« Inscrire l’ensemble de la filière infirmière dans un cursus LMD »

lundi 30 juin 2014, par Bernadette Fabregas

En mai dernier, se tenaient à Lille les 69e Journées nationales du Comité d’Entente des Formations Infirmières et Cadres (CEFIEC). L’occasion de faire le point avec sa nouvelle présidente, Martine Sommelette, qui nous explique son parcours, ses combats, ses attentes et les perspectives envisagées par le CEFIEC pour la formation infirmière...

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Cadre de santé - Vous venez de prendre la présidence du CEFIEC, quel a été votre parcours et avec quels engagements visez-vous de belles perspectives à venir ?

Martine Sommelette - En terme de parcours professionnel, j’ai débuté ma carrière en janvier 1976, après l’obtention du Diplôme d’Etat d’infirmier au centre hospitalier de Charleville-Mézières, en service de médecine gastro-entérologique. Après 5 années, j’ai saisi l’opportunité d’un poste vacant de « monitrice » à l’école d’infirmière (c’est ainsi que l’on disait à l’époque). Mon diplôme de cadre obtenu en 1984, j’ai poursuivi ma carrière de formatrice en IFSI et j’ai pu participer à la mise en œuvre de nombreuses réformes, tant au niveau de la formation infirmière qu’aide-soignante. J’ai enrichi mon parcours de diverses formations dont l’obtention en 1998 d’un DU en Soins palliatifs et Douleur. Puis, en 1999, j’ai réussi le concours pour le poste de directeur de l’IFSI de Charleville-Mézières et y ai développé les missions dévolues à ce poste. En 2013, j’ai validé un Master en Management des établissements, services et organisations de santé (Pôle formation du centre hospitalier Sainte-Anne à Paris et Université de Marne la Vallée).

Concernant mes engagements, depuis plusieurs années, mon implication au sein du CEFIEC, m’a permis d’appréhender le fonctionnement de l’association et de m’y investir.Tout d’abord au niveau régional, en tant que déléguée des formateurs, puis en qualité de directrice où j’ai activement participé aux comités et commissions de travail régionaux et ensuite en tant que présidente de la région Champagne-Ardenne avec la mise en place de journées régionales annuelles d’échanges et l’organisation des journées nationales du CEFIEC à Reims en 2009. Lors de mes participations aux conseils d’administration, j’ai pu apprécier les échanges entre les régions et le national, ce qui m’a conduit à postuler en tant que vice-présidente chargée de la vie associative, fonction que j’ai occupée de 2010 à 2014. Ainsi, au regard des activités liées à cette mission, je me suis inscrite dans différents projets : la gestion des journées nationales de Paris, Nevers, Clermont-Ferrand et Lille en lien avec les régions organisatrices, l’évolution du siège, de ses statuts et son déménagement, la contribution à la création du collège infirmier à la HAS, entre autres.

Les perspectives envisagées pour le CEFIEC sont nombreuses. En effet, au fil du temps, notre association est devenue un interlocuteur incontournable auprès des pouvoirs publics. Il est donc indispensable de poursuivre ce travail, initié par nos prédécesseurs, d’inscrire l’ensemble de la filière infirmière dans un cursus LMD et de construire les perspectives d’évolution de nos structures de formation. Le CEFIEC, association de structures regroupant tous les IFSI de France ainsi que les IFAS et IFCS et quelques écoles de spécialités, représente une force liée au nombre d’adhérents comprenant directeurs, formateurs, étudiants et élèves, une richesse liée à la diversité des instituts et au maillage territorial ; une dynamique professionnelle préoccupée de la qualité des soins et de la pédagogie adaptée à notre évolution professionnelle. Les axes et orientations du CEFIEC visent à renforcer ces atouts et permettre d’affirmer notre force d’action et d’influence politique afin d’être auteur et acteur de la construction de notre avenir et le défendre. Répondre à ces défis témoigne d’une vision optimiste et volontaire du CEFIEC.

"Poursuivre le travail initié par nos prédécesseurs, d’inscrire l’ensemble de la filière infirmière dans un cursus LMD et de construire les perspectives d’évolution de nos structures de formation.

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Cadre de santé - « Pédagogies innovantes et impact sur l’apprentissage » était le thème général de vos 69e Rencontres nationales à Lille. Pourquoi ce choix ? La formation des étudiants en soins infirmiers aujourd’hui en IFSI manquerait-elle de punch et de créativité ?

