Une anthropologue à l’hôpital

mercredi 6 septembre 2017, par Benjamin Jullian-Michel

À l’occasion des 72ème journées nationales d’études du CEFIEC, qui se sont déroulées à Arles en juin 2017, l’anthropologue Marie-Christine Pouchelle s’est exprimée sur le malaise dont font l’objet les acteurs hospitaliers depuis quelques années. Pour elle, la perte de sens est un facteur de désenchantement significatif, liée à la rationalisation des pratiques mais aussi aux évolutions technologique et scientifique.

Marie-Christine Pouchelle est anthropologue. Un de ses sujets de prédilection est le monde hospitalier. Elle a d’ailleurs consacré plusieurs années d’étude et divers écrits au travail dans les hôpitaux et notamment dans les blocs opératoires. Lors des dernières journées d’études du CEFIEC, elle a proposé à un auditoire attentif sa vision du monde hospitalier.

Une fracture liée aux évolutions technologiques et scientifiques

D’après elle, la recomposition du monde de la santé est induite par l’innovation permanente dans ce milieu. En effet la technologie, la recherche scientifique ne cessent de faire évoluer les pratiques. Néanmoins, il existe pour elle un paradoxe entre l’évolution technique qui est permanente et le changement de comportement qui est beaucoup plus lent. Se crée alors une fracture qui peut prendre différentes formes dont la perte de sens. Lorsque le soignant ne voit pas de sens, il met alors en question sa capacité à prendre en charge l’autre si lui-même n’est pas pris en charge et ne s’épanouit pas dans ce qu’il fait.

Les jeunes cherchent le sens

Au travers de sa présentation, elle met également en avant que les images négatives véhiculées par les jeunes générations ne sont que la conséquence de la perte, ou non découverte, de sens des pratiques. En effet, nous comprenons bien au travers de sa présentation que si le soignant est en perte de sens, il n’est pas en capacité de transmettre le sens de l’action à un apprenant. Cela est renforcé par un décalage persistant et consubstantiel entre la formation et l’exercice, d’où un réel défi pour les articuler dans la formation. Il y a alors un possible effet pervers de l’universitarisation qui, par la prise de distance sur les pratiques en recherche, risque de déconnecter la formation universitaire de la réalité du terrain d’exercice.

Réflexion sur la réflexivité

La rationalisation des pratiques dans le monde hospitalier pourrait avoir pour conséquence de brider l’évaluation des ressentis du soignant et son esprit d’analyse. Cependant, d’après Marie-Christine POUCHELLE, il est nécessaire d’avoir tous les sens en éveil, en situation de travail, pour développer sa propre analyse et acquérir une autonomie mentale afin de dépasser les clivages. La réflexivité du soignant, au travers de ses propres filtres dans son action, valorise l’individu plus que l’enfermement dans la rationalité, d’une check-list par exemple. De par sa réflexion sur les situations vécues, le soignant prend de la distance et peut alors redonner du sens à son action, mais cela prend du temps… Et une question se pose : peut-on valoriser la prise de temps pour favoriser le développement et l’épanouissement des professionnels dans leur exercice ? Elle met également en garde contre l’hyper-valorisation du visuel, car la vue est un sens rapide qui ne permet pas toujours la prise de distance. Cela peut s’avérer complexe, dans une société de l’immédiateté, et valorisant, parfois à outrance, car ce qui se voit s’objective.

Pour conclure

La prise en compte des ressentis individuels dans la construction de l’identité est une force au regard de la souffrance exprimée sur le terrain de ne pas être entendu. Dans la recherche de sens, les professionnels questionnent le sens de leurs pratiques et activités face aux évolutions mais également le sens de leur profession. Il en va de même pour les étudiants qui confrontent leurs idéaux de la profession à un questionnement du sens, parfois non encore approprié par leurs pairs, des évolutions. La profession est actuellement dans un questionnement de son identité face aux évolutions rapides. Cela prend du temps…

Benjamin Jullian-Michel
Cadre formateur
IFSI du CH d’Alès-en-Cévennes
bjulian@ch-ales.fr


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