Michèle Lenoir-Salfati : « faire accéder les cadres de santé de talent à la formation de DS »

jeudi 22 octobre 2015, par APM-International

Quelques jours après les Journées d’étude de l’AFDS, Michèle Lenoir-Salfati trace les contours de l’évolution probable de la fonction de Directeur de soins vers une meilleure reconnaissance du poste. Elle propose en outre que l’accès à cette fonction soit plus facile pour les cadres de santé de « talent », par une adaptation du concours d’entrée notamment, afin de rajeunir cette catégorie professionnelle.

JPEG - 11.7 ko

La direction générale de l’offre de soins (DGOS) souhaite saisir l’opportunité de la mise en place des futurs groupements hospitaliers de territoire (GHT) pour faire reconnaître le rôle et les responsabilités des directeurs de soins (DS) et améliorer leur statut, a expliqué mardi à l’APM Michèle Lenoir-Salfati, sous-directrice des ressources humaines du système de santé à la DGOS.

Des grilles indiciaires différentes des autres corps de Direction

Elle s’exprimait à la suite des journées nationales d’étude de l’Association française des directeurs des soins (AFDS) organisées en fin de semaine dernière à Arcachon (Gironde). Lors de ces journées, elle a tenté de répondre aux interrogations du président de l’AFDS, Stéphane Michaud, sur l’absence de reconnaissance statutaire des DS à la hauteur de leurs responsabilités et sur la problématique de l’attractivité de ce corps de direction. Lors d’un entretien à l’APM le 20 octobre 2015, elle a rappelé qu’au moment de la réforme statutaire des DS, dont les textes d’application ont été publiés en janvier 2014, le ministère de la santé n’avait pas réussi à faire reconnaître en interministériel que tous les postes de DS étaient des postes de direction. Les grilles indiciaires n’ont donc pas été alignées sur celle des deux autres corps de direction (directeur d’hôpital et D3S), a-t-elle ajouté.

Des DS-relais dans chaque établissement d’une GHT ?

Michèle Lenoir-Salfati estime que la mise en oeuvre des futurs GHT prévus dans le projet de loi de santé pourrait être un « levier pour le corps » et permettre de « rebattre les cartes ». Cela aiderait à démontrer que les DS ont des fonctions de direction « pleines et entières » et sont « des acteurs majeurs » du management hospitalier dans un territoire car ils auront à faire vivre des projets de soins territoriaux, a-t-elle noté. Pour elle, il pourrait y avoir un DS pour un GHT et des « DS-relais » dans les établissements. L’organisation et la mutualisation devrait monter en charge progressivement, même si les GHT doivent se mettre en place au 1er juillet 2016. Elle estime qu’il faudrait concevoir « plusieurs niveaux de mission », ce qui « pourrait tracer un parcours professionnel assez intéressant ».

Diriger un Institut terrotprial de formation

Cet élargissement du périmètre pourrait aussi s’appliquer aux DS en institut de formation car l’établissement support d’un GHT devra coordonner les politiques de formation. Un travail devra être mené avec les représentants des DS pour définir cette coordination territoriale, qui pourrait aller de la mise en commun de moyens pédagogiques à des projets pédagogiques communs, voire une sorte d’institut de formation territorial avec un DS à la tête de l’ensemble des instituts du groupement. Dans ce dernier cas, « on pourra assez facilement démontrer qu’il s’agira » d’une très haute responsabilité, car l’institut territorial pourra avoir à discuter avec les universités et les régions, a noté la représentante de la DGOS. Cela pourrait « potentiellement » augmenter le nombre d’emplois fonctionnels, a-t-elle indiqué.

