Le masque, un perturbateur de lien social

mardi 31 août 2021, par Bruno Benque

Le port du masque est une action essentielle à la prévention de la contagion du virus Sans-Covid-2. Mais il est également source d’altération du lien social, car il bouleverse nos modes d’interaction interpersonnelle. Il est responsable de prosopagnosie et limite fortement la communication non verbale en cachant notamment les expressions du visage. Il convient donc de l’utiliser de manière ciblée et ne pas en abuser afin de rendre la période moins traumatisante pour tous.

Au cœur de la troisième vague de la pandémie de COVID-19, la Direction Générale de la Santé (DGS) a souhaité prendre du recul sur les événements et sur les mesures à prendre pour ajuster la lutte collective contre le virus.

Étude psychologique sur les comportements liés au port du masque

C’est dans ce cadre qu’elle a sollicité un groupe de travail constitué d’experts émanant notamment du Comité de pilotage du séminaire MIE pour faire un état des lieux sur la pratique du port du masque en France. Le Rapport de ce groupe de travail vient d’être publié et traite le sujet tout d’abord sur son volet historique, avant de s’intéresser aux critères d’ordre hygiénique, anthropologique et politique. Mais c’est l’approche psychologique et sociologique qui nous a interpelé en priorité car elle fait un focus sur les comportements que les populations ont adoptés au fil du temps, depuis que le port du masque a été recommandé, puis est devenu obligatoire dans certaines situations.

Les trois étages sociologiques de la prévention

Il convient de préciser tout d’abord que ces mesures entrent dans le champ de la prévention de la contagion à grande échelle. Les auteurs rappellent à cet égard que celle-ci relève, en psychologie sociale, tout d’abord de la capacité physique et cognitive des populations à agir. Jusque-là, pas de contrainte particulière n’est à signaler puisque les masques, comme les flacons de Solution Hydro-Alcoolique (SHA), ont été largement accessible – après quelques balbutiements en début de crise -.

L’efficacité de la prévention relève ensuite de la motivation à agir, ce qui a paru moins évident pour une population française souvent encline à discuter les décisions, mais qui a tout de même répondu favorablement dans sa majorité sous l’influence d’une crainte de la contamination ou de la sanction.

Reste le troisième étage de la prévention, décrit par les auteurs du rapport comme essentiel pour obtenir la participation des personnes. Ils évoquent ainsi la littérature psychosociologique instaurant l’un des principaux enjeux du changement de comportement comme la multiplication des dispositifs destinés à faciliter la mise en œuvre de comportements adaptatifs. Or, les masques sont considérés comme coûteux à distribuer et générant des problèmes de gestion des déchets.

Le port du masque défigure le lien social

L’aspect préventif du port du masque étant établi, il est ensuite important de l’aborder sous le prisme psychologique. Et c’est là le premier point négatif de l’action puisque celle-ci nous fait perdre notre singularité et le plaisir de regarder les autres, bouleverse nos rites d’interaction et pire, met de fait à distance le corps de l’autre en rendant suspecte une éventuelle présence « trop rapprochée » de celui-ci. Les auteurs indiquent ici que « le port du masque défigure le lien social ». L’être humain ayant un besoin vital de contacts sociaux, l’isolement social provoqué ainsi par le masque a des effets délétères sur le psychisme.

C’est la force des symboles qui est, dans ce cas, mise en avant, l’imaginaire du masque évoquant l’étrangeté́, l’inquiétude, l’agression ou la transgression. Autant de représentations inquiétantes qui sont sources de mal-être et d’insécurité dans notre conscience. Les auteurs soulignent toutefois, à contrario, la symbolique festive du masque – bals, carnaval - qui pourrait aider, pourquoi pas, à dédramatiser le port du masque.

Prosopagnosie et communication non verbale altérée

Mais la contrainte majeure, pour un être social existant principalement par les interactions interpersonnelles, est la prosopagnosie, autrement dite la non reconnaissance des visages. Le port du masque est synonyme de réduction dans la capacité́ à reconnaître les visages, ce qui peut, selon les auteurs du rapport, diminuer la performance de 15%, altérer les interactions sociales et diminuer la qualité́ de vie. À noter que, dans cette étude, les femmes ont de meilleures performances dans la reconnaissance des visages masqués que les hommes. SI les visages ne sont pas reconnus, il en est de même des émotions et des expressions que ces dernières entraînent. Lorsque l’on connaît l’importance de la communication non verbale dans les relations interpersonnelles, on mesure l’impact que peut provoquer le masque dans ces situations.

S’il a des vertus préventives qui ne se discutent pas, le masque, nous l’avons apprécié dans l’étude menée par le groupe de travail ad hoc, est source de désagréments sociaux non négligeables. Il convient donc d’en user avec parcimonie, seulement dans des lieux clos où les distances physiques minimales recommandées ne peuvent pas être respectées. Nous y gagnerions en qualité de vie et pourrions traverser la pandémie de manière certainement moins traumatisante.

Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com
@bbenk34


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