De l’importance du champ d’investigation pour les recherches en médecine préventive

lundi 24 janvier 2022, par Bruno Benque

Une étude à grande échelle démarre à la Cleveland Clinic pour essayer d’identifier des empreintes digitales précoces des maladies dégénératives cérébrales. Quelques 200 000 personnes seront impliquées dans ce travail de recherche, seulement dans l’Ohio, d’après le communiqué de l’établissement. Aussi faut-il s’interroger sur le faible champ d’investigation d’un tel processus, lorsque l’on connaît l’impact de l’environnement sur le développement des maladies cognitives notamment.

La Cleveland Clinic, célèbre établissement de Santé américain, vient de lancer une grande étude afin de mieux comprendre pourquoi des millions de personnes dans le monde souffrent de maladies cérébrales, dans le but d’identifier les biomarqueurs précoces de la maladie, bien avant que les symptômes cliniques ne se présentent.

Une étude pluriannuelle pour prédire les maladies dégénératives cérébrales

Baptisée Cleveland Clinic Brain Study, il s’agit de la plus grande étude clinique jamais réalisée sur les maladies cérébrales. Elle collectera des données auprès de 200 000 personnes neurologiquement saines sur une période de 20 ans afin d’identifier les biomarqueurs et les cibles des maladies cérébrales pour prévenir et guérir les troubles neurologiques.

Une personne sur six dans le monde souffre d’une maladie neurologique telle que la maladie d’Alzheimer, la maladie de Parkinson, la sclérose en plaques, un accident vasculaire cérébral ou l’épilepsie. Malgré les progrès thérapeutiques, il reste difficile, aujourd’hui, de prédire qui tombera malade ou comment guérir – ou même arrêter la progression de – ces maladies une fois qu’elles sont diagnostiquées. Dirigée par le Pr Andre Machado, et le Dr Imad Najm, de l’Institut neurologique de la Cleveland Clinic, cette étude longitudinale pluriannuelle, lancée sur le campus principal de la Cleveland Clinic, mobilisera une équipe multidisciplinaire de médecins et de scientifiques du système de santé américain.

10 000 premiers volontaires sains pour une batterie d’examens

Pour le Pr Machado, cette étude a le potentiel de découvrir les causes des troubles neurologiques et les mécanismes entrant en jeu avant que les symptômes ne deviennent évidents - la phase silencieuse-. L’objectif à long terme est ici de guérir les maladies à leurs premiers stades, des années avant même que les symptômes ne se manifestent.

La phase initiale de l’étude recrutera 10 000 volontaires au cours des cinq premières années, parmi lesquels des adultes de 50 ans et plus sans trouble neurologique connu ou des adultes de 20 ans et plus en bonne santé neurologique dont un parent au premier degré a reçu un diagnostic de sclérose en plaques. Ils feront l’objet d’explorations annuelles, comprenant un examen neurologique, des analyses de sang, des scans de la rétine oculaire, des IRM cérébrales, des études EEG et du sommeil et d’autres examens de la fonction cognitive.

Identifier des empreintes digitales de la maladie

À l’aide d’outils informatiques avancés, les chercheurs recueilleront des points de données auprès des volontaires de l’étude. Collectivement, ces points de données formeront une ligne de tendance pour capturer les facteurs de risque génétiques et les changements moléculaires, structurels, neurophysiologiques et cognitifs/mémoire invisibles dans le cerveau au fil du temps. Les chercheurs identifieront ainsi des « empreintes digitales de la maladie » pour aider à guider les médicaments diagnostiques et préventifs.

Étudier une population la plus diverse pour une bonne médecine préventive

L’idée d’une étude sur les prémices de la dégénérescence cérébrale est très intéressante en soi, car elle répond au concept moderne de médecine des 5P - personnalisée, préventive, prédictive, participative et médecine des preuves -. Mais les instigateurs de ce travail ne donnent pas d’information sur le champ géographique ou environnemental des personnes qui seront appelées à y participer. Apparemment, tout le monde peut s’y inclure volontairement. Mais en pratique, étant donnée la batterie d’examens qui est prévue de réaliser sur les patients tous les ans, nous doutons qu’elle d’étende au-delà de l’Ohio, dont Cleveland est la capitale. De même, ils n’annoncent pas de distinctions socio-professionnelles ni ethniques dans les critères d’éligibilité des participants.

Or on sait aujourd’hui que les critères environnementaux, les habitudes de vie, les activités intellectuelles fréquentes ou les pollutions créées par l’homme sont autant de facteurs à prendre en compte pour établir des profils de patients à risque. Si cette étude est concentrée dans une ville, voire un état américain, et que la cohorte de participants n’est pas assez diversifiée, les résultats risquent d’être probablement faussés et les conclusions difficiles à établir. Mais nous ne doutons pas, même s’ils ont omis de l’annoncer, que les responsables de cette étude ont anticipé ces quelques conditions.

Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com
@bbenk34


Partager cet article

Vous recrutez ?

Publiez vos annonces, et consultez la cvthèque du site EMPLOI Soignant : des milliers de profils de soignants partout en France.

En savoir plus