Sortir du système sanitaire pour être reconnu ?

vendredi 31 janvier 2014, par Jean-Marc Panfili

Docteur en Droit et fraîchement nommé chercheur associé dans une institution universitaire toulousaine, Jean-Marc Panfili, Cadre Supérieur de Santé, témoigne du cheminement intellectuel qui l’a conduit à ce parcours atypique. Animé par des thèmes liés à l’indépendance ou la liberté - d’expression -, c’est en suivant cette voie qu’il a trouvé de la reconnaissance, une notion presque oubliée, par les temps qui courent. Celle-ci ne serait-elle accessible, aujourd’hui, qu’en dehors du système sanitaire ?

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L’institut Maurice Hauriou, unité de recherche de l’université toulousaine, auprès de laquelle j’ai préparé ma thèse, m’intègre désormais comme chercheur associé. Il se trouve que je suis le premier membre issu du monde professionnel qui soit accepté par ce prestigieux institut. Bien sur, sans fausse modestie, je suis heureux et fier, et je remercie la direction, ainsi que l’ensemble des membres qui m’acceptent parmi eux.

Le droit et les concepts approximatifs de gouvernance

Être titulaire d’un doctorat, a fortiori en droit, dans une institution publique particulièrement soumise aux règles de l’État de droit, peut apparemment constituer un atout. Ce n’est pourtant pas aussi simple. Une expertise dans un domaine fondamental comme le droit se trouve confrontée aux théories et aux langages « managériaux » dominants et intégrés dans les concepts approximatifs de « gouvernance ». Ces théories développent des notions extra-juridiques qui se révèlent souvent contradictoires avec les règles de droit.

La recherche, au nom de l’indépendance et de la liberté d’expression

Alors, si en l’occurrence la reconnaissance institutionnelle est hypothétique, à quoi bon se lancer dans cette aventure d’étude et de recherche ? Tout d’abord cette démarche permet une liberté d’expression unique protégée par la loi. Les chercheurs jouissent d’une pleine indépendance et d’une entière liberté d’expression, dans l’exercice de leurs activités de recherche, sous les réserves qu’imposent les principes de tolérance et d’objectivité. Les fonctions de recherche exigent que la libre expression et l’indépendance des chercheurs soient garanties.

Côtoyer des cercles intellectuels d’une grande richesse

Ensuite, l’absence de reconnaissance dans le cadre professionnel ne veut pas dire absence de légitimité. C’est notamment le cas, depuis que le législateur est intervenu, en disposant que les titulaires d’un doctorat peuvent faire usage du titre de docteur. Nous pouvons désormais revendiquer et utiliser notre titre, en mentionnant la spécialité, dans tout emploi et toute circonstance professionnelle. Enfin, la reconnaissance la plus valorisante est bien celle qui émane de la communauté scientifique. De ce point de vue, la démarche d’étude et de recherche universitaire permet de pénétrer des cercles intellectuels d’une très grande richesse. Le travail de publication inhérent à la recherche y contribue également.

La liberté par le savoir...et par le droit

En conclusion, j’encourage tous ceux qui auraient envie de s’engager, tant je considère la démarche universitaire comme émancipatrice. A ce propos, je renvoie les sceptiques à Victor Hugo, lorsqu’il déclare que « la liberté commence, la ou finit l’ignorance ». Dernière interrogation, avec un peu de prosélytisme, dans ce cas pourquoi opter pour les sciences juridiques ? Il s’agit la encore des même raisons d’émancipation : parce que l’expérience montre que c’est le droit qui libère et l’absence de règles qui opprime.

Jean Marc PANFILI
Cadre supérieur de santé
Docteur en droit

Chercheur associé, Institut Maurice Hauriou
Université Toulouse 1 Capitole
jmpanfili@orange.fr


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