Les savoirs de la recherche informationnelle

jeudi 17 août 2017, par Christine Paillard

Les compétences informationnelles de tout chercheur sont sont liées notamment à ses besoins d’information, à ses capacités à les identifier, quel que soit le mode d’acquisition. Et la quête de connaissances peut provenir de savoirs savants, de savoirs institutionnels et de savoirs documentaires qu’il faut articuler de manière cohérente pour en dégager une perspective constructive.

Les étapes de la recherche documentaire consistent à prendre conscience de ses compétences informationnelles en collectant des savoirs.

Les motivations du besoin d’information

Mais elles consistent également à se rendre compte que nous produisons des savoirs de différentes sortes, et ce pour répondre aux nouveaux besoins des chercheurs et professionnels. Pour André Tricot [1] « le besoin d’information correspond à un manque de connaissance d’un individu dans une situation, ce manque de connaissance empêchant l’individu de comprendre ou d’agir de façon optimale dans la situation ». Nous distinguerons les savoirs savants, institutionnels et documentaires en imbriquant ces champs pour en dégager une certaine perspective cohérente et constructive.

La production des savoirs

Selon le CNRTL [2]], les savoirs, relèvent d’un « ensemble des connaissances d’une personne ou d’une collectivité acquises par l’étude, par l’observation, par l’apprentissage et/ou par l’expérience […]. Ensemble de connaissances acquises, d’expériences vécues dans un domaine, dans une discipline, dans une science, dans une profession ». Dans le domaine de la santé, la littérature professionnelle alimente la réflexion de pratiques avancées, sa production éditoriale participe à la construction de la société des savoirs. Le « savoir » [3] suppose certaines subdivisions interdisciplinaires (lieu technique, artistique, scientifique…) et une arborescence qui découle de cette globalité distributive, suivant la communauté visée (lieu scolaire, culturel…).

Savoirs savants et savoirs institutionnels

Distinguer des savoirs par des typologies est une interprétation personnelle qui nécessite cependant une prise de décision intellectuelle assumée pour articuler des logiques intégratives.

  • Les savoirs savants sont des savoirs produits par la science. Nous les distinguons du savoir enseigné (apprentissage théorique et/ ou pratique, à partir de la production des savoirs savants). Ils comprennent plusieurs acceptions mais nous retenons qu’ils concernent tant les théories qui ont conduit à produire des propositions de recherche que les éléments historiques (la genèse) employés comme la perspective de mise en pratique de ces résultats par une communauté donnée (spécialistes, praticiens, experts…)
  • Les savoirs institutionnels sont des savoirs produits par une classe professionnelle rattachée à ses tutelles spécifiques pouvant éditer leur documentation (littérature grise, exemple des recommandations, protocoles…) et pouvant être éditée par des éditeurs spécialisés. Nous distinguons ces savoirs institutionnels (empiriques, théoriques) des savoirs académiques, relevant d’un apprentissage formel. Ces savoirs contributifs à la recherche et/ou à la pratique soignante appartiennent au lieu arbitraire des praticiens- chercheurs qui ont pour objectif la qualité de services rendus à la personne (soignée).

Les savoirs documentaires, distributeurs des savoirs savants et institutionnels

L’enjeu d’une articulation entre ces différents savoirs revient à l’énonciation d’un problème qui prend toute sa valeur lorsque les savoirs (savants, institutionnels) préexistent dans la société culturelle donnée. Les savoirs savants, produits par des spécialistes, experts (infirmiers, médecins, psychologues, kinésithérapeutes…) en la matière sont hiérarchisés selon des savoirs documentaires produits par les professionnels de la documentation. L’organisation et la rationalisation s’effectuent selon les règles transmises par les éditeurs, les correcteurs, les objectifs, les précurseurs d’une situation de soin. L’art de rechercher cette production à caractère scientifique puise son questionnement dans la logique d’appropriation qui se différencie selon la pratique documentaire de l’un et de la nature du langage employé par l’autre. Ainsi, les thésaurus illustrent le point de rencontre crucial entre la gestion de contenu et l’analyse de celui-ci et anticipe sur les futures productions.

Concevoir les savoirs comme des concepts

Toutefois, et comme le cite M. Frisch [4], il ne s’agit pas de réduire les apprentissages documentaires, traduits par des habilités, des savoir-faire, à l’élaboration de compétences, mais de concevoir ces savoirs comme des concepts pour ne pas en rester à des pratiques non formalisées. Nous inscrivons l’articulation de ces savoirs dans une vision méta-cognitive, qui, selon Jacques Perriault [5] « se compose :

  • de la connaissance consciente, relevant de la verbalisation, des processus cognitifs que l’on sait gérer, par exemple : se demander, aussitôt après la lecture d’un chapitre, quel en est le sens et l’argumentation
  • de la capacité à mettre en œuvre et à contrôler délibérément les mécanismes autorégulateurs qui dirigent et guident les stratégies cognitives ».

Ces distinctions ont été nécessaires pour interagir avec des outils et des connaissances disponibles sur des bases de données C’est en prenant conscience que chaque utilisateur est ici producteur de nouveaux savoirs conduisant ainsi à la transformation didactique des éléments utilisés (reformulation, citation…). Ces connaissances visent l’évolution pratique ou théorique d’un ensemble de questionnements justifiés par un parcours éditorial défini dans son espace spatio- temporel balisé avec un champ de méta-compétences.

Pour aller plus loin : Maurizio Ferraris et al. Âme et iPad. Montreal : PU Montréal. 2014

Christine Paillard
Documentaliste en IFSI
Présidente SIDOC
christinepaillard@gmail.com


[1Un diagnostic pour définir des besoins documentaires : Les besoins, selon André Tricot [format Pdf] : http://andre.tricot.pagesperso-orange.fr/Tricot_BesoinInformation.pdf

[2Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales, CNRTL. [En ligne]. 2012. [Consulté le 01/07/2017

[3JACOB, Christian (Coord) et al. Lieux de savoir - tome 2. Paris : Albin Michel. 2011

[4FRISCH, Muriel. Entrer dans les savoirs documentaires et informationnels en situation d’apprentissage et de formation Penser l’éducation, N° Hors-Série 281-290, 2007. [consulté le 01/07/2016]

[5PERRIAULT, Jacques. L’accès au savoir en ligne. Paris : Odile Jacob. 2002


Partager cet article

Formation continue

Formations professionnelles en ligne pour les soignants : Alzheimer, transfusion, hygiène, douleur, calculs de doses...

Découvrir les formations

Vous recrutez ?

Publiez vos annonces, et consultez la cvthèque du site EMPLOI Soignant : des milliers de profils de soignants partout en France.

En savoir plus