Crise des urgences : la réforme passe par la reconnaissance

vendredi 4 octobre 2019, par Théophile Basile

Bientôt six mois après son initiation, la grève des urgences interpelle par sa durée, son ampleur et sa forme. Quelle qu’en soit l’issue, elle ne laissera pas nos services tels qu’ils l’étaient il y a encore quelques mois. En remettant au centre du débat la place que la société souhaite donner à ses malades et à ceux qui les soignent, elle offre aux pouvoirs publics et aux managers hospitaliers l’opportunité de repenser et de mieux reconnaitre le travail soignant. A la condition de se libérer de leurs ancrages historiques et d’oser regarder le travail en face.

Il faut se rappeler que ce mouvement inédit et protéiforme, bousculant les structures habituelles de revendication, est né de l’expression de conditions de travail et de prise en charge jugées comme inacceptables du fait de leur violence, leur précarité et leur intensité. La parole de ces personnels « non médicaux » (dont la dénomination même relève le manque de visibilité), est médiatiquement rare. Si elle a réussi à toucher le grand public, c’est que le message est incarné, réfléchi, moderne, au prix de certaines actions discutables. Mais c’est aussi sans doute qu’il relie, depuis les premiers jours de revendication, la santé des patients à celle des personnels.

Donnez-nous les moyens d’être(s) humains, Ce n’est pas parce que nous sommes en grève que vous attendez, c’est parce que vous attendez que nous sommes en grève : autant de slogans qui nous rappellent de manière vive que soigner n’est pas un métier comme un autre. Il faut leur en savoir gré, ces soignants revitalisent un débat dont on avait trop vite oublié qu’il pouvait ne pas qu’être celui des philosophes, des experts et des médecins.

Ce que nous disent ces infirmiers, ces aides-soignants, ces brancardiers, ce sont leurs difficultés à assurer, non seulement les tâches qui leur sont assignées, mais également celles qu’ils s’assignent à eux-mêmes, au-delà de la prescription et du temps édicté par les protocoles, les audits et les recommandations d’experts. Ce qu’ils nous disent et qu’il faut saisir, c’est le temps qu’il leur manque pour écouter, apaiser, surveiller, mais aussi rire, souffler entre eux pour être en capacité de sollicitude. Celle-ci, malgré les injonctions, ne se prescrit pas. Elle n’est pas non plus innée, elle se développe auprès des autres, mais peut aussi s’étioler quand les conditions du travail ne la permettent plus. Ce qu’ils nous disent enfin, c’est que la mesure de la qualité par indicateurs ne peut suffire, et que leur travail mérite reconnaissance, sans quoi il fait souffrir.
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Théophile Basile
Cadre de santé en service d’urgences, formateur, analyste du travail


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