Rédiger un mémoire de fin d’études sans plagier

lundi 8 février 2016, par Christine Paillard

Les usages modernes de la recherche documentaire, largement conditionnés par le web, conduisent à des dérives qui pourraient mettre les chercheurs en herbe en mauvaise posture. Christine Paillard, Documentaliste en IFSI, nous éclaire sur les pratiques de plagiat, assumées ou involontaires, et nous donne des pistes pour s’approprier les savoirs.

Écrire un mémoire de fin d’études, c’est rentrer dans une forêt avec les bon outils pour défricher une route et trouver une sortie lumineuse. Écrire une histoire demande de connaître certains rituels.

A-t-on le droit de copier ?

Dès la rentrée, les équipes pédagogiques des Instituts de formation en soins infirmiers (IFSI) et les documentalistes peuvent donner des cours en informatique et Internet (les 2i) sous forme d’ateliers, avec des groupes d’étudiants. L’idée est d’accompagner ces futurs soignants à acquérir des savoirs informationnels mais aussi à exercer leur esprit critique, favoriser l’acquisition d’une culture générale, littéraire et pourquoi pas, juridique…. Il n’est pas toujours facile d’intervenir en soins infirmiers pour intégrer une démarche documentaire, bien que le référentiel 2009 implique des savoirs explicites en la matière. Depuis quelques années, je “scénarise” des séquences d’apprentissage autour des compétences numériques, comme le travail en collaboration et à distance, l’analyse de l’information, les étapes de la recherche, même l’utilisation de logiciels de traitement de texte. Je n’avais jamais envisagé de préparer un cours sur les moyens de s’approprier de l’écriture des autres.

Une expérience de groupe

Donc, pour la première fois, une séquence pédagogique fut consacrée à la question de plagiat. Non pas qu’il y ait eu urgence en la matière, mais, en diffusant une simple information sur les textes de loi, au regard du nombre de suspicions avérées ces dernières années, je me sentais responsable d’un pis aller. L’idée d’en discuter sur le format “forum présentiel” avec des groupes fut une façon de mesurer l’écart entre la théorie et la pratique. Il s’agissait de définir le verbe “plagier” par la voie de la conscientisation (Paulo Freire, la pédagogie des opprimés).

Trois années pour contextualiser des pratiques soignantes dans le cadre du Code de la Santé publique ne semblent pas suffisantes, je pense notamment à éclairer des pratiques intuitives en relation avec le Code de propriété intellectuelle.

J’ai compris que je rentrais dans la catégorie des “profs-de-doc” [1] dépassés quand j’ai présenté le plagiat comme un cycle de recyclage hypertextuel plus ou moins approprié. Pour faire avancer les idées sur ce sujet, j’ai tenté de présenter sommairement l’économie du livre, mais les préoccupations des professionnels des métiers du livre semblent assez éloignées du “prendre soin”. Les étudiants ne sont cependant pas tous ignorants de la loi, celle qui relève du droit d’auteurs.

La majorité d’entre eux comprennent très bien qu’il est nécessaire d’en parler, d’être au courant, de veiller à sa crédibilité. Pour aborder le pillage des mots et des lettres sur Internet, Il était préférable, en tout cas, d’éviter le jugement pour évoquer plutôt l’exigence du travail universitaire avec des moyens méthodologiques pour gérer par exemple “la citation de citation”, ce type de production secondaire étant assez élevé dans les bases de données.

Définir, rationaliser

Le plagiat est un nom masculin assez dominant dans les sphères pédagogiques… Pour Robert (2009), Plagier, du verbe transitif signifie “Copier (un auteur) en s’attribuant indûment des passages de son œuvre ( imiter, piller). Par ext : Plagier une œuvre. (calquer, démarquer). Cette histoire est plagiée : c’est un plagiat. Le plagiaire, du latin plagiarius, est « celui qui vole les esclaves d’autrui », et du grec plagios, signifiant « oblique, fourbe » (1584). Peux-t-on être plus clair ? En 1697, le dictionnaire historique de Bayle [2] évoque « l’action de plagier [3] ». Diderot (1713-1784) qualifie à cette époque le plagiat comme étant « le délit le plus grave qui puisse se trouver dans la République des Lettres ». Bref, cette affaire semble tout à fait sérieuse…

Favoriser l’émergence des ressources internes

Mais, comment faire adhérer des jeunes qui ont, pour un certain nombre d’entre eux, été élevé à partir de Wikipédia et qui affirment que JAMAIS personne ne leur a expliqué que l’on devait citer ses sources ? Internet n’a pas inventé la triche : copier par dessus l’épaule de son voisin et s’en approprier silencieusement les fruits, c’est tricher. A l’université, des cas de plagiat interrogent de plus en plus une nouvelle logique de pensée, d’une autre construction langagière, d’une étrange restitution cognitive augmentée par des phénomènes ressemblant à la liberté d’expression… D’un point de vue philosophique, cela s’argumente. En psychologie, cela se justifie. D’un point de vue littéraire, cela s’explique par des figures de style (encore faut-il les maîtriser). D’un point de vue juridique, ça fait mal. D’un point de vue pédagogique, cela appauvrit la capacité d’analyser, d’élaborer son propre discours pour rédiger ensuite une communication pourtant caractérisée par un bassin lexical emmagasiné depuis l’enfance. Notre accompagnement pédagogique consiste à favoriser l’émergence des ressources internes….

La définition que nous avons convenu d’adopter sur le plagiat a été “ s’approprier d’un travail intellectuel, publié ou non, verbal ou oral, sans en mentionner l’auteur est du plagiat, c’est à dire un vol notoire d’idées structurées d’une façon ou d’une autre (colloque, article, livre....)”.

