« C’est de la médecine de guerre » : récit de Guillaume, parti en renfort en Martinique

vendredi 27 août 2021, par Audrey Parvais

Plusieurs centaines de soignants se sont envolés pour les Antilles au cours de l’été afin de soutenir les professionnels de santé, débordés par la nouvelle vague épidémique de Covid-19. Parmi eux, Guillaume, infirmier, s’est rendu deux semaines en Martinique, où il a été affecté en service de nuit.

Infirmier en bloc opératoire à Clermont-Ferrand, Guillaume n’a pas attendu l’appel d’Olivier Véran aux soignants pour se rendre aux Antilles, où la situation s’est largement dégradée depuis le début du mois de juillet, afin d’y prêter main forte aux professionnels de santé débordés par la vague épidémique qui les frappent de plein fouet. Saturation hospitalière, patients de plus en plus jeunes…, de retour après deux semaines pendant lesquelles il a été affecté au CHU de Martinique, il témoigne de son expérience sur le terrain.

Dans quelles circonstances êtes-vous parti aux Antilles ?

Je suis parti avant l’appel lancé par Olivier Véran aux soignants le dimanche 8 août 2021. Les chefs de service avaient diffusé le 29 juillet un message dans la clinique où je travaille expliquant que l’on pouvait se porter volontaire pour partir en renfort si on le souhaitait. J’ai vécu 3 ans en Martinique quand j’avais entre 5 et 8 ans, et j’ai un petit attachement à cette partie de l’Outre Mer. De plus, je travaille en bloc opératoire et l’été est une période creuse. Ils avaient vraiment besoin de soignants aux Antilles et je me suis dit que je serais plus utile en allant aider mes collègues en difficulté. Je me suis donc porté volontaire. Le Ministère de la Santé m’a contacté le 30 juillet et je suis parti le 1er août en Martinique pour deux semaines, jusqu’au 15 août. J’ai bénéficié d’un contrat de mise à disposition entre mon employeur et le CHU de Martinique. Une fois là-bas, j’ai été logé dans un hôtel avec des membres de la Réserve sanitaire venus de métropole qui étaient déjà sur le terrain.

Une fois là-bas, quelles ont été vos missions ?

J’ai travaillé au service de nuit des urgences, d’abord du côté non-Covid pendant deux nuits, puis du côté de l’oxygénation à haut débit, qui accueille essentiellement des patients en post-réanimation ou en pré-réanimation. On recevait aussi des patients trop instables pour être maintenus aux urgences et qui finissaient souvent ensuite en réanimation. Ma mission consistait surtout à gérer tant bien que mal les besoins en oxygène des malades sous oxygénothérapie à haut débit afin qu’ils aient une saturation raisonnable. Celle-ci dépend évidemment du patient, mais en décubitus ventral, avec le matériel d’oxygénothérapie au maximum à 60 litres, nous étions satisfaits quand nous atteignions une saturation d’oxygène de 95%. Nous pouvions tolérer jusqu’à 80-85% de saturation pour les patients sur le ventre, ce qui est très peu. Mais nous tolérions parce que, de toute façon, il n’y avait pas de place en service de réanimation pour les intuber. Donner les soins techniques [n’est pas compliqué]. On apprend rapidement à manipuler les matériels d’oxygénothérapie, même quand on n’en a jamais utilisé. Ce sont des choses qu’on finit par faire tous les jours, et cela ne m’a pas mis en difficulté. En revanche, c’est moralement très dur. Mes derniers patients avaient 70, 31, 34 et 47 ans, et les plus jeunes ne souffraient pas de comorbidités, n’étaient pas en surpoids. C’est surtout cela qui m’a vraiment choqué.
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Propos recueillis par Audrey Parvais
Journaliste
audrey.parvais@gpsante.fr


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