Un long chemin vers les pratiques avancées

mardi 30 mars 2021, par Bruno Benque

Les professionnels infirmiers ont pu, après une longue lutte, accéder aux pratiques avancées. Mais le chemin sera certainement plus long pour les autres filières, moins importantes en nombre et en autonomie. Le Rapport de la mission IGAS sur l’évolution du métier de Manipulateur d’Électro-Radiologie Médicale nous en donne un exemple flagrant avec la pratique de l’échographie. Cette activité exercée depuis longtemps par certains de ces professionnels se heurte notamment à une résistance médicale forte.

Le Rapport que vient de rendre public la Mission IGAS sur l’évolution du métier de Manipulateur d’Électro-Radiologie (MERM) confirme que les métiers paramédicaux sont, d’une part, bien verrouillés par la communauté médicale, et, d’autre part, prisonniers de l’ancestrale organisation en silos de leurs formations et de leurs activités respectives.

Une mission IGAS pour évaluer les perspectives d’une filière paramédicale

Ce document, commandé en juillet 2020 par le Ministre des Solidarités et de la Santé Olivier Véran, avait pour but de faire le point sur une profession frappée à la fois par une crise démographique, par un défaut de reconnaissance et portée par une évolution rapide de ses pratiques sous l’effet conjugué des progrès médicaux et technologiques. Les MERM avaient été ainsi en première ligne lors des événements revendicatifs de fin 2019-début 2020 dans les établissements de Santé, fatigués qu’ils étaient - comme d’autres filières évidemment - par les manques d’effectifs, les cadences augmentées ou le refus des tutelles d’apprécier les compétences particulières acquises au fil du temps. Les possibilités de spécialisation attribuées à ce métier sont en effet très nombreuses, du fait de la diversité des activités qui y sont attachées (radiologie conventionnelle, radiologie interventionnelle, imagerie en coupe, radiothérapie, médecine nucléaire, exploration fonctionnelle), chacune proposant des ramifications comme autant de spécialités dans la spécialité.

Un long chemin vers les pratiques avancées

Et qui dit spécialité paramédicale aujourd’hui s’engage invariablement vers les protocoles de coopération, qui permettent de proposer au professionnel paramédical des activités spécifiques allant au-delà du métier socle et entrant dans le domaine médical, voire vers les pratiques avancées qui définissent, en plus de ces activités spécifiques, des axes de prise de décision habituellement dévolues aux médecins. Et c’est là que les choses se compliquent. On se souvient de la bataille qu’ont menée les professionnels infirmiers français dans les années 2000 – jusqu’aux décrets de 2018 - pour se sortir du joug de la gente médicale et affirmer, à l’instar de leurs collègues anglo-saxons, leur volonté d’assumer des missions ciblées entrant dans le champ médical pour améliorer les parcours de Santé et pouvoir accéder aux pratiques avancées.

Des atermoiements liés à la pratique de l’échographie

Mais les infirmiers avaient deux avantages que les autres professionnels paramédicaux n’ont pas : le nombre et la transversalité. Car les MERM, comme les acteurs d’autres filières qui souhaitent exercer eux aussi des métiers améliorés, exercent des activités de niche, sont peu nombreux - environ 30 000 comparés aux quelques 750 000 infirmiers -, et surtout, sont assujettis à un seul spécialiste médical, le radiologue auquel il faut ajouter le radiothérapeute et le médecin nucléaire. Et ces derniers exercent une résistance plus ou moins forte selon l’activité concernée ou le mode d’exercice. L’exemple qui illustre le mieux cette situation est la pratique de l’échographie. Les MERM l’exercent depuis très longtemps dans les services où la gouvernance et les médecins le leur propose. Le Rapport IGAS décrit ainsi comment, en 1997, cette activité a été exclue de leur décret d’actes, puis remise au goût du jour dans le cadre des expérimentations Berland et enfin réintroduites dans le même décret en 2016.

Une forte résistance médicale exercée sur des professionnels peu nombreux

Mais ils n’ont pas pu, depuis, célébrer cette avancée majeure dans la reconnaissance de leur profession car l’arrêté d’application de cette évolution réglementaire n’a jamais paru. Le Rapport de l’IGAS évoque une forte réticence de certains médecins radiologues arguant de la nécessité d’appliquer un protocole de coopération – qui est autorisé dans certaines régions – pour encadrer cette pratique, alors que dans de nombreux services des MERM ont des années d’expérience pour cette activité et réalisent même des pré-comptes rendus et prennent l’initiative de libérer leurs patients au terme de l’examen. Certains voient dans la manœuvre des radiologues un moyen de préserver leurs prérogatives afin de ne pas dévaloriser l’acte d’échographie, sur le plan financier plus qu’intellectuel. Il faut dire qu’ils sont un peu à crans ces dernières années, certains oiseaux de mauvais augure prédisant leur disparition prochaine et leur remplacement par l’intelligence artificielle, ce qui n’est pas vraiment cohérent.

Reste que pour les MERM, comme pour leurs collègues diététiciens, ergothérapeutes, techniciens de laboratoire, préparateurs en pharmacie, kinésithérapeutes, etc., le chemin risque d’être long avant de pouvoir être éligibles aux pratiques avancées. À moins qu’enfin, dans un futur proche, la qualité de prise en charge des patients devienne la priorité de tous…

Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com
@bbenk34


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