Étendre le domaine des métiers du soin pour les rendre plus attractifs

mardi 9 mars 2021, par Bruno Benque

Pour la première journée de Santexpo Live 2021, la question de l’attractivité des métiers du soin et de la perte de sens de ces professionnels a été largement débattue. Pour le Pr Régis Aubry et le philosophe Frédéric Worms, il est essentiel, pour les recouvrer, d’intégrer le soin dans le projet collectif de Santé publique d’une part, et de mieux rétribuer l’accompagnement des patients, dans un système quantitatif peu propice à l’identification de sa réelle valeur.

Le congrès virtuel Santexpo Live s’est ouvert ce matin 7 mars 2021 par une conférence inaugurale faisant intervenir le Ministre des Solidarités et de la Santé Olivier Véran et le Président de la Fédération Hospitalière (FHF) Frédéric Valletoux.

Apprendre de la crise pour faire évoluer les mentalités

Les débats se sont concentrés, bien évidemment, sur la gestion de la crise sanitaire, sur la place de l’hôpital dans cette période compliquée ou sur les réformes du système de Santé en cours ou à venir. Mais c’est le thème de l’attractivité des métiers du soin, avec son corollaire de la perte de sens qui nous a interpelé, lorsque le Ministre a observé que les soignants ont trouvé eux-mêmes la solution lors de la crise sanitaire. « Alors qu’ils évoluent dans un environnement hyper-normé, compartimenté et très hiérarchisé, les professionnels de Santé ont, tout naturellement, lorsque la pandémie a engendré un afflux de patients à traiter, regardé dans la même direction ». Il a ensuite extrapolé en indiquant que la réforme du système de Santé répondait à cette tendance de laisser les soignants prendre des initiatives pour le bien des patients.

L’attractivité des métiers du soins et leur perte de sens au centre des débats

Cette thématique a d’ailleurs été traitée plus en profondeur plus tard dans la journée, avec un débat organisé entre un médecin, le Pr Régis Aubry, Président du comité éthique FHF, Chef du pôle Autonomie-Handicap et du service de gériatrie CHRU de Besançon et membre du Comité consultatif national d’éthique, et un philosophe, Frédéric Worms, Professeur de philosophie contemporaine, à l’École Normale Supérieure de Paris, directeur adjoint du département des Lettres et membre du Comité consultatif national d’éthique. Là aussi, en préambule, les orateurs ont centré la discussion sur la crise sanitaire et les suites qu’elle pourrait engendrer, parmi lesquelles une prise de recul sur la question du soin et sur la question de la vie en général.

Intégrer le soins dans le projet collectif de Santé publique

Pour Frédéric Worms, il s’agit de considérer que les épreuves nous remettent devant nos responsabilités, remettent dans le contexte la présence de la mort et de la nécessité de lutter congre elle. À ce titre, les politiques se doivent de reconnaitre institutionnellement la souffrance des soignants et la population doit apprécier leur aptitude au dévouement, comme d’ailleurs celui des militaires et des policiers. Il va même plus loin, en élargissant le débat vers des sujets sociétaux, le soin étant désormais intégré dans un projet collectif de Santé publique, au même titre que les questions climatiques. Voilà qui peut donner plus de sens à l’action des soignants et rendre ce type de métiers plus attractifs.

Valoriser l’accompagnement patient dans un contexte de T2A

Pour le Pr Aubry, il est essentiel de compléter ces observations par la reconnaissance des parcours particuliers des acteurs du système de Santé et d’adapter le système à ces parcours, mais également d’intégrer plus largement dans leur formation des savoirs en Santé publique, en psychologie, et des notions de travail en équipe et en pluridisciplinarité. Et, « comme la science n’apporte pas toutes les réponses à nos questions, leur apprendre à douter ». Un autre levier à actionner est celui de la reconnaissance de la relation avec le patient, de la communication ou de l’accompagnement de celui-ci comme un acte central de la médecine. Se pose alors, dans un contexte de paiement à l’activité, qui n’est d’ailleurs pas rejeté en bloc par l’orateur, la question de la valorisation de ces actions difficilement quantifiables.

Tous les deux se sont accordés à dire que les soignant doivent, plus que jamais, croire en ce qu’ils font mais que les processus de formation doivent s’adapter à l’évolution des métiers du soin et de l’environnement au sein duquel ils exercent leurs missions.

Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com
@bbenk34


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