensuite cherché une relation de cause à effet entre, pour cette profession à 83% féminisée, la naissance du premier enfant et la réduction de l’activité professionnelle ou l’abandon de l’hôpital. Ils répondent par la négative, constatant que le fait de devenir mère ne conduit pas les infirmières hospitalières à se retirer de l’emploi salarié. Ils remarquent toutefois que cela les pousse à diminuer leur volume de travail salarié, de l’ordre de 0,14 EQTP cinq ans après la naissance de leur premier enfant et de 0,22 EQTP dix ans après, à l’instar des autres secteurs d’activité.

L’ensemble de ces informations, aussi précises soient-elles, n’expliquent pas le niveau alarmant de postes à pourvoir au sein des services de soins et autres unités médico-techniques. Les chiffres avancés semblent ne pas correspondre à la réalité, du moins dans les structures hospitalières publiques. C’est d’ailleurs approximativement le même constat que fait le Syndicat National des Professionnels Infirmiers (SNPI) qui annonce, dans un communiqué du 23 août 2023, qu’au-delà des problèmes liés à la maternité, ce sont bien les conditions de travail et les rémunérations qui sont responsables de la baisse d’attractivité et de fidélisation des PIH. Et par conséquent de la pénurie de soignants.

Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@gpsante.fr
@bbenk34.


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