Distance professionnelle et qualité du soin

jeudi 19 avril 2018, par Bruno Benque

Quelle doit être la place, comment évaluer la bonne distance, du soignant face au patient ou du cadre face aux membres de son équipe ? L’ouvrage élaboré sous la direction de Pascal Prayez, intitulé « Distance professionnelle et qualité du soin » nous donne les clés pour nous aider à nous positionner. Mais cet ouvrage très fourni déborde largement de ce sujet avec l’évocation de la méditation de pleine conscience, de l’hôpital magnétique ou du contact soignant / soigné enseigné en formation initiale et continue.

La distance professionnelle renvoie le soignant, ou le cadre de santé, à différentes notions qui se matérialisent selon la situation dans laquelle il se trouve.

Trouver la bonne distance envers le patient ou le membre de l’équipe

L’ouvrage intitulé Distance professionnelle et qualité du soin, élaboré sous la direction de Pascal Prayez, Docteur en psychologie clinique et sociale et formateur- consultant en milieu hospitalier, et publié aux Éditions Lamarre, tente de répondre à différentes interrogations que les acteurs paramédicaux peuvent exprimer dans leur pratique. En adoptant une distance froide et déshumanisante, ne risque-t-on pas de perdre le sens de l’acte de soin en le réduisant à une prestation de service de type fournisseur ? Une trop grande proximité, du soignant envers le patient, ou du cadre envers son équipe, permet-elle d’avoir le recul nécessaire sur les événements et sur le comportement d’autrui ? Comment favoriser les compétences relationnelles des acteurs du soins confrontés à la maladie, à la souffrance et à la mort ?

Une réflexion sur la méditation de pleine conscience

Pour aider ces professionnels à trouver la bonne distance, et pour les replacer dans un contexte actualisé, ce livre, qui en est à sa troisième édition, reprend des entretiens réalisés lors des éditions précédentes et en donne une nouvelle version, en les mettant en perspective aux moyens de nouveaux entretiens réalisés dix ou quinze ans plus tard. Cette initiative originale permet de suivre l’évolution des cadres et des chefs de services qui se sont exprimés, au regard des évolutions de l’environnement hospitalier, mais également des soignants eux-mêmes. Cette troisième édition fait l’objet également d’un chapitre supplémentaire dédié à une réflexion sur la méditation de pleine conscience. Il s’agit de savoir si cette méthode est destinée simplement à la gestion du stress ou si elle mobilise des notions plus profondes, mais également si, alors que tout s’accélère, elle peut favoriser la présence attentive.

Les vraies caractéristiques du management participatif

Nous avons particulièrement aimé les chapitres relatifs à la fonction de cadre de santé, à la place qu’il souhaite occuper dans l’organisation, à sa façon de se comporter envers les membres de son équipe ou l’équipe médicale ou à la distance qu’il doit respecter entre lui et ces dernières. Dans un entretien avec le Pr Philippe Colombat, Chef de pôle en cancérologie, Pascal Prayez met en exergue le style de management dit « participatif », un concept un peu galvaudé aujourd’hui, mais qui prend tout son sens ici. Le praticien parle ici de projet commun, de formation interne, d’humilité et deux types d’échanges entre les membres de l’équipe, les espaces de discussions, qui ont trait au patient, et les groupes de paroles qui tentent d’évaluer les ressentis des soignants.

Le Pr Colombat, dans un second entretien, fait un retour sur ce mode de fonctionnement. Il parle alors de la satisfaction des soignants et de leur engagement, de la bonne qualité de vie dans le service. Il parle alors du concept anglo-saxon d’« Hôpital magnétique », qui attire les professionnels, dans lesquels des études montrent que la morbidité diminue de 50% et la mortalité de 30% en service de chirurgie !

Les effets pervers, pour le cadre, de la proximité et ceux de l’éloignement

Mais pour revenir au thème principal de cet ouvrage, Françoise Adiceom donne les clés pour comprendre la place du cadre dans son organisation et la distance qu’il est susceptible de définir entre lui et son équipe. Pas assez de distance, explique-t-elle, entraîne une confusion des rôles, une difficulté, pour le cadre, à prendre du recul sur les événements et les ressentis des soignants, ainsi qu’à analyser la logique de fonctionnement de son groupe et « adopter un discours fusionnel ». À l’autre extrémité, une distance trop grande ne lui permet pas d’évaluer précisément les logiques de groupes ou les espaces de liberté créés à son insu par les membres de l’équipe, mais favorise également une rupture de la communication entre les parties et le sentiment des collaborateurs que le cadre n’est pas à même de les défendre devant l’institution.

Ce ne sont, en fait que quelques exemples tirés de cet ouvrage très fourni, qui évoque également les notions de relation d’aide, de dynamique participative ou de la qualité du contact soignant / soigné dispensée en formation initiale et continue. Ce livre est enfin riche en témoignages, qui illustrent avec pertinence les nombreux apports théoriques qu’il intègre.

Distance professionnelle et qualité du soin,
Sous la direction de Pascal Prayez
Éditions Lamarre, 252 pages, 25,50€

Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com
@bbenk34


Partager cet article

Vous recrutez ?

Publiez vos annonces, et consultez la cvthèque du site EMPLOI Soignant : des milliers de profils de soignants partout en France.

En savoir plus