Sortir des sentiers battus pour éviter le fake management

lundi 25 janvier 2021, par Bruno Benque

Abreuvés de concepts académiques et de notions empreintes de fausse modernité peuplant la littérature traitant du management, nous risquons de tomber dans des travers susceptibles de nous faire échouer dans notre mission au sein de l’organisation. Pour nous aider à éviter ce « fake management », Arnaud Tonnelé nous invite à sortir des sentiers battus dans son livre « Comment réussir à se planter plus vite et plus efficacement ». Un recueil de chroniques proches du terrain qui nous permettra de faire le tri pour une mise en pratique plus pertinente.

Les réseaux sociaux sont le moyen le plus communément utilisé pour accéder à l’information, mais il est aujourd’hui évident que celle-ci n’est pas toujours vérifiée et sujette à remise en question. Cette situation est générale et le domaine du management ne fait pas exception.

Se méfier du « bullshit management »

On voit en effet apparaître depuis quelques années des publications décrivant des méthodes de gestion des ressources humaines toutes plus évoluées les unes que les autres et répondant au plus près aux organisations modernes. Mais, à l’instar des fake-news généralistes, on peut en qualifier certaines de fake-management. Dans son ouvrage intitulé « Comment réussir à se planter plus vite et plus efficacement », publié aux Éditions Eyrolles, Arnaud Tonnelé, expert en organisation, nous met en garde contre les publications traitant de leadership narratif, de neuromanagement, d’agilité dans les organisations ou proposant des storytelling à succès. Elles aboutissent souvent à ce qu’il appelle du « bullshit management ».

Des discours institutionnels souvent éloignés des pratiques mobilisées

Cet ouvrage se veut un recueil de chroniques souvent vécues par l’auteur dans lesquelle chacun pourrait se retrouver et essaye d’identifier ce qui nous fait préférer les idées séduisantes aux idées justes, les méthodes innovantes aux méthodes efficaces et, au final, l’échec à la réussite. L’auteur nous invite donc à sortir du bain tiède des concepts à la mode et à retrouver la fraîcheur d’une pensée autonome et non polluée. Pour ce faire il part de la généralité des croyances, des manières de résoudre les problèmes, des rapports de force dans les organisations, pour aborder ensuite ce qu’il appelle le fake-management. Il tord par exemple le cou aux entreprises qui annoncent promouvoir l’autonomie, l’homme proactif, l’engagement, la responsabilisation des collaborateurs et qui déploie des modalités inverses à base de modèles de comportements types ou de référentiels formatés.

De même, la notion d’innovation signifie pour lui forcément nouveauté, mais pas toujours progrès ou amélioration, une innovation n’étant en effet pas toujours efficace, surtout si les instigateurs ne se sont pas demandé pourquoi l’organisation précédente n’a pas marché. L’auteur s’attaque également au management par objectif, qu’il accuse d’infantiliser les meilleurs talents en leur disant ce qu’il faut faire. Il dénonce également les objectifs annoncés de façon annuelle et qui se révèlent souvent obsolètes dans un environnement souvent très évolutif.

Le leader, vision apparemment améliorée du manager

Cet ouvrage regorge de situations et d’épisodes vécus et illustrant l’ensemble des notions que l’on peut rattacher au management ou aux ressources humaines. Nous avons particulièrement aimé l’opposition que l’auteur décrit entre le leadership et le management, le premier étant souvent considéré comme la version améliorée du second, une sorte de vision moderne et dynamique de celui-ci. Le manager organise le travail, fait circuler l’information, résout les problèmes, donne du feed-back, s’assure des moyens, soit une multitude d’activités de l’ombre mais indispensables. Le leader, quant à lui, montre, il innove, il voit les opportunités de long terme, il crée de la valeur etc. Autant de terminologies élitistes qui mettent à mal la reconnaissance de la fonction de manager.

Ne pas se démunir des processus objectifs au détriment des processus subjectifs

Autre passage porteur de sens, celui consacré au team building, cette activité destinée à mieux travailler ensemble, à consolider les rapports entre les équipiers, à coups d’escape game, de stages en forêts ou de spectacles collectifs. Or la cohésion d’une équipe ou d’une organisation professionnelle doit prendre en compte en priorité, dit Arnaud Tonnelé, les processus objectifs, c’est-à-dire ceux qui relèvent du métier ou de l’activité de ladite organisation, au détriment des processus subjectifs, qui sont donc relatif aux relations entre les équipiers. L’auteur voit ainsi le team building comme une panoplie de moments récréatif plus ou moins infantilisants alors qu’il devrait être un lieu d’échange, d’apprentissage et de développement à mettre en œuvre à plusieurs.

Au final cet ouvrage, qui se lit comme un recueil de nouvelles, des nouvelles très particulières toutefois, nous fait sortir des sentiers battus et des concept modernes liés au management. Le lecteur pourra de lui-même faire le tri entre ce qui pourra tout de même lui servir et ce qui ne correspond pas à sa vision de la gestion de groupe ou de la réussite d’une organisation.

Arnaud Tonnelé Comment réussir à se planter plus vite et plus efficacement Éditions Eyrolles, octobre 2020 280 pages, 18,90€

Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com
@bbenk34


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