Universitarisation des formations paramédicales : du pain sur la planche pour le Comité de suivi

mardi 12 juin 2018, par Bruno Benque

L’universitarisation des formations paramédicales fait l’objet de plusieurs chantiers sur lesquels le Comité de suivi planche depuis quelques semaines. L’ensemble des thématiques à prendre en compte dans ce cadre ont été traitées lors de la tribune organisée le 6 juin 2018 lors des Journées d’études du CEFIEC. Et le moins que l’on puisse dire est qu’il y a du pain sur la planche pour les différents groupes de travail.

Les 73èmes Journées d’étude du Comité d’Entente des Formations Infirmière et Cadre (CEFIEC) se sont ouvertes sur une tribune dédiée à l’universitarisation de la formation des infirmiers.

La parole aux acteurs majeurs de l’universitarisation des formations paramédicales

La Présidente Martine Sommelette était entourée, pour l’occasion, d’Isabelle Richard, Conseillère Santé auprès du Ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, de Michel Boussaton, pour l’Association des régions de France, de Ludivine Gauthier, Présidente de la Fédération Nationale des Étudiants en Soins Infirmiers (FNESI), de Jane-Laure Danan, Présidente de FINE Europe et de Stéphane Le Bouler, Responsable de la mission interministérielle sur l’universitarisation des professions paramédicales. Ce dernier a largement évoqué les processus de recrutement des étudiants en IFSI, provoquant quelques réactions de l’assistance dont nous avons fait l’écho dans un précédent article.

Mais d’autres sujets ont été traités lors de son intervention, au cours de laquelle il a décrit un certain nombre de groupes de travail mis en place à partir du comité de suivi du Ministère. Ces groupes de travail font référence, respectivement, à la qualification des formateurs et des enseignants chercheurs, à la coopération entre les instituts, les universités et les régions, ou au devenir des filières, des master, des pratiques avancées ou autres spécialités infirmières. Ces thématiques représentent autant de chantiers sur lesquels les intervenants à cette session ont eu l’occasion de s’exprimer.

Plusieurs chantiers à traiter pour le Comité de suivi

Concernant la formation des formateurs tout d’abord, Stéphane Le Bouler a rappelé que, le 14 mars 2018, les ministres ont annoncé la mise en place d’un dispositif de qualification d’enseignants chercheurs en sciences infirmières, réadaptation et maïeutique. Si le recrutement des docteurs de fait par l’université, il a affirmé que des efforts de structuration seraient faits entre les universités et les IFSI, insistant sur le fort potentiel existant pour la formation, mais aussi pour la recherche. Il a également pris la précaution de rassurer les formateurs actuels inquiets de la sauvegarde de leur activité à moyen terme. Il a enfin annoncé la modification de deux décrets pour l’appellation des filières, ainsi que pour l’articulation entre enseignement et recherche dans ce cadre.

Une nécessaire coopération entre les IFSI, les universités et les régions

La coopération entre les IFSI, les universités et les régions est le troisième chantier auquel le Comité de suivi s’est attaqué. S’ils sont tous mobilisés pour faire avancer le processus, Stéphane Le Bouler a affirmé que le dispositif conventionnel entre les trois entités faisait face à un abîme de complexité, qu’il était nécessaire de réaliser une cartographie des universités, un projet de convention et poser un calendrier. Sur ce thème également, ont été développés la délivrance de la carte d’étudiant pour les infirmiers en herbe, « complexe en pratique pour les droits et l’inscription dans les BDD des universités », ou les tarifs de rémunération des formations universitaires (forfait ? prestation ?). En termes de gouvernance, ce sont les régions qui financent, Michel Boussaton indiquant que les régions ont fait des investissements lourds, notamment pour rénover les locaux des instituts, non prises en compte par l’état.

Le retard de la France dans le processus LMD

Le représentant des régions a souhaité, d’autre part, que les ARS prennent part également dans la coopération, soulignant que les instituts n’abritaient pas que des formations universitaires et ne devraient donc pas être gérés par l’Université. Il a enfin affirmé que « les régions ne sont pas qu’un simple chéquier et qu’elles souhaitent être associées à la stratégie globale du processus d’universitarisation. Isabelle Richard a quant à elle annoncé que ce processus ferait l’objet de supports d’information supplémentaires qu’il faudra rédiger et mettre à disposition des conseillers d’orientation dans les lycées. Dans son allocution, elle a rappelé l’importance de la préservation de la diversité du recrutement des étudiants infirmiers, en termes d’âge ou de série de baccalauréat. Ludivine Gauthier a, d’autre part, souhaité revenir sur l’intégration universitaire des étudiants en IFSI, avec un véritable statut d’étudiant, sans ségrégation sociale et demandé une vraie légitimité du diplôme quant il sera délivré par l’université. Enfin, Jeanne-Laure Danan a évoqué un article scientifique sur les pratiques de formation infirmière en Europe. Il a fait état, pour la France une situation dans les 40% des pays européens qui ne sont »pas encore dans le LMD, mais juste dans le L."

Du pain sur la planche lors des prochaines réunions des groupes de travail

Le sujet de l’universitarisation des formations paramédicales est fort complexe et s’étend, nous avons pu le constater, bien au-delà du simple partage des savoirs. Les différents groupes de travail de la Commission ont donc du pain sur la planche. La Présidente du CEFIEC Martine Sommelette, quant à elle, a décidé de recueillir, d’ici la rentrée, les interrogations et les besoins des acteurs de la formation paramédicale afin de les intégrer aux discussions des groupes de travail. Elle organisera un séminaire dédié à ces questions le 20 septembre 2018, auquel prendra part Stéphane Le Bouler. Les prochaines réunions du Comité de suivi se tiendront, d’autre part, les 20 juin et 10 juillet 2018.

Les résultats d’une enquête menée auprès des étudiants sur l’intégration à l’université des formations en santé et notamment celle des soins infirmiers a été présenté lors des Journées 2018 du CEFIEC. 21 % des étudiants de 2ème année, répartis dans les 331 IFSI adhérents au CEFIEC ont répondu à l’enquête qui s’est déroulée du 15 mars au 7 mai 2018. Paradoxalement, malgré des conditions de travail dégradées, plus de 80% des étudiants sondés considèrent la profession comme attractive avec de véritables perspectives d’évolutions professionnelles. Concernant la sélection, ils sont encore 68% à souhaiter préserver la sélection par concours. 50% des étudiants considèrent leurs conditions d’apprentissage équivalentes aux autres formations universitaires. Notamment pour l’accès aux bourses où 61% des sondés indiquent un accès équivalent voire meilleur à celui des autres étudiants. Les conditions d’apprentissage en IFSI et en stages sont satisfaisantes à très satisfaisantes pour 75 à 80 % et 2/3 des étudiants insistent pour la professionnalisation co-construite avec les cadres de santé formateurs et l’encadrement des professionnels infirmiers. A 80 %, ils plébiscitent le suivi pédagogique individuel. Le passage complet à l’université reste source de questionnement sur la qualité professionnelle de la formation mais il permettrait selon les étudiants de développer la recherche en soins infirmiers. L’enquête révèle également l’importance de préserver un maillage territorial tel que proposé aujourd’hui : 91 % souhaitent le maintien de la localisation actuelle des lieux d’enseignement.

Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com
@bbenk34


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