L’expérimentation dans la recherche en sciences sociales

lundi 18 novembre 2002, par Marc Catanas

Méthode expérimentale en sciences sociales

Dans le cadre de leur mémoire de fin d’études, les étudiants cadres sont amenés à mettre en place une expérimentation afin de tester leurs hypothèses. L’expérimentation est une observation provoquée portant sur une situation créée et contrôlée par le chercheur qui a pour but de valider (ou invalider) une ou des hypothèses issues d’un système théorique [1].
Seulement, toute expérimentation suppose un corpus théorique de départ bien défini qui sera différent d’une enquête puisqu’il faut une bonne connaissance de l’objet pour que l’on puisse l’expérimenter. Ensuite, il faut garder à l’esprit qu’une hypothèse est une « affirmation prédictive » puisque « telle variable devrait produire tel effet ».

Conditions de la méthode expérimentale

La méthode expérimentale consiste à introduire une variable étudiée tout en contrôlant les autres. Les effets de la méthode expérimentale sont évalués par rapport à un groupe témoin. Cet ensemble de règles explique que les conclusions peuvent être validées que par une expérience strictement identique.

Exemple : recherche sur les influences des minorités.
Ces recherches postulent que l’influence dans un groupe ne vient pas nécessairement d’un leader ou d’un expert et que les processus d’innovation sont souvent dus aux « marges » dans le groupe. Dans nos sociétés, les minorités sociales ont des influences sur nos systèmes de valeurs alors qu’en même temps, d’autres groupes qui occupent des positions de pouvoir semblent plutôt affaiblis.

Le chercheur va expérimenter ces hypothèses à partir du processus de perception des couleurs. Ainsi, on sait qu’au niveau théorique, il existe deux phénomènes distincts de perceptions des couleurs : un premier physiologique qui correspond au fait que la rétine perçoit une longueur d’ondes ; un second qui correspond à ce que l’on appelle une convention sociale c’est-à-dire l’identification que nous faisons de ces couleurs.
Le chercheur va privilégier l’aspect « convention sociale » avec l’expérience suivante. On montre des diapositives à un groupe de personnes de couleur bleues et vertes pendant un temps donné. Deux personnes dans le groupe sont au courant de l’expérience et répondent systématiquement « vert ». Résultat, on obtient 20 % des personnes qui voient toutes les diapositives vertes. Le chercheur conclue que les critères de perception se modifient suite à l’action des minorités. Il y a donc influence sociale des minorités.
Ainsi, à partir de cet exemple, on voit bien que dans l’expérimentation en sciences sociales, il y a consistance du comportement minoritaire c’est-à-dire :
- soit les sujets cherchent à anticiper les résultats,
- soit ils cherchent à deviner ce que l’on attend d’eux,
- soit ils se conforment à l’avis du groupe.
De plus, il existe toujours une population dite « marginale » qui biaise les tests. C’est malheureusement une donnée que l’on ne prend pas assez souvent en compte dans les expérimentations.

Observation, dans quels cas et comment ?

On définit l’observation comme un regard porté sur une observation [2].
L’observation peut être d’une part avouée ou non et, d’autre part, participante ou non. On obtient alors les quatre situations suivantes :

- observation avouée et participante : c’est le cas des éthnologues qui vivent dans le groupe en se conformant aux règles, méthode appelée éthnométhodologie ;
- observation non avouée mais participante : certains observateurs sont membres de l’observation mais non connus ;
- observation non participante et non avouée : ce sont les observations cachées (glaces sans teint) ;
- observation avouée mais non participante : ce sont les tests, questionnaires, enquêtes, etc. Ils sont dites non participants car on ne modifie pas l’état de l’objet du sujet et de ses réponses.
La sociométrie [3] entre dans cette catégorie.
L’observation est indiquée lorsqu’il existe une distance sociale et culturelle entre l’observateur et la population observée comme on peut le voir avec l’ethométhodologie. Cela se voit plus lorsqu’il y a quasi clandestinité du groupe et du phénomène observé comme par exemple dans les sectes. On privilégiera l’observation aussi lorsqu’on teste des croyances qui tombent sur des tabous comme par exemple dans les pratiques magiques et dans tous les cas, lorsqu’on veut comprendre des faits ou des comportements.

L’observation va procéder par étapes :
- Une première dite « flottante » constituée par des pré-enquêtes et recueils d’événements paraissant intéressants ;
- Une seconde étant une grille d’observation constituée de catégories d’observations qui seront soit homogènes c’est-à-dire construites à partir d’un seul critère, soit exhaustives c’est-à-dire que tous les comportements observés devront être classés de manière précise et objective construits sur plusieurs critères.
Quant au questionnaire et à l’entretien, ils vont nous renseigner plus sur ce que les gens feraient que sur ce qu’ils font vraiment. D’où le fait qu’il est nécessaire de réhabiliter l’observation.

Ainsi, notre soucis a été de montrer que les méthodes expérimentales en sciences sociales ne peuvent s’utiliser qu’à partir de faits établis objectivement c’est-à-dire de façon à ce qu’ils puissent être vérifiés par n’importe quel observateur connaissant la pratique des techniques ayant servi à les établir. De ce fait l’objectif de l’expérimentation sera atteint à savoir, vérifier que les conséquences prévisibles de l’hypothèse ne se trouvent pas en contradiction avec les faits observés.


[1M. GRAWITZ, Méthodes des sciences sociales, Dalloz, 11ème édition, 2001

[2M REUCHLIN, Les méthodes en psychologie, PUF, Collection « Que sais je ? » n°1359, 6ème édition, 1983

[3Méthode créée par J. MORENO qui teste les liens socio-affectifs des éléments dans un groupe


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