Le regard du philosophe sur l’éthique du chercheur en Santé

jeudi 3 mai 2018, par Bruno Benque

À l’occasion des Journées Francophones de la Recherche en Soins (JFRS) 2018, le philosophe Aurélien Dutier est intervenu pour donner son regard sur les problèmes d’éthique de la recherche en Santé et poser les bases de l’intégrité du chercheur. Il nous a ainsi éclairés sur la nuance existant entre éthique et morale et a exposé les quatre principes de l’Ethos du chercheur selon Berton.

Lors de la session dédiée aux enjeux éthiques de la recherche, intégrée dans le programme des Journées de la Recherche en Soins (JFRS) 2018, le philosophe Aurélien Dutier, membre de l’Espace de réflexion éthique des Pays de Loire, se proposait d’expliquer les normes de la recherche et l’éthique du chercheur.

Bien différentier l’éthique et la morale

Il a appelé tout d’abord l’assistance à bien faire la différence entre éthique et morale. La morale, a-t-il déclaré, se réfère à un ensemble de principes qui font la distinction entre le bien et le mal de façon très formelle et sans possibilité de transgression. En éthique au contraire, l’intérêt de l’individu doit être central et peut, le cas échéant, faire dévier un avis, une croyance d’un côté à l’autre. Il a ainsi mis en lumière la possibilité de prendre en compte le principe de proportionnalité, la décision devant souvent satisfaire à la relation entre les bénéfices et les risques. Par exemple, dans le domaine de la recherche, il convient d’informer une personne qui fera l’objet d’un essai clinique et obtenir son consentement. Et il est essentiel d’apporter de la rigueur dans les essais et de publier pour ne pas obliger ses pairs à recommencer les essais. Enfin, l’ultime entorse à l’éthique est bien sûr la fraude, avec des enjeux majeurs liés au recueil de données patients dans le Big Data.

Les différentes catégories législatives de la recherche

Alors, comment la recherche est-elle encadrée de nos jours et que dit la Loi à ce sujet ? La Loi de santé publique avait instauré deux types de recherches : les recherches interventionnelles comprenant la recherche biomédicale et les soins courants, les recherches non interventionnelles et les soins courants. Aurélien Dutier a alors évoqué la Loi Jardé, dans laquelle trois types de recherches sont désormais définies. Dans la catégorie 1, on trouve les recherches interventionnelles comportant une intervention sur la personne non justifiée par sa prise en charge habituelle. Dans la catégorie 2 ont été placées les recherches interventionnelles comportant un risque et des contraintes minimes. On y trouve les activités de consultations de soins infirmiers, de rééducation ou de médico-technique ainsi que les recherches sur les modifications de pratiques, les entretiens et les questionnaires. Dans la catégorie 3 enfin, on trouve les recherches non interventionnelles concernant les actes et produits mis en œuvre habituellement sur la personne.

Les quatre principes de Berton

Le philosophe a ensuite rappelé que l’éthique du la recherche fait appel à l’intégrité du chercheur, ce concept venant du développement des sciences pendant les lumières, chez les protestants de Grande-Bretagne. Il a ainsi énuméré les quatre principes de l’Ethos du chercheur selon Berton. Le premier de ces principes est l’universalisme, par une évaluation transparente des études et des essais, de façon anonyme, en lien avec l’ordre politique. Ceci fait référence aux expériences réalisées au sein des laboratoires des dictatures du XXème siècle. Il a évoqué ensuite le communisme, dans le sens où les recherches se doivent d’être portées à la connaissance de tous, on dirait aujourd’hui en open-source. Le troisième principe fait référence au désintéressement du chercheur et à la reconnaissance de ses pairs. Enfin, le scepticisme organisé, par le jugement critique et l’usage collégial des résultats, constitue le quatrième de ces principes.

Le philosophe a conclu son intervention en posant un certain nombre de questions autour de l’éthique de la recherche. Il a évoqué ce qu’il a appelé la scientométrie, imposée aujourd’hui par la logique de marché qui guide les actions de financement des études, mais aussi les savoirs profanes matérialisés par l’Université des patients et par les changements dans la diffusion des savoirs.

Au final, la qualité de cette session dédiée à l’éthique et à l’intégrité du chercheur, dans laquelle le Pr Mercat et la Cadre supérieur de Santé Sylvie Marty étaient intervenus auparavant, fut à l’image de l’ensemble des interventions dispensées lors de ces JFRS 2018.

Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com
@bbenk34


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