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L’hôpital de demain : vers une reconfiguration des espaces ?

mercredi 9 juillet 2014, par Valérie Hedef-Capelle

D’un lieu de séjour, l’hôpital devient un lieu de passage. Quelle configuration aura-t-il dans les décennies à venir ? Sera-t-il une « machine à soigner » ou un « espace de soin convivial ? » À l’occasion des 54es Journées d’études et de formation des ingénieurs hospitaliers de France (IHF) qui ont réuni mi-juin à Toulouse-Labège près de 400 participants, réflexion sur l’architecture hospitalière au carrefour de la fonctionnalité, de la perception de l’environnement et de la valeur d’usage.

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L’hôpital est souvent perçu comme un lieu froid, angoissant, déshumanisé. Certes, cette perception anxiogène et négative est due pour une part à la nature même de cet espace où la maladie, la souffrance et la mort s’y côtoient au détour des couloirs, générant chez chacun de nous des sentiments d’angoisse, de peur, de stress. Mais cela n’explique pas tout, et surtout pas que cette perception ne soit pas davantage prise en compte dans l’architecture hospitalière. « La structure organisationnelle et fonctionnelle même de l’hôpital, ainsi que les surfaces développées, l’obsession du ratio SDO/SU [1] particulièrement contraignant, conduisent souvent à des rues intérieures sans fin, à un réseau labyrinthique de distributions, un manque flagrant de lumière naturelle et de vues sur l’extérieur, des renfermements autour de patios souvent un peu glauques ainsi que des locaux exigus », a ainsi expliqué en préambule Serge Gaussin, architecte à Mulhouse lors de l’atelier 3 « Conception architecturale et technique ». À cette logique du plan « perceptible et compréhensible uniquement par les spécialistes » s’ajoutent « un choix de matériaux, de couleurs et de décorations particulièrement pauvres (notamment pour les chambres – NDLR) et l’absence de végétal sous des prétextes hygiénistes plus ou moins justifiés » a-t-il poursuivi. Sans compter les dégagements souvent encombrés d’équipements divers (chariots, lits vides voire avec patients…) qui viennent encore amplifier ce sentiment d’angoisse. Et que dire aussi de ces zones d’entrée et d’accueil très – trop ? – grandes, qui « rappellent souvent plus des espaces d’aérogares ou de grandes institutions ».

Des mutations en cours qui conduisent…

Bien évidemment, les contraintes techniques, normatives, budgétaires, ou encore la priorité donnée à la technicité des soins, justifient par là même en partie ces choix de conception-réalisation. Pour autant, « des mutations profondes sont en cours dans les traitements et la prise en charge des malades, et conduiront à une nouvelle approche de l’espace hospitalier ». Ainsi en est-il de la révolution de la chirurgie ambulatoire qui « impactera directement l’espace hospitalier », a déclaré l’architecte. En effet, dès 2016, l’objectif d’une opération sur deux réalisée en ambulatoire, sachant qu’aujourd’hui c’est le cas de 4 opérations sur 10, a été dernièrement fixé par Marisol Touraine, la ministre des Affaires sociales et de la Santé, pour permettre de générer des économies dans le cadre du Pacte de responsabilité et de solidarité. Le développement de la télémédecine comme celui de l’hospitalisation à domicile, à l’aide par exemple de la télésurveillance pour les femmes enceintes, les personnes âgées, les malades chroniques, participent aussi des nouvelles modalités de prise en charge.

En outre, la surface prise par les hébergements – souvent près des 2/3 dans les hôpitaux – devrait connaître une réduction, même si cela doit être nuancé. La chute des besoins en la matière concernera assurément l’hospitalisation en chirurgie. Mais cela s’avèrera différent – augmentation ou stagnation tout au moins – pour l’hospitalisation en service de médecine où les DMS sont plus longues (population de plus en plus âgée avec des pathologies associées). La norme actuelle d’une chambre à l’hôpital est comprise entre 32 et 38 m2 SDO/lit. « Cette norme va-t-elle croître alors que les malades seront plus lourds ? » s’est ainsi interrogé Pascal Martinet, ingénieur expert santé (Montreuil), un des intervenants de l’atelier.

