Reconversion professionnelle : les cadres plébiscitent les secteurs sanitaire et médico-social

vendredi 8 septembre 2017, par Valérie HEDEF

Pour des raisons multiples, de plus en plus de cadres issus d’autres secteurs d’activité se reconvertissent aujourd’hui dans ceux du sanitaire et du médico-social, plutôt porteurs en termes d’emplois, de sens et de valeurs d’engagement. Focus et témoignages sur une démarche qui s’effectue surtout à l’occasion d’une rupture de contrat, et qui, choisie ou subie et quels qu’en soient les ressorts, ne s’improvise pas et implique même sans conteste un travail sur soi.

Qui n’a pas un jour ressenti ardemment le désir de changer de secteur professionnel, de métier, voire de statut ? À l’heure de la flexi-mobilité, où le changement est sinon érigé sur un piédestal du moins nécessaire et valorisé, bon nombre de professionnels sautent le pas chaque année. 56 % des actifs ont ainsi déjà changé de métier ou de secteur d’activité au cours de leur carrière [1]. L’idée de changer de métier plusieurs fois au cours de sa vie professionnelle est même une quasi-évidence chez la jeune génération d’actifs. Car oui il faut aussi le souligner : si la reconversion professionnelle – qui implique un changement important, voire dans certains cas une rupture dans une trajectoire professionnelle – correspond à un choix personnel volontaire pour une majorité de personnes, elle peut aussi s’avérer un passage obligé en cas de chômage ou de risque de perte d’emploi sachant par ailleurs que 50% des jobs qui existent aujourd’hui auront disparu d’ici 2025. Une reconversion dite « subie » qui concerne déjà aujourd’hui bon nombre de professionnels issus de secteurs d’activité en déclin, sinistrés ou aux métiers « fragiles ».

Fil conducteur et points communs

Dans ce contexte, le sanitaire et le médico-social semblent tirer leur épingle du jeu. Ils s’avèrent même plutôt porteurs pour les cadres issus de ces secteurs en déclin qui y trouvent davantage d’opportunités de postes conjuguées à d’autres atouts/ ressources (sens donné au travail, travail avec de l’humain, meilleure conciliation vie professionnelle/vie privée…).

C’est ainsi le cas de Frédéric Pitois. Officier dans l’armée de terre pendant une quinzaine d’années, ce dernier initie en 2008 une reconversion partielle dans la logistique en tant que directeur de plateforme, avec « une certaine continuité métier sur le sens et le service rendu ». Mais faute d’épanouissement, il décide, quatre ans plus tard, de véritablement bifurquer dans le médico-social : « Je me suis posé trois questions : dans quel secteur pourrais-je transférer mes compétences déjà acquises ? Quel était l’avenir de ce secteur ? Enfin, pour faire quoi d’utile ? […] Je suis alors arrivé au secteur médico-social et sur le métier de directeur d’établissement ». Grâce à l’exploitation de son réseau, il se « porte candidat au bon endroit au bon moment » et décroche un poste de direction d’Ehpad dans le secteur non lucratif. Trois ans plus tard, l’ex-militaire, alors âgé de 47 ans, a encore envie d’évoluer. Sa rencontre avec Richard Capmartin, du cabinet RC Human Recruitment (voir encadré), qui pointe de nombreuses compétences transférables (leadership, expérience avérée du management, de la gestion ou direction d’établissement, fréquentation au sens large des équipes médicales…), va lui ouvrir une nouvelle porte dans le sanitaire cette fois-ci. Et après une longue procédure de recrutement (cinq entretiens), il obtient en septembre 2016 la direction d’une clinique privée SSR polyvalente flambant neuve dans la métropole rouennaise. De cette expérience de reconversion, il en dégage un fil conducteur majeur : « le travail de l’humain pour de l’humain et de l’engagement », et des points communs tels l’altruisme et l’esprit d’équipe notamment.

