Le cadre de santé, gestionnaire d’injonctions paradoxales

lundi 4 avril 2016, par Bruno Benque

C’est à un dialogue avec l’assistance qu’a convié David Gruson les professionnels présent à la conférence d’ouverture des Rencontres annuelles FHF des cadres le 31 mars 2016. Il a pu ainsi répondre de manière pragmatique et souvent rassurante aux interrogations des acteurs de terrain, sur des sujets tournant souvent autour de la territorialité, du virage ambulatoire et de l’exercice en EHPAD notamment.

En ouverture de la Journée organisée le 31 mars 2016 par la Fédération Hospitalière de France (FHF) et consacrée aux cadres de santé, David Gruson a fait une intervention remarquée, tant sur la forme que sur le fond.

Une volonté de prendre en compte les retours de terrain

Sur la forme d’abord, car plus qu’un discours formalisé risquant de donner une impression de formuler des propos politiquement correct et déjà entendus, le Délégué général FHF a pris le parti de proposer un échange avec les cadres ayant garni copieusement l’amphithéâtre de l’ESCP Europe. Sur le fond également, car cette configuration l’a conduit à traiter des sujets qui n’auraient peut-être pas eu droit de cité lors d’un événement de ce type. David Gruson a, en préambule, rappelé que, dans le même esprit, il avait entrepris un tour de France en compagnie de Frédéric Valletoux, Président de la FHF, pour obtenir un retour de terrain des professionnels de santé sur leur lieu d’exercice, notamment des cadres de santé.

Une fonction de « gestionnaire d’injonctions paradoxales »

Il a affirmé également s’inspirer du rapport De Cingly et des propositions formulées dans ce document pour mener une réflexion sur l’évolution du métier de cadre de santé hospitaliers qui, selon lui, est une fonction de « gestionnaire d’injonctions paradoxales ». Un expression qui illustre bien les tensions que sont susceptibles de provoquer la nécessité d’assurer aux patients une continuité des soins de qualité dans un contexte économique toujours plus restreint, ou la position centrale de cette fonction entre une hiérarchie hospitalière pressante, un corps médicale pas toujours conciliant et des patients toujours plus exigeants.

Des postes repositionnés pour répondre aux besoins des GHT ?

Après un début timide, les questions émanant de l’assistance ont commencé à fuser, David Grison tentant de répondre à chacune d’elles de façon pragmatique et souvent rassurante, preuve de sa connaissance aigüe du métier et du contexte d’exercice dans l’environnement hospitalier. C’est ainsi que, lorsqu’a été abordé la question de la baisse des effectifs de cadre de santé dans les établissements de santé, il a d’abord essayé de minimiser, en affirmant qu’il n’y avait pas de raison qu’il en soit ainsi, puis a fait un peu de prospective en prévoyant quelques repositionnements de postes afin de trouver un point d’équilibre à l’occasion de la mise en place des Groupements Hospitaliers de Territoires (GHT).

Le cadre ne doit pas être une variable d’ajustement économique en EHPAD

Une cadre exerçant en EHPAD a ensuite témoigné des difficultés rencontrées par ses pairs devant le nombre de résidents de plus en plus nombreux à prendre en charge pour une seule personne. Dans sa structure, comme dans beaucoup d’autres, des postes de managers sont supprimés pour réaliser des économies. David Gruson a reconnu que le modèle économique des EHPAD avait atteint ses limites, le volet hébergement posant des problèmes récurrents quant à son financement. Mais il a affirmé que, souvent, une mauvaise gestion était à l’origine des difficultés des EHPAD et s’est montré attentif à ce que le cadre de santé ne soit pas considéré comme une variable d’ajustement dans ce contexte.

Virage ambulatoire et territorialité

Il a enfin, entre autres sujets, été interpellé sur le problème de l’isolement de certains cadres. Ce thème a ouvert le débat vers des problématiques actuelles mêlant notamment la territorialité et le virage ambulatoire. Il a évoqué la nécessaire interaction qui doit se mettre en place au sein des établissements, mais aussi à l’échelle des région et de la FHF. Assurant que le développement de l’ambulatoire n’entrainerait pas, selon la Ministre de la Santé, de fermeture de lits - ce qui reste à prouver -, il a affirmé que les GHT replaceraient la fonction de cadre dans la territorialité pour la faire sans doute évoluer vers une gestion des parcours de soins, par une ouverture sur la ville, afin que soient mieux appréhendés les prises en charge en amont et en aval de l’hospitalisation ambulatoire.

La posture et les propos de Davis Gruson lors de son intervention à la Journée FHF des cadres avaient donc pour objectif de rassurer ces derniers. Il y a, semble-t-il, réussi en partie, car les évolutions annoncées, notamment sur le thème des GHT, reportées de six mois, voire jusqu’à l’élection présidentielle, restent encore floues.

Bruno Benque
Rédacteur en chef cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com


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