Les infirmiers fortement mobilisés le 8 novembre

mercredi 9 novembre 2016, par APM-International

Ils étaient 10 000 selon les syndicats, ou 3 500 selon la police, les infirmiers venus manifester à Paris pour dénoncer leurs conditions de travail ce 8 novembre 2016. Avec un taux de participation significatif, ils ont terminé leur parcours revendicatif sous les fenêtres du Ministère qui a aussitôt présenté des propositions jugées insuffisantes par les syndicats.

Appelés à la mobilisation par trois syndicats de la fonction publique hospitalière et par 17 organisations infirmières, plusieurs milliers de manifestants ont défilé le 8 novembre 2016 à Paris, entre la gare Montparnasse et le Ministère de la santé, pour dénoncer restrictions budgétaires et dégradations des conditions de travail.

10 000 manifestants selon Thierry Amouroux, 3 500 selon la police

Selon la préfecture de police de Paris, contactée dans l’après-midi par l’APM, les manifestants étaient au total 3.500 -dont 800 salariés de l’Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP) et de quelques établissements sanitaires et médico-sociaux franciliens-, et 2.700 infirmiers. Le secrétaire général du Syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI CFE-CGC), Thierry Amouroux, a pour sa part indiqué à l’APM que les manifestants infirmiers étaient « 10.000 à Paris ». Trois syndicats de la fonction publique hospitalière, la CGT, FO et SUD santé sociaux, avaient appelé le 7 octobre à une journée d’action le lendemain, pour dénoncer « la dégradation des conditions de fonctionnement des établissements » et réclamer « l’octroi des moyens budgétaires » pour les établissements sanitaires et médico-sociaux, rappelle-t-on.

Un taux de participation autour de 14,6% chez les infirmiers

En parallèle, 17 organismes de la profession infirmière, ayant fait « le choix de s’unir pour dénoncer d’une même voix le mépris et le manque de reconnaissance dont la filière infirmière est victime », appelaient à se mobiliser le même jour. Un rassemblement infirmier unitaire - réunissant syndicats d’infirmiers hospitaliers, libéraux, et de l’éducation nationale, associations ou comités représentant les spécialités, les libéraux et les étudiants - inédit depuis 1988. A 18 heures (et pour la journée entière), le taux de mobilisation de l’ensemble des personnels hospitaliers appelés à la grève était de 9,6% (y compris les personnels assignés), contre 8% le matin, selon les chiffres transmis à l’APM par le Ministère en fin de journée. S’agissant des personnels infirmiers, cette mobilisation était de 14,6%, a-t-il précisé.

La réponse du Ministère jugée insuffisante

Scindés en deux cortèges distincts dans la capitale, salariés de l’AP-HP et infirmiers se sont rejoints à la mi-journée devant le siège du ministère de la santé. L’intersyndicale CGT, FO et SUD santé sociaux, puis les représentants du collectif infirmier, ont été, tour à tour, reçus par la direction générale de l’offre de soins (DGOS). Le ministère des affaires sociales et de la santé a promis, en réponse au mouvement des infirmiers, une série de mesures dont l’extension de leurs compétences vaccinales et la finalisation de la réingénierie des formations d’infimier de bloc (Ibode) et de puéricultrice. Des représentants de l’intersyndicale sont pour leur part très déçus des réponses apportées par le ministère.

« Infirmiers méprisés, patients en danger ! »

« #Soigne et tais-toi, on n’a pas signé pour ça ! », « Infirmiers méprisés, patients en danger », ont scandé haut et fort les manifestants, ayant pour certains revêtu leur blouse, voire leur masque, leur charlotte et leurs chaussons. Soignante dans un établissement regroupant unité de soins de longue durée (USLD) et EHPAD dans les Hauts-de-Seine, et membre de la commission exécutive fédérale de la CGT santé action sociale, Malika Belarbi évoque « la souffrance au travail des professionnels soignants, cassés physiquement et psychiquement ». « Une collègue infirmière vient de m’envoyer un texto : elle était seule ce matin avec deux aides-soignantes, pour 37 patients à l’USLD. Elle a craqué, pleuré. Jusqu’à ce que la cadre de santé ne consente à changer le planning d’une aide-soignante venue les seconder, en faisant fonction d’ASH ».

« Le Ministère nous impose une polyvalence forcée »

Diplômée depuis 17 ans, et infirmière en réanimation à l’hôpital Necker (Paris, AP-HP) depuis 12 ans, Céline, dont c’était « la première manifestation », a souligné auprès de l’APM combien être présente lui était apparu « comme une évidence, au vu des conditions de travail de plus en plus difficiles ». « Et encore, nous sommes, dans notre service, bien mieux lotis que nombre de nos collègues ». « Qui plus est, le ministère ne met plus en avant les compétences infirmières mais nous impose une polyvalence forcée, afin de compenser, un jour ici le lendemain ailleurs, le manque d’effectifs », a-t-elle ajouté. Sa collègue Véronique, en poste en réanimation depuis 10 ans, opine. « J’ai 135 jours de repos, qui me sont dus, mais que je ne peux jamais prendre ». « Autre point dramatique : nous ne sommes plus en capacité de former les jeunes stagiaires infirmiers de façon convenable. Par manque d’effectifs, parce que nous courons tout le temps, la qualité n’y est plus. Et les jeunes le sentent.... Ils sont de plus en plus nombreux, tout juste diplômés, à craquer et parfois à songer à changer de métier », ajoute-t-elle.

« On pressure les soignants »

« Nous manifestons aujourd’hui pour dire notre ras-le-bol, et réclamer un peu de reconnaissance. Et celle-ci n’est pas uniquement salariale », résume Amélie, jeune infirmière libérale qui exerçait jusque récemment en Bretagne, venue battre le pavé avec un petit groupe d’amies mêlant infirmières, sages-femmes, aides-soignantes et assistance sociale. « Hospitaliers, libéraux, étudiants, Ibode, Iade... Nous sommes tous unis, car tous en souffrance. Restrictions budgétaires, manque de personnels, augmentation de l’activité, cadences infernales... Les griefs sont nombreux. La coupe est pleine. On pressure les soignants. Et ce sont les patients qui trinquent. »

Les étudiants doutent déjà...

Eléonore, Laura et Justine, étudiantes en troisième année dans un IFSI en Essonne, venues avec une cinquantaine de camarades de promotion, sont venues dire leur « quasi-effarement », né de leurs premières expériences en tant que stagiaires : « Tout manque dans les services de soins, le personnel, comme le matériel. La reconnaissance aussi. Nous ne sommes même pas en poste que déjà nous doutons : quel temps allons-nous pouvoir consacrer aux patients ? Où est passé notre travail ? ».

Selon Thierry Amouroux, les infirmiers étaient 250 à manifester à Rennes, 800 à Bordeaux, 1.000 à Strasbourg, 400 à Marseille, 900 à Clermont-Ferrand et 600 à Montpellier.

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