LMD : bilan de l’application du référentiel, dix ans après

mardi 27 août 2019, par Bruno Benque

La collection « Fonction cadre de santé » des Éditions Lamarre nous offre un ouvrage, intitulé « Identités professionnelles, alternance et universitarisation » riche en informations pour les acteurs de la formation paramédicale. Nous avons ici pris le parti de résumer le propos de Conchita Szyba qui, dans le chapitre 7 de ce livre, retrace son cheminement lors de sa thèse de doctorat qui avait pour sujet l’application du référentiel de formation de 2009.

L’universitarisation de la formation infirmière a dix ans. Oui, dix ans déjà que les étudiants ont intégré le fameux processus européen Licence-Master-Doctorat (LMD) après la parution du Référentiel de formation de 2009. Mais dix an, c’est un bon âge pour réaliser un premier bilan.

Une thèse de Doctorat consacrée à l’application du référentiel LMD de 2009

Certes, l’Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS) y est allée de son petit rapport en février 2014, pour un premier point d’étape. Mais nous avons aujourd’hui le recul nécessaire pour appréhender les avantages ou les regrets perçus par les acteurs de cette évolution. C’est ce à quoi s’est attachée Conchita Szyba, formatrice en IFSI et Docteure en Sciences de l’Éducation, dans sa thèse de Doctorat. Dans un chapitre de l’ouvrage collectif « Identités professionnelles, alternance et universitarisation », édité chez Lamarre sous la Direction de Domiique Bourgeon, elle retrace ce qui a été son travail de recherche dans ce cadre.

Une enquête qui donne la parole à tous les acteurs régionaux des IFSI

Son enquête s’est intéressée à la façon dont ce référentiel a été mis en pratique dans les neuf IFSI de sa région d’activité, la Lorraine. Plusieurs questions se sont imposées à elle au début du processus, notamment sur les différentes lectures et interprétations qui ont été faites du référentiel dans chaque établissement, sur l’accompagnement des formateurs au changement et sur une éventuelle préservation de l’autonomie institutionnelle dans l’élaboration des projets pédagogiques. Elle a donc initié, après avoir collecté le contenu desdits projets et s’être entretenue avec les tuteurs et maîtres de stages, des entretiens semi-directifs auprès des Directeurs et d’un formateur de chaque IFSI. Dans une deuxième phase, elle a interrogé, par courriel, les premiers diplômés LMD en activité sur le terrain, les formateurs non encore interrogés et les universitaires intervenant dans les IFSI publics lorrains.

Un référentiel jugé chronophage avec des outils d’évaluation peu adaptés

Dans sa synthèse, Conchita Szyba constate que les étudiants sont, en majorité, considérés comme plus curieux, comme plus réactifs aux changements de situation et plus motivés pour la recherche. Mais pour la majorité des acteurs impliqués dans l’enquête, cette réforme a été mise en pratique trop rapidement, sans qu’ils aient pu bénéficier d’une formation suffisante, notamment en termes de méthode et de contenu du référentiel. Sur le terrain, comme en instituts, bon nombre déplorent le manque de moyens pour mener à bien les nouveaux projets pédagogiques qui ont, d’autre part, nécessité une surcharge de travail, notamment concernant les outils d’évaluation comme le portfolio, souvent jugés complexes et peu adaptés. L’auteur y voit peut-être les raisons d’une résistance au changement pour certains.

L’impression de passer d’une soumission à une autre...

Mais tous les acteurs s’accordent à dire que la réforme, qui promeut une harmonisation des pratiques pédagogiques au niveau national, n’a pas, ou très peu, estompé les différences existant entre chaque IFSI, preuve que ces derniers ont gardé une certaine autonomie. Pour ces nostalgiques de l’institution, la peur d’être « phagocyté » par l’université est également présente selon Conchita Szyba. Pour certains en effet, il s’agit de passer d’une soumission médicale à une soumission universitaire... Ce sentiment est peut-être dû, comme l’indiquent certaines réponse aux entretiens, au manque de coopération entre les IFSI et les facultés, voire entre IFSI, alors que les textes tentent de favoriser ces rapprochements.

Les premiers diplômés LMD plutôt bien dans leurs sabots

Reste que les premiers diplômés en activité semblent à leur aise dans leur nouveau poste, accueillis avec bienveillance par les professionnels issus du diplôme antérieur, contrairement à la période plus tendue où ils étaient étudiants en stage. Ils ont rapporté en majorité les propos de leurs collègues fustigeant l’abandon des MSP qui permettaient de mieux évaluer la rigueur professionnelle. Mais leur intégration semble avoir été globalement positive. Espérons qu’il en sera de même pour les jeunes ayant accédé à la formation par Parcoursup. Mais c’est une autre histoire...

Conchita Szyba
Chapitre 7
Identités professionnelles, alternance et universitarisation
Ouvrage collectif sous la Direction de Dominique Bourgeon
Éditions Lamarre, Avril 2019, 335 pages
25,5€

Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com
@bbenk34


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