Les acteurs de la Silver économie demandent un pack technologique

jeudi 27 juin 2019, par Bruno Benque

Les structures médico-sociales sont les parents pauvres de l’innovation numérique. Dans leur rapport a hoc, qui sera remis au ministère et au parlement à la fin du mois de juin, Jean-Pierre Aquino et Marc Bourquin font un constat sans appel de la situation et propose que tous les établissements de la Silver économie soient équipés d’un pack technologique commun. Mais le plan de financement de ce projet semble quelque peu surdimensionné.

Si les établissements hospitaliers progressent, tant bien que mal, dans leurs stratégies de développement de leurs systèmes d’information, il semble que les structures médico-sociales accusent un certain retard.

La révolution technoscientifique peine à rencontrer la démographique

C’est la raison pour laquelle le Conseil National de la Silver Economie a demandé à Jean-Pierre Aquino, médecin gériatre et secrétaire général de la Société Française de Gériatrie et de Gérontologie, ainsi qu’à Marc Bourquin, conseiller technique à la Fédération Hospitalière de France, de se pencher sur les innovations numériques et technologiques dans les établissements et services pour personnes âgées. Ces derniers ont alors parcouru le territoire, à la rencontre de 21 experts du domaine et professionnels de santé aguerris aux usages numériques. Le résultat de ces consultations a été recueilli dans un rapport qu’ils ont présenté au Conseil National de la Silver Economie le 20 juin 2019. Leur constat est sans appel : « La révolution technoscientifique peine à rencontrer la révolution démographique ».

L’usage pertinent du numérique rapproche résidents et patients

Cette situation est, pour eux, le résultat de trois éléments majeurs. Elle est liée tout d’abord à du « techno-scepticisme » des acteurs, et de la population en général, vis à vis de l’outil numérique, soupçonné de déshumaniser l’accompagnement de la fragilité ou de la perte d’autonomie. Les auteurs du rapport s’inscrivent en faux devant cette contre-vérité et affirment au contraire que leurs usages pertinents sont à même de rapprocher les résidents des soignants. Ils écorchent ensuite les tutelles à qui ils reprochent un manque de politiques publiques pour promouvoir les innovations technologiques et mettent en lumière la frilosité des financeurs pour le développement industriel de solutions créées par les start-up.

Considérer les personnes âgées et l’encadrement des EHPAD avec plus de bienveillance

Le travail d’investigation de Jean-Pierre Aquino et Marc Bourquin leur a permis de dresser un constat en sept points, à partir duquel doivent s’engager des actions pour faciliter la mise en œuvre des innovations numériques. Ils souhaitent tout d’abord partir des besoins identifiés, comme la prévention, la sécurité, la mobilité et l’accessibilité, ainsi que le renforcement du lien social, et non pas de l’offre. Ils souhaitent que soient proposées aux professionnels des outils efficaces et ergonomiques et promouvoir leurs usages auprès des personnes âgées. Sur un plan plus général, ils aspirent à ce que le grand public et les observateurs considèrent avec plus de bienveillance les personnes âgées dans leur ensemble, ainsi que l’action des personnels d’encadrement des structures d’hébergement.

Du côté des professionnels encore, ils ont identifié une différence d’appréciation de l’outil numérique, tantôt levier d’attractivité, tantôt générateur de risques sur la qualité et la quantité d’emplois. Ils constatent également qu’un fossé entre concepteurs et utilisateurs peut poser un problème d’acculturation, alors que si les personnes âgées sont accompagnées elles en perçoivent le bénéfice dans leur quotidien.Enfin, leur dernier constat déplore l’absence de stratégie dédiée aux nouvelles technologies dans les établissements et les services.

Un pack technologique pour toutes les structures médico-sociales

Pour eux, la solution est simple. Elle consiste en la mise en place d’un « pack technologique » dans les EHPAD, USLD, Résidences autonomie, Résidences Séniors et services d’aide à domicile. Son socle commun comprendrait des outils domotiques pour maintenir l’autonomie, des dispositifs de détection électronique des chutes et de géolocalisation, des outils de traçabilité et d’accès effectifs aux soins, parmi lesquels des dossiers patients informatisés et interopérables, des verres connectés pour lutter contre la déshydratation ou des piluliers connectés pour assurer l’observance, ainsi que des outils favorisant le lien social et luttant contre l’isolement et les troubles cognitifs sous formes de robots sociaux, serious games ou réalité virtuelle.

Un plan de financement surdimensionné ?

Mais qui dit politique d’innovation technologique de grande ampleur, dit obligatoirement campagne de financement à l’échelle du projet. Et sur ce point, les auteurs du rapport n’y vont pas de main morte. Ils évaluent le coût de l’opération à 5.000€ par place, soit 3,5 milliards d’euros sur les 10 ans à venir. Cette somme pourrait provenir, selon eux, d’un investissement massif subventionné à 50%, soit 175 millions d’€ par an provenant du PLFSS, de la CNSA ou des Conférences des Financeurs. Le budget de fonctionnement des établissements et services pourrait, dans le même temps, être abondé à hauteur de 600 millions d’euros pour la création d’un poste de référent « technologie » partagé entre opérateurs à raison de 0,5 ETP pour 100 lits ou places, soit un coût de 170 millions d’euros pour l’ensemble des Ehpad, Usld, Ssiad. Ils proposent enfin d’intégrer progressivement des amortissements d’équipements dans les tarifs à hauteur de 625€ par an, soit un renforcement du forfait soins de 430 millions d’€.

Jean-Pierre Aquino et Marc Bourquin remettront leur rapport complet à la Ministre des Solidarités et de la Santé ainsi qu’aux députés et sénateurs intéressés par cette thématique avant la fin du mois de juin. Si leur projet semble tout à fait pertinent et susceptible d’améliorer les conditions de vie des résidents ainsi que la qualité de vie au travail des professionnels, nul doute que la facture risque d’être qualifiée de salée...

Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com
@bbenk34


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