Adapter les épreuves du concours

Interrogée sur le grade à accès fonctionnel (Graf), elle a reconnu que c’était un « enjeu » pour les DS mais a observé que, compte tenu de la faible ancienneté des emplois fonctionnels du corps, il ne pouvait pas être mis en oeuvre aujourd’hui car il n’y avait pas encore de « vivier » pour le nourrir. Sur le manque d’attractivité du corps des DS qui a maintenant 40 ans, « oui, il y a un sujet évident », a noté la représentante de la DGOS en évoquant la diminution des effectifs et les difficultés de remplacement. Pour elle, le travail sur ce sujet doit être mené « indépendamment du statutaire » avec l’AFDS mais aussi avec les organisations syndicales représentatives des corps de direction.
« C’est un corps âgé » car « c’est une troisième carrière » et les DS ont en moyenne 56 ans. Elle a déploré que cette année, le concours ne permettra vraisemblablement pas de pourvoir les 55 postes ouverts car il n’y a que 55 candidats admissibles et que le nombre d’admis sera a priori plus faible. A court terme, la DGOS propose une réflexion sur la révision des épreuves du concours, aujourd’hui « très académiques » (épreuves écrites, grand oral, projet), alors que les candidats sont des professionnels « ancrés dans le soin ». Elle appelle à concevoir des épreuves plus en lien avec l’expérience professionnelle des DS.

Deuxième carière plutôt que troisième ?

Michèle Lenoir-Salfati suggère également de réfléchir à l’accès au concours. Les candidats doivent actuellement avoir effectué cinq années comme cadre de santé mais dans la réalité, très peu de cadres de santé passent le concours. Ce sont quasiment toujours des professionnels de 45/50 ans, cadres supérieurs depuis 10 à 15 ans. « Est-ce que ce qui est aujourd’hui une troisième carrière pourrait devenir une deuxième carrière ? », s’est-elle interrogée. « Pourquoi devrait-on attendre 45 ou 50 ans » pour être DS alors qu’il y a des directeurs d’hôpital qui ont 30 ans, a-t-elle ajouté en ne préconisant pas pour autant de devenir DS dès 30 ans car il faut maîtriser les soins. Michèle Lenoir-Salfati a remarqué qu’à 35 ans, on peut plutôt être tenté par une carrière de DS sans forcément avoir à passer par le « cursus honorum » (cadre, cadre supérieur, cadre paramédical, DS). Les futurs infirmiers en pratique avancée, prévus dans le projet de loi de santé, pourraient aussi vouloir devenir DS, a-t-elle suggéré.

Repérer les cadres ayant de vrais talents de managers

Elle a mis en avant les difficultés pour des professionnels de 45/50 ans de préparer un concours et partir un an à l’école. Si la formation avait lieu plus tôt dans la carrière, cela se ferait « dans un continuum d’étude et de cursus » et permettrait de concilier plus facilement la vie professionnelle et la vie privée, a-t-elle noté. Elle a également avancé comme piste de réflexion le « repérage », par les DS déjà en poste, des cadres ou faisant fonction de cadres qui ont une « véritable appétence » pour la fonction de DS et de « vrais talents en termes de management » puis leur accompagnement. Aucune solution n’est « préemptée », le travail s’engage, a insisté la représentante de la DGOS, en espérant inscrire à nouveau le corps des DS dans un « parcours dynamique ». Elle estime qu’il n’est pas possible d’aller, à ce jour, plus loin que les pistes énoncées car la réforme statutaire est récente.

Une rencontre sur les pistes de réflexion devrait être organisée rapidement avec l’AFDS. La concertation plus générale avec les organisations syndicales doit reprendre mercredi notamment sur l’organisation des corps de direction par rapport à la création des GHT et la démographie.

© 2004-2015 APM-International - Tous droits réservés. Les données sont la propriété de APM International. Toute copie, republication ou redistribution des données APM Santé, notamment via la mise en antémémoire, l’encadrement ou des moyens similaires, est expressément interdite sans l’accord préalable écrit de APM. APM ne sera pas responsable des erreurs ou des retards dans les données ou de toutes actions entreprises en fonction de celles-ci ou toutes décisions prises sur la base du service. APM et le logo APM International, sont des marques d’APM International dans le monde. Pour de plus amples informations sur les autres services d’APM, veuillez consulter le site Web public d’APM à l’adresse http://www.apmnews.com/


Partager cet article

Vous recrutez ?

Publiez vos annonces, et consultez la cvthèque du site EMPLOI Soignant : des milliers de profils de soignants partout en France.

En savoir plus