L’hypnose au service des urgences pédiatriques au CHU de Rennes. 2ème Partie.

jeudi 11 février 2010, par Brigitte Penhoet

Illustration par des situations

La présentation de quelques situations illustrera ces propos permettant de mieux saisir l’intérêt de cet outil.

Le 1er cas clinique concerne un enfant de 7 ans adressé par son médecin pour un syndrome appendiculaire. Il est fébrile, se présente en position antalgique en raison de douleurs abdominales. Un suppositoire de paracétamol est prescrit ainsi qu’un patch d’Emla® en prévision d’un bilan sanguin suivi d’une pose de voie veineuse. Après 30 min l’enfant est toujours douloureux, il cote une EVA à 10 ; l’auxiliaire de puériculture et la puéricultrice, décident de réaliser les soins sous hypnose sans attendre l’efficacité maximale du patch Emla®. Elles suggèrent à l’enfant, les parents attentifs à ses côtés, de se « plonger » dans un souvenir agréable afin de l’aider à être plus confortable donc moins douloureux et être dans un autre lieu le temps des soins. Les échanges avec l’enfant ont permis aux soignantes de repérer qu’il semblait passionné par le foot et elles lui proposent ce thème pour la transe. Après l’induction basée sur la respiration, elles lui suggèrent de participer au match de foot avec ses copains. L’enfant laisse ses jambes, ses bras se détendre, il s’apaise et son visage est plus serein . L’enfant semble moins algique. Les soins se terminent, il est proposé à l’enfant de garder « en mémoire » cette expérience positive et de sortir de transe en reprenant contact avec l’environnement. Les professionnelles ont assuré la prise en charge de cet enfant dans le calme, satisfaites du déroulé de leurs soins. De plus, les parents, de part leur paroles, leur comportement, ont semblé en confiance en regard du soin réalisé sous hypno analgésie. Ils ont montré leur intérêt en restant auprès de leur enfant pendant la séance. Ils ont donné des indications concernant les centres d’intérêt de leur enfant, et échangent sur les modalités de cette pratique. Une échographie abdominale est prescrite. L’auxiliaire de puériculture accompagne l’enfant et ses parents à l’examen. Elle lui propose de renouveler l’expérience, l’enfant accepte volontiers de se retrouver à nouveau dans un endroit agréable. Il poursuit son match de foot avec le goûter dans les vestiaires. Au cours de la transe, il quitte la position en chien de fusil, s’installe sur le dos, détendu avec le sourire, il déglutit en imaginant le goûter. L’échographiste est tout d’abord très étonné de constater le changement d’attitude de l’enfant, puis très satisfait de pouvoir réaliser l’examen dans d’excellentes conditions. Les parents sont rassurés car ils trouvent leur enfant moins douloureux et plus détendu. La prise en charge de l’enfant a été assurée dans le calme et le confort, en mobilisant ses ressources : son imaginaire et sa passion pour le football.. Il n’a pas été nécessaire d’avoir recours à un autre antalgique pendant le séjour aux urgences. Cet enfant a ensuite été transféré au bloc opératoire de chirurgie infantile en vue d’une intervention pour une péritonite.

