Une démographie des professionnels de Santé plus homogène qu’il n’y parait

vendredi 30 juillet 2021, par Bruno Benque

Les données démographiques des professionnels de Santé mises à jour par la DREES ne confirment pas, semble-t-il, les impressions de terrain en faveur d’une paupérisation des effectifs de soignants. Mais elles sont conformes aux statistiques de répartition géographiques illustrant les déserts médicaux. Mais ces bases de données officielles ne semblent pas très précises et ont besoin d’un lifting pour que les informations qu’elles diffusent reflètent avec pertinence la réalité du terrain.

La période est tendue sur le marché de l’emploi des professionnels de Santé, notamment en ce qui concerne les personnels paramédicaux. Plusieurs facteurs se combinent pour aboutir à une telle conjoncture, entre les départs en retraite, le manque d’attractivité des métiers de la santé, la forte demande en soins désormais entretenue par les pathologies chroniques et le vieillissement de la population ou la fuite des soignants usés par des conditions de travail jugées trop inconfortables.

La DREES publie la mise à jour de la démographie des professionnels de Santé

Le recueil de données la démographie des professionnels de santé que la Direction des recherches, des Études, de l’Évaluation et des Statistiques (DREES) met à jour annuellement revêt pour nous, dans ce contexte, un intérêt particulier. La DREES vient de publier les dernières données qu’elle a enregistrées, au 1er janvier 2021. Elles sont présentées dans une application interactive en ligne à partir des fichiers statistiques construits issues du Répertoire partagé des professionnels de santé (RPPS) et du répertoire Adeli. Elles décrivent les professionnels qui sont actifs et les données concernent les effectifs de professionnels de santé entre 2012 et 2021. Nous en avons tiré quelques enseignements relatifs à la répartition géographique de ces professionnels de Santé ainsi qu’à leurs tranches d’âge.

Des personnels paramédicaux concentrés dans les grandes villes

L’application en ligne que propose la DREES pour évaluer la démographie de ces soignants permet de trier les données selon plusieurs critères. Et la ventilation des chiffres selon la tranche d’âge, le degré d’urbanité du lieu de travail ou le mode d’exercice donne la possibilité à qui veut bien s’y intéresser d’identifier des tendances et d’imaginer des parades à d’éventuels déséquilibres.

Et sur le plan géographique, les chiffres illustrent assez bien le phénomène des déserts médicaux. sur un effectif infirmier total de plus de 764 000 personnes, 364 000 exercent dans des centres urbains de plus de 200 000 habitants alors que 83 000 d’entre elles sont en activité dans des bourgades de moins de 5 000 habitants. Cette répartition se retrouve chez les masseurs-kinésithérapeutes (MK) qui sont près de la moitié à travailler en centre milieu urbain, ou les manipulateurs d’électroradiologie (MERM) qui sont, eux, plus de la moitié dans les villes de plus de 200 000 habitants.

Une répartition homogène des différentes générations de soignants

Mais l’un des critères démographiques qui inquiètent l’ensemble des managers de Santé est bien la pyramide des âges des acteurs du soin. Les effectifs vieillissent, on le sait, et les jeunes gens ne se bousculent pas pour prendre la suite. Mais que disent les chiffres ? Il semble qu’ils ne confirment pas les impressions de terrain. Si les infirmiers ont des âges à peu près homogène, avec des proportions équivalente entre les jeunes et les plus expérimentés, les effectifs rajeunissent chez les MK, les sages-femmes, les psychologues et les ergothérapeutes entre autres.

La seule exception concerne les MERM dont les statistiques issues des fichiers Ameli objectivent un taux de plus de 35% de professionnels de plus de 55 ans ! Ce qui parait incohérent avec la réalité. Il faut dire que les données Adeli ne sont semble-t-il pas mises à jour et que les retraités y sont également comptabilisés. Il suffit d’ailleurs de consulter, dans la plateforme de la DREES, les variations de chiffres concernant les MK, qui sont plus de 91 000 d’après les données RPPS, et à peine plus de 86 000 dans les fichiers Adeli.

La régulation du système de Santé ne pourra pas faire l’économie d’une bonne évaluation des effectifs mis à disposition pour le faire fonctionner. mais il faudrait pour cela pouvoir s’appuyer sur des statistiques fiables et homogènes...

Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com
@bbenk34


Partager cet article

Vous recrutez ?

Publiez vos annonces, et consultez la cvthèque du site EMPLOI Soignant : des milliers de profils de soignants partout en France.

En savoir plus