Lumière sur le service sanitaire en IFSI

mardi 5 juin 2018, par André Roche

Le service sanitaire sera obligatoire pour les étudiants infirmiers à la rentrée 2018. Cette nouvelle activité étudiante devrait profiter aux infirmiers en herbe, qui pourront ainsi expérimenter la démarche projet et la pluridisciplinatrité. Mais la mise en place rapide de ce processus risque de poser quelques problèmes aux cadres de santé formateurs en termes d’organisation.

Suite à la présentation, le 26 février dernier, par le gouvernement des grandes lignes du service sanitaire à l’université d’Angers, les IFSI s’interrogent sur sa mise en place.

Le service sanitaire obligatoire en IFSI (et aileurs) à la rentrée 2018

Le service sanitaire fait parti des promesses du candidat Macron, à la dernière présidentielle. Il amènera les étudiants de la filière santé à réaliser une action de prévention et de promotion de la santé. Il sera obligatoire à partir de la rentrée 2019 pour l’ensemble des filières santé, et dès la rentrée prochaine pour les étudiants en soins infirmiers, médecine, pharmacie, odontologie maïeutique et kinésithérapie. Le service sanitaire a pour objectifs d’initier tous les futurs professionnels de santé aux enjeux de la prévention primaire et de permettre la réalisation d’actions concrètes sur ce champ. Il s’agit également de favoriser l’interprofessionnalité et l’apprentissage en mode projet, ainsi que de lutter contre les inégalités sociales et territoriales d’accès à la santé.

La mise en œuvre dans les IFSI

Le rapport du Professeur Loïc Vaillant de janvier 2018 relatif à la mise en œuvre du service sanitaire pour les étudiants en santé impose, pour faciliter la mise en œuvre effective du service sanitaire dès la rentrée 2018, de cibler quatre thématiques du domaine de la prévention primaire. Elles ont toutes un impact potentiel sur la morbidité ou la mortalité prématurées. Il s’agit de l’alimentation, de l’activité physique, des addictions ainsi que de l’activité et la vie sexuelle, intégrant la contraception. D’autres thématiques sont envisageables par la suite, comme la sensibilisation à la vaccination, la promotion de l’activité physique, les troubles du sommeil, les écrans, l’hygiène, et les gestes qui sauvent. La mission préconise enfin un double encadrement (référent de proximité et responsable pédagogique).

Le service sanitaire peut se dérouler sur une ou deux années de formation, et en deuxième année pour les étudiants en soins infirmiers, puisqu’il fait appel à des pré-requis de santé publique du semestre 2 (UE 1.2 S2). Au vu du programme actuel, le service sanitaire, comme il est présenté dans le rapport, peut être intégré sur les UE de 2ème année. Il se déroulera en continu ou discontinu, pendant trois mois à mi-temps, six semaines à temps plein, ou encore soixante demi-journées, avec un découpage rythmé par 3 semaines en IFSI et la même durée en stage. L’instruction du 24 décembre 2014 précise que, dans le cadre de l’interprofessionnalité, l’étudiant peut être accompagné par un autre professionnel qu’un IDE. Le stage se déroulera dans les écoles, les établissements scolaires, les universités, comme dans les entreprises et les EHPAD. En allant plus loin, les IFSI, eux-mêmes, pourraient être considérés comme des lieux de stage.

De nouvelles pratiques pour les étudiants infirmiers

A terme, les étudiants auront le choix entre différents types de public et d’actions de prévention primaire. L’interdisciplinarité y sera obligatoire. Le service sanitaire comporte une préparation à l’action de prévention qui intègre plusieurs composantes : la méthodologie de gestion de projet de santé publique, la réalisation de l’action de prévention, un retour d’expériences et une évaluation. Pour aider à maîtriser ce pocessus, l’INPES peut fournir des outils méthodologiques via son site internet.

Les cadres de santé formateurs se questionnent

Les directions des instituts et des facultés de médecine se rencontrent actuellement dans le cadre d’une meilleure coordination dans la mise en œuvre sur un secteur géographique donné. Cependant, de nombreuses questions apparaissent. Compte tenu de l’ampleur du travail d’organisation et de coordination demandé par cette réforme, les aménagements ne nécessiteraient-t-ils pas une année de préparation supplémentaire ?Les structures de stage sur l’année étant déjà établies, comment adapter un planning de stage de santé publique permettant de rentrer dans une démarche projet ? Comment réaliser les rattrapages de cette UE, si cela se présente ? Quel sera l’engouement des étudiants qui perdent du temps de stage clinique, auquel ils sont particulièrement attachés ?

Les IFSI sont prêts à faire évoluer la formation des infirmiers et à s’adapter aux demandes ministérielles. De plus, le fait de placer l’étudiant en responsable de projet ne peut que le faire grandir et mûrir. Cependant, la mise en œuvre rapide nécessite une coordination efficace de tous les partenaires du territoire. Le groupe de travail sur ce sujet au ministère devrait apporter plus de précisions rapidement. Le décret d’application est à paraitre dans les jours à venir.

André Roche
Cadre de santé formateur
IFSI Hôpital du Gier, St-Chamond (42)
Master 2 Management des organisation de Santé
a.roche@hopitaldugier.fr


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