Second cas clinique : Réalisation d’un bilan sanguin et d’une ponction lombaire sous Méopa ®et hypnoanalgésie. Jules est un petit garçon de 6 ans qui est adressé par le médecin pour syndrome méningé. La transe est conduite à partir de l’imaginaire de l’enfant en tenant compte de ses goûts, ses canaux sensoriels préférentiels. L’imagerie visuelle est utilisée avec les couleurs bleu, vert et rouge. Jules choisit d’être sur la plage et de faire voler son cerf volant, il est prêt pour débuter l’induction : c’est l’approche qui permet de se déconnecter du réel pour se mettre dans une phase de confort. La relation de confiance qui s’instaure réciproquement est primordiale afin que Jules devienne acteur de son histoire : « imagine si tu le souhaites être sur la plage avec ton cerf volant bien fixé à ton poignet….un cerf volant avec les couleurs dont tu as envie : du vert, du rouge et peut être du bleu… tu es, si tu le souhaites le héros (il acquiesce en dodelinant de la tête) qui fait voler très haut ton cerf volant et peut être que tu sens sur ta peau le vent qui vient te « picoter ». Pendant la transe, la puéricultrice observe que Jules est partiellement immobile et regarde le plafond où il dit voir le cerf volant. Il garde ses yeux ouverts, sa respiration est régulière, ses membres détendus. Les soins sont ainsi réalisés et avant la sortie de transe, la puéricultrice propose à Jules de garder dans un endroit de sa mémoire ce petit moment qui sera peut être à nouveau utilisé. La transe se termine, la puéricultrice modifie son timbre de voix, le ton est plus fort. La voix permet ainsi à Jules de se raccrocher à la réalité, de reprendre contact avec le monde environnant. Il est invité à remuer ses pieds, ses jambes, ses bras, à s’étirer…la puéricultrice gratifie Jules et ses parents. Ces derniers remercient de cette prise en charge et sont étonnés de la sérénité dans laquelle se sont déroulés les soins, étonnés aussi de voir leur fils aussi paisible.
Concernant la ponction lombaire, la puéricultrice accompagne Jules à nouveau dans cette aventure qu’il a fait sienne et qui se déroulera tout aussi bien. Ce qui ressort de cette expérience c’est le lien qui se crée entre le soignant et l’enfant : un facteur essentiel dans la pratique de l’hypnose.

A ce jour l’outil « hypnose » n’a pas été évalué d’une façon formelle. Dans un but d’objectivité cela ne sera réalisé que dans un délai de 6 à 9 mois. Néanmoins beaucoup d’éléments nous laissent à penser que les prises en charge avec l’hypnose procurent un réel confort, tant pour les enfants, que pour le personnel soignant.
Certains critères nous permettent d’apprécier les bénéfices de cette nouvelle méthode :
- Les indicateurs de satisfaction des enfants et parents sont issus de l’observation et des grilles d’évaluation de la douleur

  • EVA à l’entrée et après le soin abaissée de 1 à 2 points entre 2 groupes avec et sans hypnose.
  • Une pré étude a montré un niveau d’anxiété plus bas lorsque l’hypnose supplée la prise en charge classique (emla®, méopa®) lors de soins techniques.
  • Des enfants plus calmes, souriants, lors des soins
  • Une perte de la notion du temps pour les enfants
  • Un enfant qui revient aux urgences quelques semaines plus tard pour un autre motif et qui parle de sa première expérience en termes positifs
  • La satisfaction et l’étonnement des parents qui l’expriment verbalement.
  • La sérénité des parents présents lors du déroulement du soin.
  • Des parents soulagés, rassurés

- Les indicateurs de satisfaction des professionnels

  • Moins de contention de l’enfant notamment lors des ponctions lombaires.
  • Meilleure gestion des situations de tension par une communication plus efficiente et donc une mise en confiance plus rapide.
  • Un soin encore plus personnalisé.
  • Découverte des capacités d’expression de l’enfant, du développement de son imaginaire, du jeu .
  • Motivation accrue par des expériences positives.
  • Poursuite de la prise en charge des enfants dans les autres unités (chirurgie, bloc opératoire), si l’enfant le souhaite et que les professionnels sont formés.
  • Un travail en équipe renforcé, par un relais possible entre les professionnels : médecin, auxiliaire de puériculture, puéricultrice, cadre.
  • Intérêt des collègues non formés pour ce nouvel outil