Autre parcours tout aussi riche d’enseignements, celui d’Élisabeth Bouchara. Après une première partie de carrière sur des fonctions commerciales orientées à l’export sur différentes zones du monde, celle-ci saisit l’opportunité de s’installer au Royaume-Uni pour développer une entreprise dans l’agroalimentaire, et ce, avec toujours la même volonté de « porter le service et le produit de qualité français à l’étranger et vice versa ». Dix ans plus tard, cette professionnelle bilingue et multisectorielle rentre en France et s’interroge sur son métier qui, entre autres, nécessite « beaucoup de déplacements ». L’envie de « mettre davantage l’humain au cœur de son activité », d’« un travail au connexe du médical » la rattrape, elle qui a de longue date une appétence à l’endroit des personnes âgées et fragiles. Elle opte alors elle aussi pour le médico-social, « un vrai choix d’évolution sectorielle », un secteur où elle peut aussi « transférer ses compétences de gestionnaire d’entreprise et de commercial » au service de ces personnes. Après un premier poste de direction adjointe au sein du Noble Age, une fois son Cafdes en poche, elle change de groupe (Korian) afin de rester en région parisienne – le groupe LNA a surtout des établissements situés en province – et prend la direction d’un établissement. Puis en septembre dernier, elle rejoint Orpea-Clinea et prend la direction de l’Ehpad le plus haut de gamme du groupe. À bientôt 57 ans, avec déjà dix années passées dans le secteur du médico-social, « ce médecin non réalisé », comme elle se plait à le dire, formule pour les prochaines années une ultime orientation dans le sanitaire en visant la direction d’une clinique ou d’un centre de soins palliatifs.

Ne rien laisser au hasard

Deux parcours, deux reconversions professionnelles parmi d’autres qui toutefois n’ont rien laissé au hasard. D’abord au niveau de l’appréhension du métier visé. En amont de la démarche de reconversion professionnelle, rien de mieux, en effet, que d’interroger des gens du métier/du secteur pour avoir un bon éclairage terrain et voir si cela est conforme à ce que l’on s’imagine. « Grâce à une connaissance de mon entourage [un directeur d’Ehpad en l’occurrence, NDLR], j’ai entrepris une enquête métier complète qui m’a permis de faire une vraie découverte métier » témoigne Frédéric Pitois. « J’ai visité quelques maisons de retraite afin d’avoir une représentation du poste et des responsabilités » renchérit Élisabeth Bouchara.

Côté formation, il est par ailleurs souvent nécessaire de compléter celle initialement suivie. « J’avais une formation initiale juridique. Mais le master 2 « Administration des entreprises » que j’ai effectué à l’IAE d’Orléans après ma reconversion partielle m’a permis de me remettre à jour sur le code du travail notamment », explique Frédéric Pitois. […] Plus récemment, lors de sa dernière prise de poste, le directeur de clinique a bénéficié « de trois semaines de séminaire d’intégration et d’un parcours de formation à un DU de direction des établissements et services sanitaires et médico-sociaux (ESSMS) ». Et ce dernier d’ajouter : « Il y a un gros investissement en formation, notamment sur les outils de pilotage et sujets cœur de métier (sécurité, maintenance…) ». Élisabeth Bouchara avait une formation Dauphine initiale (DESS/master 2 commerce international). Toutefois, « faute de légitimité dans le secteur », elle décide de reprendre ses études à 47 ans pour suivre pendant près de 2 ans et demi la formation Cafdes à l’EHESP. Une reprise d’études qui n’est pas toujours évidente et qui demande « de l’humilité et une certaine faculté à se remettre en position d’apprentissage ».
La question de la motivation est également essentielle. « Le secteur médico-social est particulièrement complexe du fait de la réglementation, des contraintes financières dans le secteur lucratif voire même dans l’associatif ». Pour y faire face, « la motivation est donc indispensable », précise la directrice d’exploitation au sein du groupe Orpea.

Des sacrifices financiers et en temps passé

L’aspect financier ne doit pas non plus être occulté. On le sait, le secteur sanitaire et plus encore celui du médico-social notamment ne sont pas parmi les plus rémunérateurs pour les cadres. Ces derniers doivent donc bien l’avoir en tête lorsqu’ils envisagent de s’y reconvertir. « J’ai dû faire sans revenus pendant la moitié de mon année de reconversion à la fac. Puis j’ai subi deux pertes de salaire successives – dans les deux postes de logistique et de médico-social NDLR – avant de seulement revenir à niveau dans le sanitaire quelques années plus tard », raconte Frédéric Pitois. « Le différentiel de revenus est une réalité » confirme Élisabeth Bouchara.

