Une évaluation pertinente des effectifs soignants grâce à la densité standardisée

lundi 24 juin 2024, par Bruno Benque

Afin de donner des informations plus proches de la réalité, la DREES a révisé ses référentiels de recueil des données relatives aux effectifs soignants pour élaborer sa dernière mouture de la « Démographie des infirmières et aides-soignantes ». Les informations fournies par la Base Tous Salariés et le SNDS objectivent notamment une progression insuffisante du nombre d’infirmiers libéraux ou un fort taux de jeunes infirmiers salariés, malgré une densité standardisée en diminution. L’hôpital public s’avère, sans surprise, loin devant sur l’emploi des infirmiers salariés et la densité standardisée des aides-soignants a diminué ces dernières années. Ce document met en lumière la densité standardisée des professionnels de Santé comme nouvel étalon pour des évaluations d’effectifs pertinentes.

Le recensement des professionnels de Santé n’est pas chose aisée pour les organismes en charge des données statistiques sur notre territoire. Celui-ci s’est longtemps construit sur la base du Répertoire Partagé des Professionnels de Santé (RPPS) et sur le Répertoire ADELI, qui n’apportait que des informations imprécises.

La DREES révise ses référentiels de recueil des données relatives aux effectifs soignants

La Direction de la Recherche, des Études, de l’Évaluation et des Statistiques (DREES), qui vient de publier son dernier opus « Démographie des infirmières et des aides-soignantes », prouve, graphiques à l’appui, que l’évaluation des effectifs peut être très différente selon la base de données utilisée. L’exemple du répertoire ADELI, qui ne prend en compte que partiellement les départs en retraite, est flagrant. Ce répertoire rapporte en effet plus 628 000 infirmiers en poste en 2021 alors que, si ce chiffre est borné à l’âge de 62 ans, il ne décrit plus que 513 000 professionnels en poste (voir ci-dessous).

Des informations plus proches de la réalité fournies par la Base Tous Salariés et le SNDS

La DREES a donc choisi la Base Tous Salariés (BTS), qui permet de recenser de manière exhaustive les infirmiers et les aides-soignants salariés et fournit des informations liées au lieu de travail et déclarées par l’employeur, ainsi que le Système National des Données de Santé (SNDS) de l’Assurance maladie, qui permet quant à lui de recenser de manière exhaustive les infirmiers libéraux, sans prendre en compte, toutefois, les remplaçants, puisque ces derniers utilisent les feuilles de soins du professionnel qu’ils remplacent.

L’exhaustivité de ces deux sources sur leurs champs respectifs est d’autant plus pertinente qu’elle affine les données par âge, par région, ou par sexe notamment, des populations d’infirmiers et d’aides-soignants. L’exercice infirmier mixte est, quant à lui, pris en compte à la fois dans les effectifs infirmiers salariés et libéraux.

Une progression insuffisante du nombre d’infirmiers libéraux

Ce mode de comptage a permis à la DREES d’objectiver, en 2021, 500 300 infirmiers exerçant une activité salariée et 98 600 infirmiers exerçant une activité libérale en France hors Mayotte.

Les infirmiers libéraux ont progressé de 3,2 % par an en moyenne entre 2013 et 2021, avec cependant un taux d’augmentation qui s’épuise au fil du temps. C’est ainsi que la densité d’infirmiers libéraux a augmenté, selon la DREES, de 2,8 % par an en moyenne entre 2013 et 2021, atteignant 146 infirmières en activité libérale pour 100 000 habitants en 2021, contre 117 en 2013. Mais si l’on considère la densité standardisée de ces professionnels, qui prend en compte le vieillissement de la population notamment, l’augmentation n’est que de 1,5 % entre 2013 et 2021.

Un fort taux de jeunes infirmiers salariés malgré une densité standardisée en diminution

Les effectifs infirmiers salariés, d’autre part, ont augmenté plus lentement, de 1,0 % par an en moyenne entre 2013 et 2020, avec un léger recul de 0,3% en 2021. Leur densité est estimée à 742 infirmiers salariés pour 100 000 habitants en 2021, contre 714 en 2013, mais les besoins ont augmenté plus rapidement. À cet égard, la densité standardisée des infirmiers salariés a diminué de 0,8 % par an en moyenne entre 2013 et 2021.

Si l’on s’arrête sur les profils de ces professionnels, on peut identifier, en 2021, un taux de 21% d’infirmiers salariés de moins de 30 ans (contre 23 % en 2013) alors qu’ils ne sont que 4% en libéral (contre 5 % en 2013). On remarque également que le nombre d’infirmiers de plus de 60 ans a fortement progressé (25 700 salariés et 8 800 libéraux en 2021 après respectivement 14 600 et 5 100 en 2013).

L’hôpital public loin devant sur l’emploi des infirmiers salariés

Quant au secteur d’activité des infirmiers salariés, c’est sans surprise l’hôpital public qui est, avec un taux de 76% en 2021, le plus représenté, contre 19% pour l’hôpital privé et 11% un établissement ou service social ou médico-social.

Leur répartition par spécialité est, d’autre part, quasiment stable entre 2013 et 2021, avec un taux de 79% exerçant en soins généraux ou en psychiatrie, 10% d’infirmiers spécialisés (hors psychiatrie) et 11 % de cadres de santé.

La densité standardisée des aides-soignants a diminué ces dernières années

Les statistiques sont très différentes concernant les aides-soignants. En 2021, 423 500 aides-soignants sont en activité en augmentation de 7,6% entre 2013 et 2020 et un recul de 1,1% en 2021. Ainsi, la densité d’aides- soignants passe à 628 pour 100 000 habitants en 2021, contre 607 en 2013, une progression toutefois moins importante que la croissance des besoins en soins due à l’augmentation et au vieillissement de la population. Ainsi, la densité standardisée d’aides-soignants en activité a diminué de 0,9% par an en moyenne entre 2013 et 2021.

Le secteur d’activité des aides-soignants est représenté à 60 % par l’hôpital (dont 48 % à l’hôpital public et 12 % à l’hôpital privé) et 32 % par un établissement ou service social ou médico-social (dont 14 % dans un établissement public et 18 % dans un établissement privé).

La densité standardisée des professionnels de Santé nouvel étalon pour des évaluations d’effectifs pertinentes

Que pouvons-nous retenir de ces statistiques, apparemment assez proches de la réalité si l’on en croit les modes de recueil des données ? Nous remarquons tout d’abord que les observations de pénuries de soignants faites ces dernières années sont confirmées par les chiffres, puisque les besoins des populations vieillissantes ne sont pas totalement pourvus. Nous identifions ensuite que la notion de densité standardisée, pour ce type de professions, semble assez efficace pour évaluer la cohérence des effectifs dans un secteur et une région donnés et qu’elle doit devenir un étalon de mesure à l’avenir.

Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@gpsante.fr
@bbenk34.


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