- Les témoignages des collègues non formés

  • « entendre les récits des collègues sur leurs expériences d’hypnose, nous incite à suivre la formation car nous entendons les bienfaits pour les enfants et les familles »
  • « on a envie de se former, de s’exprimer différemment lors d’un soin »
  • « parfois on n’ose pas intervenir si la collègue fait une séance d’hypnose car on a peur de dire un mot qu’il ne faudrait pas dire »
  • « il y aurait plus de facilités au niveau du service, si nous étions tous formés, le travail en binôme nous permettrait de prendre le relais l’une de l’autre »
  • « le confort dans le maintien des enfants lors des soins, les enfants sont beaucoup plus détendus, c’est moins physique »
  • « le soin devient plus confortable, moins stressant pour les enfants et les parents »
  • « réaliser un soin avec un binôme qui pratique l’hypnose donne envie de faire la formation. On a un autre regard sur le geste douloureux qui est mieux vécu par l’enfant et ses parents. Les parents sont plus souvent présents lors des ponctions lombaires, car ils sont concentrés sur la séance d’hypnose et ils semblent oublier le geste.

- Les limites de l’utilisation de l’hypnose à ce jour au sein de notre unité :

  • Du côté des enfants :
    • L’age est fondamental pour mener à bien une séance d’hypnose, un enfant n’ayant pas acquis le langage n’a pas une attention suffisante pour adhérer à cette pratique
    • Le repérage du canal sensoriel préférentiel de l’enfant
    • Les enfants qui refusent toute proposition d’aide pour soulager leur douleur tant physique que psychique
  • Du côté des professionnels :
    • Le flux important à certains moments qui ne nous permet pas toujours de proposer cet outil
    • Le faible taux de professionnels formés à ce jour (36%)

Les perspectives

Le projet est de permettre l’accès à cette formation aux professionnels volontaires et motivés des unités déjà concernées afin d’optimiser et de pérenniser la pratique de l’hypnose. Au regard du nombre de demandes individuelles, l’objectif est de pouvoir atteindre un taux de 80% de professionnels formés dans les unités. De novembre 2009 à janvier 2010, 3 temps de formation sont prévus pour qu’un plus grand nombre de professionnels soient formés et donc qu’un plus grand nombre d’enfants puisse en bénéficier s’ils le désire.

Des ateliers de supervision sont mis en place par les formateurs afin d’analyser les situations. Ils permettent aux professionnels de visionner des séances, de les étudier, les analyser et d’échanger avec les formateurs. Ces temps sont appréciés des soignants et leur permettent de progresser dans leur apprentissage.

Conclusion

L’hypnose est un outil complémentaire dans la prise en charge de la douleur. En tant que soignants, nous ne pratiquons l’hypnose que dans le cadre de notre champ de compétences en référence à la charte éthique remise lors de la formation.

Former un plus grand nombre de professionnels formés permettra d’assurer des relais des prises en charge, lorsque les soins sont longs par exemple. Si le professionnel a été présenté au début du soin, il pourra assurer le relais au cours de la transe. L’intérêt d’avoir les collègues formés, est également la compréhension par ce dernier, de ce qui est en train de se passer. Il peut ainsi adapter son intervention (parler doucement, faire moins de bruit, suivre les étapes et coordonner le soin avec le collègue qui réalise l’hypnose. Mais également, beaucoup plus d’enfants et adolescents pourront bénéficier de cette méthode.
Le second avantage sera de faire bénéficier à un plus grand nombre d’enfants cette méthode.

Au-delà de la prise en charge de la douleur, cette formation a modifié la façon d’accueillir, de communiquer, et cela dès l’accueil à l’ IAO (infirmière d’accueil et d’orientation). Les soignants abordent certainement avec plus de sérénité les situations d’agressivité, de tension. Les résultats de l’hypnose sur l’état d’anxiété des patients et de leurs parents sont très intéressants dans un service d’urgences. . Des études seront proposées pour quantifier au mieux les bénéfices de cette technique tant sur le plan de l’anxiété, que de la douleur à court et plus long terme.

L’équipe des urgences médico chirurgicales pédiatriques CHU de Rennes


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