La pédiatrie française a besoin de puériculteurs avancés

mardi 25 janvier 2022, par Bruno Benque

La pénurie de pédiatres en France et les besoins énormes qu’engendre cette spécialité médicale aux multiples facettes font des infirmiers puériculteurs un maillon fort de l’organisation de la prise en charge des jeunes patients. L’IGAS y fait d’ailleurs allusion dans son dernier rapport, en préconisant des évolutions pour la formation de ces professionnels, ainsi qu’un accès à la pratique avancée. Les organisations représentatives saluent ces annonces dans un communiqué, en demandant une participation active dans les travaux à venir. Des travaux prévus pour la période post-électorale présidentielle...

S’il est un domaine où les problèmes de démographie médicale sont très prégnants, c’est bien celui de la prise en charge de l’enfance.

Une spécialité aux multiples déterminants

Nous sommes confrontés en effet, depuis plusieurs années, à une pénurie de pédiatres, phénomène que les médecins généralistes ne peuvent pas toujours endiguer. Car cette spécialité est assez singulière, qui ne s’attache pas à analyser un organe ou un système physiologique, mais plutôt à prendre en charge une multitude de déterminants appliqués à une tranche d’âge spécifique et touchant à la fois les maladies bien sûr, mais également le développement physique et intellectuel, la psychologie, voire le rapport à l’environnement. Et la pénurie de praticiens est difficilement explicable, outre le fait qu’elle n’a pas beaucoup de popularité chez les internes, peut-être à cause du niveau de responsabilités maximal qui l’accompagne en pratique.

La pratique avancée des puéricultrices fait consensus

Dans ce secteur en particulier, la pratique avancée infirmière pourrait rendre de sérieux services. Les infirmiers puériculteurs (IPDE) pourraient y avoir accès au travers d’un nouveau domaine d’intervention et d’une formation dédiée, l’IPA en pédiatrie. Ses prérogatives se placeraient sur le champ du diagnostic et du traitement de problèmes fréquents, de la promotion de la santé, du conseil parental, du dépistage et de la prévention, voire de la coordination de la prise en charge pour les maladies ou handicaps complexes et chroniques, notamment. Les médecins, qui sont souvent très frileux dans l’acceptation de céder une partie de leurs compétences aux paramédicaux, sont dans ce domaine plus compréhensifs. Dans un récent article paru dans « Le Quotidien du Médecin », ils reconnaissent que pour maintenir un niveau élevé de compétence dans la prise en charge de la santé de l’enfant, former plus de puéricultrices et introduire des puéricultrices de pratique avancée devient une évidence.

Les organisations représentatives des IPDE saluent le dernier rapport IGAS

Ces besoins pressants sont également décrits dans le dernier rapport IGAS « Trajectoires pour de nouveaux partages de compétences entre professionnels de santé », en amont duquel une réunion d’information avait eu lieu au Ministère, en présence des représentants des Infirmièr(e)s Puéricultrices(teurs) Diplômées d’Etat (IPDE), issus de l’ANPDE [1], du CEEPAME [2], du CIP [3], du CJSIP [4] et de la SoRIP [5]. Ce document émet quelques recommandations d’évolutions, comme la réingénierie de la formation en deux ans, un grade Master et une nomenclature d’actes pour favoriser le développement des infirmières puéricultrices en ville.

Organiser rapidement les conditions d’évolution de la formation IPDE

Mais le Ministre Olivier Véran va plus loin et souhaite que des compétences à caractère médical soient identifiées et intégrées dans un référentiel de compétences actualisé, ouvrant la voie à d’authentiques pratiques avancées pour les IPDE. Une démarche que les responsable des associations et syndicats pré-cités ont salué, dans un communiqué du 24 janvier 2022. Ils relèvent les avancées significatives que pourraient engendrer une évolution du référentiel de formation, qui inclurait des unités d’enseignement en sémiologie clinique articulée avec le Diplôme d’Études Spécialisées (DES) de pédiatrie notamment. La formalisation de la présence des IPDE dans l’offre de soins de ville, annoncée par le Ministre et sensée apporter une réponse à la désertification médicale et garantir une offre de service complémentaire en matière de santé sur les territoires, est également saluée chaleureusement par les acteurs concernés.

Des travaux annoncés pour la période post-électorale présidentielle

Ces décisions entrent dans le cadre de la « feuille de route pédiatrie » lancée par le Ministère pour améliorer l’offre de soins aux enfants et leur famille. Les organisations représentatives des 22 000 IPDE en France attendent maintenant la concrétisation de cette feuille de route et demandent à être associées à ces travaux. Lesquels sont annoncés pour le second semestre 2022, autrement dit après les élections présidentielles. Espérons que ces promesses seront tenues. Bien des projets ont, dans un passé récent, été rangés au placard après une échéance électorale de ce type.Mais les besoins sont là, ils ont un caractère d’urgence que nul ne peut discuter et nous n’imaginons pause instant que les mesures annoncées ne soient pas mises en œuvre rapidement.

Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com
@bbenk34


[1ANPDE : Association Nationale des Puéricultrices et des Étudiants

[2CEEPAME :Comité d’Entente des Écoles Préparant Aux Métiers de l’Enfance

[3CIP : Collège des Infirmièr(e)s Puéricultrices(teurs)

[4CJSIP : Collectif « Je Suis Infirmière Puéricultrice »

[5SoRiP : Société de Recherche des Infirmières Puéricultrices


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