Enfin, le monde médical a aussi pris conscience que l’acte technique ne garantit plus seul la qualité et l’efficacité du soin, c’est-à-dire que « de nombreuses pathologies sont étroitement liées à notre mode de vie contemporain (médecine et chirurgie par trop invasives, pharmacopée chimique excluant celle basée sur les produits naturels, alimentation industrielle, manque voire absence d’accompagnement humain dans le cadre de la prise en charge, pollution…) » a ajouté l’architecte mulhousien.

… à l’émergence d’une nouvelle approche de l’espace hospitalier

Dès lors, ces signes avant-coureurs d’une mutation de l’espace hospitalier « conduisent à une réorganisation en quatre secteurs » a suggéré Serge Gaussin, sachant qu’ « il ne faut pas oublier que tout ce que l’on fait c’est pour les patients d’abord puis les soignants ».

Premier secteur, le pôle technique qui se trouve renforcé au travers de procédures toujours plus sophistiquées et moins invasives, et avec des durées d’anesthésie fortement limitées. Cela induit « la nécessité d’un environnement humain plus accueillant et à l’écoute du patient ainsi qu’un traitement d’espaces adapté aux process thérapeutiques mais qui intègre dans le même temps un traitement plus convivial d’un lieu technique. Plus qu’auparavant, le plateau technique demeurera au cœur de l’espace hospitalier ».

Deuxième secteur, le pôle ACEA (accueil/consultations/explorations/hôpital de jour, ambulants), situé d’un côté du plateau technique, constitue une nouveauté. Surtout, « il deviendra peu à peu le secteur le plus étendu de l’hôpital (en prenant sur l’hébergement). Ce secteur devra recevoir un traitement architectural très chaleureux, accueillant, déstressant, confortable. Le traitement environnemental sera poussé, la lumière adaptée, les aménagements conviviaux ». L’ambiance « salon » sera préférée, en s’inspirant de l’architecture thermale, tout le contraire du traitement spatial actuel !

Situé de l’autre côté du plateau technique, le « résidentiel » (plutôt qu’hébergement), troisième secteur, sera organisé en trois sous-secteurs :

  • le résidentiel « chaud » comprendra l’hospitalisation sensible (réa, néonat…). « Là encore, les contraintes techniques fortes ne devront pas empêcher des traitements différentiels des chambres et des espaces collectifs » ;
  • le résidentiel « froid » (médecine, chirurgie…) sera traité dans un esprit hôtelier ;
  • le secteur « visiteurs », situé entre les deux premiers, « permettra aux familles de se retrouver, de passer une nuit à côté des êtres chers ».

« Ces deux derniers sous-secteurs pourront d’ailleurs être gérés par des acteurs hôteliers privés ou indépendants » (« hôtel hospitalier » moins cher que l’hôpital avec déjà des exemples dans les pays anglo-saxons).

Dernier secteur, les accès qui « constituent des points névralgiques et symboliques déterminants. L’entrée principale, surmontée ou adossée à l’administration, devra être un espace fonctionnel mais pas ostentatoire ou intimidant comme il l’est parfois aujourd’hui dans les grands établissements », le but étant bien sûr de limiter l’angoisse du patient. « Concernant les urgences, elles devront être abordées en deux sous-espaces : une polyclinique, sorte de maison de santé prenant en charge la bobologie, et le SAU lui-même concentré autour des urgences « chaudes ». L’infirmier d’accueil et d’orientation (IAO) pourra être positionné à l’intersection des deux sous-espaces. Plus que toute autre zone, ces derniers espaces devront être totalement réabordés dans leur conception afin de réunir efficacité et confort convivial », a terminé Serge Gaussin.

Pavillonnaires, monoblocs, compacts, les hôpitaux ont connu des approches spatiales et organisationnelles multiples au fil des deux derniers siècles. L’évolution des modes de prise en charge, associée à celle des traitements, devrait à l’avenir leur permettre d’être des espaces de soin plus conviviaux sans que cela nuise pour autant à leur mission première : prodiguer des soins de qualité dans un environnement sécurisé et le plus performant qui soit.

Valérie HEDEF

• Source : d’après l’intervention de S. Gaussin, 54es Journées d’études et de formation des ingénieurs hospitaliers de France, atelier 3, 12 juin 2014.


[1Ratio surface dans œuvre (SDO)/surface utile (SU).


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