L’IA, thème phare des prochaines journées de l’AFIB

lundi 5 août 2019, par Bruno Benque

En amont des 24èmes Journées de l’Association Française des Ingénieurs Biomédicaux (AFIB), se tiendront du 1er au 3 octobre 2019 à Reims, nous avons rencontré la Présidente Geneviève Gaschard, pour un entretien sur l’évolution de cette profession. Les GHT, la robotique, l’intelligence artificielle ou les relations internationales font partie des thèmes abordés.

Cadredesanté.com : Comment se porte le monde de l’ingénierie biomédicale depuis notre dernière interview ?

Geneviève Gaschard : Le métier d’Ingénieur BioMédical (IBM) se porte assez bien, porté par les nombreuses innovations qui apparaissent dans notre domaine de compétences et par les changements qu’elles induisent. Le nombre d’équipements a été multiplié par deux en dix ans au sein des services médico-techniques et l’avènement des Groupements Hospitaliers de Territoires (GHT) modifie significativement les organisations.

CDS.com : Justement, vous annonciez, il y a deux ans, que les GHT représentaient une opportunité pour les ingénieurs biomédicaux. Cela s’est-il vérifié ?

G.G. : Oui, mais de façons différenciées. Cela dépend notamment du niveau de maturité globale de chaque GHT et de l’état d’avancée des projets médico-soignants qui impactent l’ensemble des activités hospitalières. On rencontre alors des problèmes lorsque des établissements supports d’importance phagocytent les petits établissements de leur territoire sans mettre en place une véritable intégration. Mais à l’inverse, le GHT est une chance pour certains des hôpitaux en difficulté qui, grâce à la puissance et aux moyens de l’établissement support, voient leur situation médicale et économique s’améliorer, peuvent développer des partenariats et rétablir des activités qui, auparavant, étaient en difficulté. L’ingénierie biomédicale est à l’image de ces différentes tendances, avec des équipes intégrées à certains endroits et des équilibres à trouver dans d’autres. Dans tous les cas, le marché du travail, pour notre fonction, n’est pas impacté par les GHT.

CDS.com : Vous évoquiez à l’instant l’innovation. La chirurgie robotique en fait partie mais il semble qu’elle n’apporte pas les bénéfices escomptés, notamment en terme médico-économique.

G.G. : Il est vrai que le robot qui est le plus diffusé sur le marché est très discuté, notamment par la CPAM, car son retour sur investissement n’est pas vraiment objectivé. Certaines activités chirurgicales, notamment en urologie, engendrent un tarif, et donc un remboursement, inférieur au coût réel de l’acte. D’autre part, cette discipline souffre d’un manque de publications dans la littérature scientifique objectivant la valeur médicale ajoutée. J’ajoute que ces dispositifs lourds ne font pas l’objet de réglementation quant à leur autorisation d’installation, comme c’est le cas de certaines modalités d’imagerie par exemple.

CDS.com : L’Association Française des Ingénieurs Biomédicaux (AFIB) est très active dans le suivi technologique et réglementaire des activités médico-techniques. Elle comporte également une Commission internationale. Quelles sont ses attributions ?

G.G. : La Commission internationale AFIB est toute jeune et se met en place progressivement. L’idée est de rassembler les associations européennes afin de confronter nos pratiques, en lien avec les environnements nationaux. Les réglementations, les organisations hospitalière et les pratiques médicales varient d’un pays à l’autre et il est toujours intéressant d’échanger sur ce qui se fait ailleurs pour progresser en local. Le Canada est d’ailleurs très avancé en termes de regroupements hospitaliers ou de recherche biomédicale. Nous avons beaucoup à en apprendre de nos collègues internationaux

CDS.com : Les 24èmes Journées de l’AFIB se tiendront du 1er au 3 octobre 2019 à Reims, avec un fil rouge sur l’intelligence artificielle (IA) pour la session plénière. Quelles sont les applications majeures de l’IA dans les activités biomédicales ?

G.G. : En fait, l’IA existe depuis longtemps dans notre secteur. Mais la puissance des serveurs informatiques a tellement progressé que les systèmes de calcul sont capables de réaliser des analyses de plus en plus complexes, avec des logarithmes de deep learning qui s’autorégulent. Apparaissent dès lors des outils d’aide au diagnostic très sophistiqués aux capacités équivalentes, voire supérieures à l’expertise humaine. Ses applications se concentrent aujourd’hui en imagerie médicale, bien évidemment, mais aussi en dermatologie, en biologie ou en radiothérapie, etc... Mais il faut voir l’IA de manière plus globale, car elle pourra, à terme, fluidifier le parcours du patient ou évaluer la formation des jeunes chirurgiens par exemple, et au final impacter la prise en charge des patients et les pratiques médicales et paramédicales.

CDS.com : Quels seront les moments phares de la session plénière consacrée à l’IA ?

G.G. : Nous reviendrons justement sur toutes les implications philosophiques et sociétales de ces nouveaux outils. Des acteurs venus de divers horizons viendront nous parler également de l’éthique que l’on doit attacher à cette évolution, mais également de son impact économique. Sans compter, bien sûr sur ses applications spécifiques aux activités biomédicales, sur le plan technique et médical.

CDS.com : Pour finir, combien de participants attendez-vous pour cet événement ?

G.G. : Nous devrions accueillir quelques 260 personnes, principalement des ingénieurs biomédicaux, mais aussi des directeurs d’établissements ou directeurs de soins, sans compter les nombreux industriels qui nous accompagnent. J’ajoute que nous favorisons la participation des jeunes start-up qui peuvent exposer sur un stand au sein d’un espace dédié, ainsi que des étudiants IBM, en leur donnant accès gratuitement au congrès – hormis les repas – afin qu’ils se familiarisent avec leur nouvel environnement et qu’ils complètent leur formation. L’AFIB permet à certains d’entre eux, en outre, d’accéder à leurs stages de trois mois en secteur hospitalier, en les rémunérant à la place de l’établissement, en échange de l’élaboration d’une étude ciblée sur la pratique biomédicale. C’est notre manière de promouvoir leur formation et de faire avancer la recherche dans notre domaine.

Propos recueillis par Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com
@bbenk34


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