La démographie des professions de Santé faussée par des méthodes de comptage incohérentes

mercredi 1er juillet 2020, par Bruno Benque

La démographie des professionnels de Santé, dont les données viennent d’être mises en ligne par la DREES, ne reflète pas totalement la réalité du terrain. Si les métiers enregistrés dans le Répertoire Partagé des Professions de Santé ou les infirmiers font l’objet d’un suivi cohérent, les autres métiers ne sont pas logés à la même enseigne. Explications...

La Direction de la Recherche, des Études, de l’Évaluation et des Statistiques vient de publier les chiffres relatifs à la démographie des professionnels de Santé.

Des données issues de répertoires différents

Cette étude exhaustive sur le nombre des professionnels médicaux et paramédicaux en exercice, leur répartition régionale, leur mode d’exercice ou leur tranche d’âge, donne une vue globale de l’évolution de certaines spécialités ou filières. Elle permet ainsi d’identifier les disparités régionales et d’en déduire les déserts médicaux, par exemple, ou de déterminer quelles sont les professions en tension ou vieillissantes. Mais ces données sont toutefois faussées car elles ne proviennent pas d’un répertoire identique, les professions de Santé ne répondant pas toutes aux mêmes contraintes en termes de statut ou d’enregistrement d’activité.

Les ordres professionnels favorisent la cohérence des chiffres

Ainsi, le Répertoire Partagé des Professionnels de Santé (RPPS), qui a pour objectifs principaux de simplifier les démarches administratives de professionnels de santé, de disposer d’un outil fédérateur pour le suivi de leur démographie et de créer un système d’échange permettant le partage des informations entre les acteurs du domaine de la santé, liste les professions médicales, de même que les sages-femmes, les infirmiers ou les masseurs-kinésithérapeutes. Les Ordres professionnels jouent ici le rôle de guichet principal pour les professionnels inscrits au tableau, tout comme le Service de Santé des Armées pour les militaires et l’État pour les fonctionnaires.

Un répertoire ADELI porteur de données insuffisamment mises à jour

Les autres professions sont enregistrées via le répertoire ADELI, qui a été mis en place pour répondre à l’obligation d’enregistrement des diplômes des professionnels de santé par les services de l’État conformément au code de la santé publique. Ce répertoire a également été institué pour pouvoir disposer des listes règlementaires des personnes exerçant dans chaque département. Mais, si l’inscription est obligatoire légalement, les professionnels de santé ne sont pas réellement incités à se désinscrire lorsqu’ils cessent leur activité temporairement ou définitivement, notamment lors des départs en retraite. L’inscription étant gratuite, contrairement au RPPS, les agents ne font pas toujours l’effort de se désinscrire. A l’inverse, les nouveaux professionnels tardent parfois à faire enregistrer leur diplôme au répertoire ADELI.

Les cadres de santé de toutes filières englobés dans les effectifs infirmiers

Ces différences se font sentir au moment de faire les compte et d’évaluer les effectifs disponibles pour la prise en charge des populations. Toutefois, les données relatives au nombre d’infirmiers en exercice, même si ces derniers apparaissent dans le répertoire ADELI et si les données diffusées par la DREES englobent dans les infirmiers les cadres de santé, toutes filières confondues, semblent relativement cohérentes. Les inscriptions obligatoires à l’ordre y sont certainement pour beaucoup. On y distingue une population jeune, une majorité des IDE entrant dans la tranche 30 - 39 ans, avec des spécialités puéricultrice et IADE plus fournies que les autres spécialités.

Les retraités MERM considérés comme toujours en exercice !

Les statistiques des autres professions issues du répertoire ADELI sont, à l’inverse à prendre avec précaution. En effet, les données concernant les effectifs de techniciens de laboratoire font état, en 2020, de 17% de plus de 60 ans, un taux qui monte à plus de 26% pour les manipulateurs d’électroradiologie médicale (MERM) ! Ce qui, bien évidemment, ne reflète pas la réalité du terrain et qui fausse de façon significative les évaluations relatives aux effectifs en exercice. Les services d’imagerie se plaignent en effet d’une pénurie grandissante pour cette filière, ce que les tutelles n’entendent pas vraiment à la vue des statistiques.

Les Agences Régionales de Santé (ARS), qui ont en charge l’enregistrement des professionnels apparaissant dans le répertoire ADELI, devraient s’emparer de ce problème et trouver un moyen de comptage plus pertinent afin de mettre à disposition du Ministère des données plus en rapport avec la vraie vie.

Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com
@bbenk34


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