Critique constructive sur la formation paramédicale

mardi 8 décembre 2015, par Bruno Benque

La réalité du terrain, tant en institut de formation qu’en environnement soignant, nécessite une réévaluation des pratiques enseignantes auprès des étudiants infirmiers et cadres de santé. C’est le résultat de la critique constructive que livre Pierre Campia dans son ouvrage « Penser la formation des infirmières et des cadres de santé ».

Dans son ouvrage « Penser la formation des infirmières et des cadres de santé », Pierre Campia, formateur en IFCS après l’avoir été en IFSI, propose une critique constructive de la réalité de la formation des personnels soignants et encadrants en la reliant en permanence avec le contexte de terrain.

La posture du formateur dans un contexte changeant

Une première partie s’attache à réfléchir à la formation des infirmiers, soumise à la transformation conjointe des programmes résultant de l’universitarisation de leur cursus et des évolutions productivistes du terrain. Il prend en compte ici la réforme dite constructiviste des études d’infirmier et les attitudes réflexives que les étudiants doivent adopter, sans oublier les transformations de soi que nécessite l’intention de prendre soin de l’autre. Du côté du formateur, la réflexion de l’auteur porte notamment sur la nécessité d’une proximité sensible avec les étudiants ou la légitimité de l’apprenant auprès de celui-ci, armé par son expérience de soignant et par les savoirs théoriques qu’il acquis.

Enseignant, plus que formateur ?

Vient ensuite une série de témoignages de formateurs qui, témoins des changements organisationnels opérés sur le terrain, n’en oublient pas la composante humaine et s’attachent à la faire passer dans leur discours. La plupart d’entre eux remarquent une défaillance dans la posture de soignants que les étudiants adoptent en stage depuis qu’ils suivent des études universitaires, sans compter les insuffisances techniques quelquefois identifiées ou la pertinence limitée du portfolio. Sur le plan purement pédagogique, et au regard de la réforme LMD de 2009, ils sont sujet au questionnement qui consiste savoir s’ils sont encore formateurs ou s’ils sont devenus enseignants, auquel cas leur passé de soignant semble passer au second plan.

La nécessaire distanciation de l’étudiant cadre avant de prendre son poste

La troisième partie traite enfin des évolutions de la formation des cadres de santé. Sur ce plan aussi, l’auteur ne se départit jamais de sa volonté de ne pas s’éloigner du terrain. Il met ainsi l’accent sur les changements organisationnels opérés dans les établissements de santé, de ce qu’il appelle le tournant gestionnaire pris par l’hôpital et des quêtes qualitatives qui contraignent les soignants à tout décrire et tout écrire. Le formateur en IFCS est alors incité à faire prendre du recul à ses étudiants, par la culture professionnelle et l’ouverture d’esprit, le mémoire de fin d’étude étant considéré par l’auteur comme un excellent outil de distanciation. Ce dernier revient enfin sur quelques outils qu’il considère comme essentiels pour favoriser une prise de poste des futurs cadres sans trop de dommage, parmi lesquels la conduite des entretiens d’évaluation.

Les quelques idées que nous venons de retirer de cet ouvrage ne sont bien sûr pas exhaustives, les arguments y figurant pour décrire l’environnement professionnels des formateurs paramédicaux étant nombreux, précis et empreints d’un réalisme implacable. Un livre à conseiller à tous les formateurs paramédicaux.

Penser la formation des infirmières et des cadres de santé, Pierre Campia, Éditions Seli Arslan, 2015, 192 pages

Bruno Benque
Rédacteur en chef cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com


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