Last but not least (enfin et surtout), une démarche de reconversion professionnelle prend du temps. Là encore il faut en être conscient et en aviser son entourage pour éviter d’éventuels soucis côté vie personnelle et familiale. « On ne compte pas ses heures au moins les six premiers mois qui suivent la prise de poste car il faut combler des manques (réglementation, conventions tripartites…). Par rapport à un professionnel issu du secteur, il faut fournir une implication, un investissement personnel supplémentaire » note l’ex-officier de l’armée de terre. On l’aura compris, la reconversion professionnelle est une démarche complexe qui ne s’improvise pas. Mais elle peut être pour les cadres, ouverts au changement, mobiles et motivés et pour ceux issus de secteurs en déclin, une vraie opportunité pour rebondir, notamment dans des secteurs porteurs comme le sanitaire et le médico-social.
Valérie Hedef,
Journaliste
valerie.hedef@orange.fr

« 75 % des chefs d’entreprise/DRH qui ont reçu ou recruté des candidats en reconversion considèrent que les reconversions constituent davantage un atout qu’un inconvénient dans un processus de recrutement » Ils estiment que les salariés en reconversion sont plus motivés, apportent de la diversité et une nouvelle vision du métier.
Source : enquête COE-Opinonway « Opinions et attitudes des employeurs face aux reconversions professionnelles » réalisée auprès de 993 chefs d’entreprise et DRH, avril-mai 2013

interview

4 questions à Richard Capmartin, président/fondateur de RC Human recruitment, cabinet de conseil et de recrutement des professionnels de santé

Cadresdesante.com : Quels conseils donneriez-vous aux cadres intéressés par une reconversion professionnelle ?

Richard Capmartin : C’est forcément une période compliquée. Outre certains aspects financiers (perte de revenus), la crainte de s’être trompé, ou encore le fait de ne pas être compris par son entourage ne doivent pas être occultés. De fait, il est important de se poser les bonnes questions au démarrage dans sa recherche pour le secteur. Le projet doit aussi être bien défini et bien cadré (ne pas partir sans filet). Une fois tout ceci bien calé, les objectifs vérifiés, la reconversion représente alors une réelle opportunité.

Cadresdesante.com : La formation est-elle incontournable ?

RC : Oui quasiment. Pour rejoindre le secteur de la santé ou celui du médico-social, une formation diplômante de niveau 1 étayée par des stages dans des établissements est requise. Elle permet en effet aux candidats en reconversion de s’approprier les codes, le langage du secteur ciblé, et de mesurer leur capacité à prendre un poste de direction. Ainsi, il faut savoir qu’une reconversion professionnelle prend du temps, deux ans en moyenne.

Cadresdesante.com : Quelle est l’attitude des recruteurs des secteurs sanitaire et médico-social à l’égard des candidats qui se sont reconvertis et qui n’ont donc pas d’expérience sectorielle à leur actif ?

RC : Ils font preuve d’une certaine frilosité. En fait, ils attendent surtout de la part des candidats qu’ils justifient leur choix de reconversion. La « première » vie professionnelle est en effet très étudiée (via les transferts métier, les stages réalisés, le contenu du mémoire réalisé en master…). En général, ils ne leur confieront pas d’emblée la direction d’un établissement, leur proposant plutôt un poste d’adjoint et d’appui sur des fonctions support. Mais après leur appropriation des codes, savoir-faire et savoir être de ces secteurs, tout est possible !

Cadresdesante.com : Quel est le rôle du cabinet RC Human Recruitment en la matière ?

RC : À travers notre prestation coaching professionnel, nous recrutons des candidats entre 40 et 50 ans qui souhaitent des conseils de formation, d’enjeux de secteur, d’attendus du poste pour bien être certains avant de démarrer un parcours de reconversion ou qui l’ont déjà réalisé. Nous les accompagnons afin de valider leurs véritables motivations (justification de leur choix de reconversion), faire émerger les parallèles métiers (management, travail en réseau…), ou encore valoriser leur première partie de carrière, notamment en termes de capacités et ressources.

Le conseil en évolution professionnelle, quésako ? Dans le cadre d’une démarche de reconversion professionnelle, il peut s’avérer utile de bénéficier du conseil en évolution professionnelle (CEP). Gratuit, sur mesure, ouvert à tous les actifs, ce dispositif d’accompagnement [2] permet, avec un consultant-référent, de faire le point sur sa situation et ses projets professionnels, et engager le cas échéant un projet d’évolution professionnelle (reconversion, reprise ou création d’activité…). À noter : les cadres intéressés doivent passer par l’Apec pour contacter leur conseiller CEP.

[1Enquête Ipsos/Afpa 2012

[2Ce service est disponible auprès de cinq opérateurs habilités à le délivrer : l’Apec, Pôle Emploi, l’Opacif et le Fongecif, les missions locales et Cap Emploi.


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