Évolution du statut de l’IPA : une proposition de Loi en partie discutable

mercredi 29 décembre 2021, par Bruno Benque

Dans une récente proposition de Loi, Madame Annie Chapelier appelle à une modification du statut d’infirmier de pratique avancée ainsi qu’à un rapprochement avec les infirmiers spécialisés. Cela ne nous semble pas très pertinent, d’autant que les deux mondes ont pris leurs distances, tant sur le plan de la formation que sur celui des compétences. Par contre, nous approuvons la vision de la Députée sur les domaines nouveaux à explorer pour les IPA ainsi que sur l’extension du statut aux autres filières paramédicales.

La Députée du Gard Annie Chapelier, une habituée de la Commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale, a publié, le 21 décembre 2021, une Proposition de Loi visant à redéfinir la pratique avancée infirmière.

La Députée souhaite faire évoluer le statut d’infirmier de pratique avancée

Dans le texte qui accompagne sa proposition, elle couvre tout d’abord les avancées majeures initiées à l’étranger sur ce champ, décrivant les rôles et attributions des infirmiers de pratique avancée (IPA), selon qu’on les nomme infirmière clinicienne spécialisée en soins aigus, santé mentale, santé de la femme, santé publique, pédiatrie, ou en gérontologie, ou infirmière praticienne, qui intervient en premier recours alors que le diagnostic n’a pas encore été posé. Au travers de cette revue des pratiques à travers le monde, elle souhaite cueillir quelques idées pour adapter les prérogatives des IPA et les faire évoluer afin des les mettre en adéquation avec le contexte sanitaire actuel. Leur champ d’action se situent aujourd’hui dans quatre domaines bien circonscrits, les pathologies chroniques stabilisées tout d’abord, l’oncologie et hémato‑oncologie ensuite, la maladie rénale chronique et enfin, depuis peu, la psychiatrie et la Santé mentale.

Homogénéiser les diplômes et statuts des IPA et des infirmiers spécialisés

En octobre 2021, c’est le domaine des urgences qui est entré dans le giron des IPA, faisant grincer quelques dents au sein des spécialités infirmières déjà impliquées dans cet univers. Or la Députée souhaite aller plus loin dans les attributions des IPA, notamment en faisant entrer dans cette appellation ces mêmes spécialités infirmières comme l’infirmier de Bloc Opératoire (IBODE), l’Infirmier Anesthésiste (IADE) ou l’infirmière puéricultrice (PUER). Elle espère ainsi faire avancer le système vers une « pratique avancée généralisée » dans le but d’homogénéiser les modes de formation à un niveau universitaire exclusif et de faire reconnaître ce diplôme et ce statut au niveau européen, processus LMD oblige.

Des cursus de formation très différents

Cette proposition de Madame la Députée part d’une bonne intention mais ne nous semble pas pertinente à plusieurs titres. Tout d’abord, il est essentiel de différentier les modes de formation des ces deux grands groupes d’infirmiers. Autant le cursus des IPA se place exclusivement, et à juste titre, à l’Université pendant les deux ans de formation, autant celui des IBODE, IADE et PUER, qui prépare à des métiers excessivement techniques et nécessitant le plus souvent des prises de décision très rapides, ne peut pas faire l’impasse sur de longues périodes d’entraînement sur le terrain. La partie théorique dépend, certes, de l’Université mais décerner un même diplôme pour ces deux cursus si différents peut paraître incongru.

Des compétences devenues trop différentes désormais

Sur le plan des compétences ensuite, les prérogatives entre les uns et les autres se sont éloignées. Les IPA sont censés prendre en charge des pathologies dans leur globalité, notamment le suivi thérapeutique sur du long terme, quand les infirmiers spécialisés sont concentrés sur des pratiques très pointues techniquement et scientifiquement et agissent souvent dans l’urgence. C’est d’ailleurs un des points qui a valu de longues discussions - de longs désaccords ? - dans le cadre de l’extension du champ des IPA vers la médecine d’urgence, qui est le domaine de prédilection des IBODE et IADE en particulier. Or, il y aurait tant d’autres champs à explorer pour les IPA, comme par exemple la prévention, l’éducation à la Santé ou le dépistage. La Députée y fait allusion, d’ailleurs, dans sa proposition de Loi.

De nouveaux champs de compétences plus pertinents à explorer pour les IPA

Car en effet, nous de ceux qui considèrent que des patients mieux informés sur leur Santé, adaptant leur hygiène de vie à leur environnement et à leur terrain physiologique et génétique et répondant favorablement aux campagnes de dépistage des maladies graves sont moins susceptibles d’occuper les files d’attente aux portes des hôpitaux ou des cabinets médicaux. C’est, nous en sommes convaincus, une des plus-values majeures de la création de la fonction d’IPA. Mais, comme la députée le fait remarquer également, ces domaines n’ont pas encore été développés, de même que la Santé scolaire ou l’hygiène hospitalière. Mais peut-être s’éloignent-ils trop du domaine médical pour être attractifs aux yeux des IPA.

Une distinction qui vaudra aussi pour les autres filières paramédicales

Au final, nous reconnaissons à Madame Chapelier une bonne maîtrise de ses dossiers, une vision claire des besoins et des possibilités qu’offre l’arrivée du statut d’IPA pour l’amélioration du système de Santé. Mais nous accueillons avec retenue sa proposition de Loi qui fait un amalgame maladroit concernant les IPA et les infirmiers spécialisés. Et, comme elle pressent que d’autres filières paramédicales sont éligibles à de telles évolutions de carrières, il devrait en être de même pour certaines compétences particulières des kinésithérapeutes, des ergothérapeutes, des manipulateurs d’électroradiologie notamment, qui entreraient dans le champ des IPA, alors que d’autres seraient plus pertinentes en tant que spécialités. Mais nous aurons le temps d’en reparler certainement très bientôt...

Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com
@bbenk34


Partager cet article

Vous recrutez ?

Publiez vos annonces, et consultez la cvthèque du site EMPLOI Soignant : des milliers de profils de soignants partout en France.

En savoir plus