Sourcer, c’est abuser !...

Dans ce groupe, quelques étudiants venaient directement du lycée et m’avaient offert spontanément plusieurs réflexions : “ c’est abusé de tout sourcer… au regard des crimes commis dans le monde, ce n’est pas si grave…. », ou même : “les profs ne nous ont jamais rien dit”, ou encore : “puisque tout est libre sur le Net, c’est que l’on peut se servir…” Des habitudes semblent s’être installées. Pourtant, 50 pour cent d’entre eux possédaient un B2i [4]… Un autre argument valait la peine qu’il soit repris : “Mais Madame, le prof de la Fac à cité une source venant de Wikipédia”, oui MAIS, “lui a forgé sa terminologie professionnelle avec ses pairs, il a un ancrage théorique suffisant pour comparer et analyser une source, même anonyme...” Être acteur de sa formation, construire, écrire, argumenter, analyser, acquérir une terminologie professionnelle sont des expressions qu’il convient d’expérimenter pour en connaître l’exacte saveur. Développer des formes de plagiat a permis de dégager des fausses croyances, comme la reformulation active qui devient “plagiat” si nous ne présentons pas l’auteur qui nous a aidé à évoluer dans notre cheminement. La fiche de lecture devrait préparer à cet exercice.

Des pistes à interroger

L’appropriation d’une terminologie professionnelle passe par la découverte d’auteurs, de concepts, de définitions, qu’ils peuvent exploiter, ceci est même une recommandation. L’autonomie documentaire prépare le terrain de la recherche. Un apprentissage linguistique a un double objectif didactique en Ifsi : construire sa pensée à l’écrit et ancrer son identité soignante en dépassant des représentations. Cela favorise, plus tard, l’esprit critique et permet d’effectuer des choix en connaissances des théories, des concepts. Être étudiant à la Fac-Ifsi implique un processus méthodologique, cognitif et scientifique. L’espace de confrontation d’idées par un processus documentaire peut être une voie vers cet apprentissage. Il y a d’autres chemins, comme celui de l’’intertextualité (où des mots interagissent par l’intermédiaire d’un individu) pour apprendre à insérer sa pensée dans celles des auteurs ou insérer des auteurs dans sa pensée, pour construire une cohérence entre la situation de soins et la question de départ…. La fluidité éditoriale en sera améliorée, la cohérence documentaire sera plus solide…

Agir au plus vite

Utiliser le temps est un atout majeur dans l’élaboration du mémoire de fin d’études. Prendre le temps de construire sa pensée ou prendre le temps d’essayer de reproduire le style d’un autre, il faut choisir…. En effectuant un déplacement de lieu de façon clandestine, les étudiants se tournent vers l’illusion d’une nouvelle liberté dénuée de code de la route virtuel. Ils se transforment en simple exécutant d’une économie sans scrupule qui les entraîne vers un appauvrissement professionnel. Manger les mots des autres est autorisé, cette forme de cannibalisme littéraire comporte cependant des règles. Utiliser l’intertextualité comme un tissage de citations déclarées met en scène plusieurs textes et facilite même l’analyse d’une pratique professionnelle. Cela peut être un point de départ pour proposer des ateliers d’écriture. Prendre le plaisir de butiner des textes pour les diviser, les relier et produire une nouvelle pensée est un objectif pédagogique qui m’anime aujourd’hui. Insérer la pensée d’auteurs dans sa pensée annonce un mariage plus ou moins heureux. Pour conclure, je dirais que l’exercice de son libre arbitre est un enjeu implicite et prometteur d’une progression sociale.

En résumé

Le plagiat est une contrefaçon

Un plagiat, ou copie, est un délit de contrefaçon. Il est régit par les articles suivants :

  • Art. L 335-2 : « Toute édition d’écrits, de composition musicale, de dessin, de peinture ou de toute autre production, imprimée ou gravée en entier ou en partie, au mépris des lois et règlements relatifs à la propriété des auteurs, est une contrefaçon ; et toute contrefaçon est un délit (..) ».
  • Art. L 335-3 : « Est également un délit de contrefaçon toute reproduction, représentation ou diffusion, par quelque moyen que ce soit, d’une œuvre de l’esprit en violation des droits de l’auteur, tels qu’ils sont définis et réglementés par la loi (..) ». Ce délit est passible de sanctions dans le cadre du conseil de discipline de l’établissement.

Le droit d’auteur

Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite (numérisation, copier à partir d’une page Internet…). Il en est de même pour la traduction, l’adaptation ou la transformation, l’arrangement ou la reproduction par un art ou un procédé quelconque. (Article Art. L 122-4. du Code de la Propriété Intellectuelle). À défaut de l’autorisation préalable de l’auteur, il y aura contrefaçon.

Exemples de situations de plagiat

  • Copier textuellement un passage d’un livre, d’une revue ou d’une page Web sans le mettre entre guillemets et/ou sans en mentionner la source.
  • Insérer dans un travail des images, des graphiques, des données, etc. provenant de sources externes sans indiquer la provenance.
  • Résumer l’idée originale d’un auteur en l’exprimant dans ses propres mots, mais en omettant d’en indiquer la source.
  • Traduire partiellement ou totalement un texte sans en mentionner la provenance.
  • Utiliser le travail d’une autre personne et le présenter comme le sien (et ce, même si cette personne a donné son accord)...

A découvrir : Comment éviter le plagiat

Christine Paillard
Ingénieur documentaliste
christinepaillard@gmail.com
SIDOC


[1joyeuse expression estudiantine

[3cité dans le CNRTL : http://www.cnrtl.fr/


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