Martine Sommelette - Les avancées technologiques galopantes mettent chaque jour des nouveaux outils pédagogiques à la disposition des responsables de formation. La journée de formation a proposé d’orienter la réflexion sur l’impact de ces nouvelles pédagogies au niveau de l’apprentissage. En effet, cette journée a permis de croiser les théories de l’apprentissage avec les outils actuels dans un contexte de nouvelle donne générationnelle, d’envisager la posture du formateur et de mesurer la valeur ajoutée de ces pédagogies innovantes au sein de la formation infirmière. Différents regards ont été proposés, tant d’un point de vue pédagogique, avec une approche originale sur l’apprentissage à l’ère numérique et l’accompagnement pour le développement professionnel des enseignants dans l’enseignement supérieur, que technique avec l’utilisation des pratiques simulées dans les formations en santé avec un accent particulier sur le temps de débriefing, le e-learning, les sérious-game et la mise en œuvre d’ateliers de pratique dite « d’habileté clinique » ayant pour fondement le raisonnement clinique. Les aspects philosophique et éthique n’ont pas été oubliés dans un contexte en profonde mutation qui se caractérise par une évolution des attentes institutionnelles et des usagers. La formation des étudiants en soins infirmiers en IFSI est dynamique et créative. Les formateurs sont en constante recherche de moyens adaptés aux évolutions de la santé, de la profession infirmière et des méthodes pédagogiques en phase avec les étudiants actuels. Ainsi de nombreux IFSI ont déjà développé ces outils. Ces méthodes, appliquées dans le champ de la formation infirmière, resituent l’innovation au niveau de l’ingénierie pédagogique, en réfléchissant en quoi ces nouveaux outils permettent de servir les stratégies adoptées par les formateurs. Les différents échanges ont permis d’aborder ces nouvelles pratiques sous l’angle de la valeur ajoutée.

"Croiser les théories de l’apprentissage avec les outils actuels dans un contexte de nouvelle donne générationnelle, envisager la posture du formateur et mesurer la valeur ajoutée des pédagogies innovantes au sein de la formation infirmière.

Cadre de santé - On pense évidemment à l’impact de plus en plus important du numérique dans les apprentissages : e-learning, pratiques de simulation... Qu’est-ce que cela suppose, notamment en terme de formation pour les formateurs ? Quid du profil et des engagements et motivations des enseignants également.

Martine Sommelette - Les formateurs sont très friands et intéressés par ces outils comme en témoigne le nombre de personnes inscrites à cette journée (600). De nombreux exposants spécialisés dans ces domaines étaient également présents. Encore une fois, l’outil qu’il soit numérique ou autre n’est qu’un moyen et ne vaut rien s’il n’est pas pensé et réfléchi en amont dans une stratégie pédagogique.

Cadre de santé - Pensez-vous que les étudiants en soins infirmiers formés aujourd’hui sont différents, plus conceptuels que cliniciens ? Leur évolution relative au programme de 2009 (mais pas que), vous pousse-t-elle à revoir globalement les modes d’enseignements pour ancrer les futurs professionnels dans un exercice réaliste et innovant ?

Martine Sommelette - Les étudiants en soins infirmiers formés aujourd’hui sont vraisemblablement différents, tout comme les jeunes de leur génération. Ils font partie de la génération « Y » et bousculent nos repères. C’est une des raisons qui amène les équipes pédagogiques à adopter des modes d’enseignement innovants. Les professionnels du terrain leur reprocheraient d’être plus conceptuels que cliniciens. Ne pourrait-on pas plutôt reconnaître qu’ils sont réflexifs et cliniciens en devenir, lorsqu’ils auront acquis de l’expérience. La richesse des travaux dirigés réalisés autour des situations de soins en lien avec les compétences infirmières tente à prouver que les modes d’enseignement utilisés sont bien ancrés dans un exercice réaliste et innovant.

"Les professionnels du terrain reprocheraient aux ESI d’être plus conceptuels que cliniciens. Ne pourrait-on pas plutôt reconnaître qu’ils sont réflexifs et cliniciens en devenir, lorsqu’ils auront acquis de l’expérience.

Cadre de santé - Les CDS attendent toujours la réingénierie du diplôme de cadre vers un Master 2, où en est cette question, quels sont les avancées avec le ministère, vers quoi se dirige-ton ? Faut-il envisager deux axes de formation : filière enseignement/pédagogie et filière management/soins/équipe ?

Martine Sommelette - En ce qui concerne la formation des cadres de santé, le CEFIEC se positionne toujours pour l’obtention d’un niveau Master, ce qui correspond à la reconnaissance des missions des managers et des formateurs. Nous sommes en attente d’un calendrier pour la reprise du groupe de travail et ce, nous l’espérons, rapidement...

Cadre de santé - Le mot de la fin ?

Martine Sommelette - Pour l’année à venir, le CEFIEC poursuivra et consolidera le travail, initié par les prédécesseurs visant à être auteur et acteur de la construction de notre avenir et le défendre. Ces travaux visent à inscrire l’ensemble de la filière infirmière dans un cursus LMD et construire les perspectives d’évolution de nos structures de formation.

Propos recueillis par Bernadette FABREGAS


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